L’Internat est-il une solution ?

L’Internat est-il une solution ?

Dans Le Monde, on pourra lire aussi un dossier sur l’internat. On y affirme qu’ “Etre élève en internat n’est pas toujours une punition ”. Si d’une manière générale, les jeunes fréquentent toujours les internats pour des raisons d’éloignement entre leur domicile et l’établissement scolaire, Martine Laronche, constate dans cet article, le développement d’une demande pour des internats de proximité y compris dans Paris.

L’enfant n’est plus seulement envoyé en pension en raison de mauvais résultats scolaires, mais parfois pour pacifier les relations au sein de la famille. Il semblerait aussi qu’il y ait de plus en plus de jeunes qui en expriment eux-mêmes la demande. "Beaucoup d’adolescents qui avaient peu travaillé au collège demandent un internat en lycée pour avoir un cadre qui les aide à se mettre au travail", note Brigitte Prot, psychopédagogue spécialisée dans la remotivation des élèves.

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Etre élève en internat n’est pas toujours une punition

Elisa, 15 ans, est soulagée d’être interne : "C’est moi qui l’ai décidé", assure-t-elle. L’ambiance à la maison devenait électrique. "Je n’en pouvais plus, je ne m’entendais plus du tout avec ma mère. Elle passait son temps à me faire des reproches. Elle m’accusait de ne pas travailler, de ne pas ranger ma chambre." Assistante maternelle chez des particuliers, sa mère ne rentrait pas avant 20 heures ; son père, ouvrier, revenait plus tôt, mais ni l’un ni l’autre n’étaient en mesure de l’aider à faire ses devoirs.

Désormais, Elisa a pris ses marques au collège Thomas-Mann, le seul internat public pour collégiens à Paris. Elle préfère même y dormir le mercredi soir plutôt que de rentrer chez ses parents. "Nourriture mise à part, je me plais bien ici." Sa "colocataire" - les internes sont deux par chambre - est devenue sa meilleure amie : "On partage tout. Le soir, quand on n’arrive pas à dormir, on se prend en photo, on se tape des fous rires." D’un point de vue scolaire, Elisa s’est un peu ressaisie et affiche des résultats moyens.

Au-dessus de son lit, le mur est envahi de photos de famille. La plupart la représentent bébé, puis enfant avec sa tante, son grand-père, sa mère... Sa copine de chambrée, Pauline, 13 ans, a préféré afficher des posters de ses séries préférées, "Bones" et "Les Frères Scott", et cinq pages couvertes d’une écriture serrée, une fiction qu’elle a écrite. "Ma copine, c’est un écrivain caché", raconte Elisa.

Pauline est une très bonne élève : un an d’avance et 15 de moyenne sans trop d’efforts. Contrairement à Elisa, elle s’entend très bien avec sa mère qui l’élève seule et a décidé, à contrecoeur, de la mettre en pension pour la protéger des voyous du quartier. "En bas de chez moi, on vend de la drogue. Une fois, Pauline s’est fait agresser au parc", explique-t-elle.

L’adolescente s’est alors repliée sur elle-même, ne sortant plus de la maison. En 4e, elle est devenue absentéiste. "Je craignais de prendre le métro", se rappelle-t-elle. Les notes se sont effondrées. L’internat s’est imposé : "Ça n’a pas été évident, explique Pauline. J’avais fait une tentative en 5e, mais j’étouffais. Là, en 3e, ça se passe très bien." Elle qui avait du mal à se faire des amis ne se sent plus isolée. Sa mère est fière d’elle : "Pour la première fois, j’ai vu ma fille se battre pour être dans les trois premières."

Mais qu’on ne s’y trompe pas, l’internat n’est pas la solution magique. "Il nous est arrivé d’avoir des internes très difficiles et nous avons fait comprendre aux familles qu’on ne pouvait pas les garder", explique le conseiller principal d’éducation, Abdelkrim Khellaf.

Ce n’est pas non plus le Club Med. Le déroulement de la journée est réglé comme du papier à musique : 17 heures, goûter ; 17 h 20, études ; 18 h 45, repas ; 19 h 30, activités (informatique, DVD, ou jeux dans la cour) ; 20 h 30, douche et coucher ; 21 h 30, extinction des feux.

"Quand on édicte les règles de vie aux parents, ils sont rassurés mais se disent qu’on n’y arrivera jamais", remarque la principale du collège, Isabelle Brochard. Les demandes affluent, plus nombreuses chaque année. Au collège Thomas-Mann - qui compte 41 internes -, on accueille des enfants en grande difficulté sociale mais pas seulement. "J’associe ce retour de l’internat à de la détresse parentale qui traverse toutes les couches de la société, poursuit Mme Brochard. Les parents ont du mal à assumer leur autorité. Par ailleurs, les familles monoparentales sont de plus en plus nombreuses et il est difficile pour des mères seules, qui travaillent parfois en horaires décalés, d’élever leur enfant."

D’une manière générale, les jeunes fréquentent toujours les internats pour des raisons d’éloignement entre leur domicile et l’établissement scolaire, mais de plus en plus de parents, et de jeunes à partir de la 4e, éprouvent le besoin de faire une pause. "Nous manquons d’internats de proximité. Nous avons beaucoup de demandes de la banlieue, mais nous ne pouvons accueillir que des élèves parisiens", précise la principale.

Cette demande nouvelle est également sensible dans l’enseignement privé. "Les parents recourent à l’internat pour trouver un nouveau souffle, constate-t-on à la direction du secrétariat général de l’enseignement catholique. Ce n’est pas de l’internat punitif. L’objectif est de proposer aux gamins un milieu éducatif leur permettant de mieux s’accomplir que dans leur environnement familial." L’enfant n’est plus seulement envoyé en pension en raison de mauvais résultats scolaires, mais parfois pour pacifier les relations, notamment dans le cadre de familles recomposées.

A l’image d’Elisa du collège Thomas-Mann, de plus en plus de jeunes en expriment eux-mêmes la demande. "Beaucoup d’adolescents qui avaient peu travaillé au collège demandent un internat en lycée pour avoir un cadre qui les aide à se mettre au travail", note Brigitte Prot, psychopédagogue spécialisée dans la remotivation des élèves. D’autres, dont les parents rentrent tard le soir, cherchent à échapper à la solitude. D’autres encore fuient la violence psychologique familiale, les tensions avec les parents ou les beaux-parents. Certains veulent échapper à la pression de la réussite scolaire à laquelle les soumettent leurs parents. "Il y a aussi ceux qui sont lassés qu’on leur demande leur avis sur tout : ce qu’ils ont envie de faire, combien de temps ils vont pouvoir jouer à l’ordinateur", poursuit Brigitte Prot.

L’internat n’est plus alors une sanction mais un endroit neutre où ce sont les adultes qui posent les règles et où l’on retrouve sa place d’enfant.

Martine Laronche

mis en ligne le mardi 19 mai 2009
par ML



  
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