École maternelle, École première

Philippe Meirieu nous a rejoint à Tarbes le 5 juillet 2008. Comme souhaité et attendu.

Il ne nous a pas déçu ! il nous a ragaillardi :
-  en mettant ses mots sur nos impressions et nos doutes
-  en faisant un état des lieux en pédagogue militant et lucide
-  et en ouvrant des voies de travail et de partage

À suivre !

Voici la conclusion de son texte : “École maternelle, École première”

“En conclusion, je voudrais, après avoir dit l’extraordinaire originalité et importance de l’école maternelle, souligner que, malheureusement, elle n’a pas, à elle toute seule, le pouvoir d’inverser la logique scolaire qui est en train de s’imposer aujourd’hui. Nous devons faire face, en effet, à la renonciation, plus ou moins avouée, aux principes fondateurs du service public. L’État ne garantit plus vraiment la qualité de ce service ; il se replie sur le financement d’un fonctionnement à l’économie ; il met les personnes, les établissements et les institutions en concurrence, en misant sur les vertus de la cette dernière pour pallier les effets de son désengagement.

Parallèlement, il renforce son contrôle technocratique pour fournir des indicateurs de performance permettant de garantir la ‘transparence’ et le ‘libre choix’ des usagers.

Dans cette perspective, il est normal qu’il s’attaque plus particulièrement à l’école maternelle : parce que cette dernière a des ambitions éducatives et qu’il veut se replier sur des apprentissages mécaniques... Parce qu’elle mise sur une éducation globale et qu’il cherche à promouvoir des savoir-faire standardisés... Parce qu’elle est rétive à l’évaluation strictement quantitative dont il veut faire un outil de pilotage universel... Parce qu’elle ambitionne de lutter au plus tôt contre les inégalités sociales dans un projet national et qu’il préfère, pour cela, s’en remettre aux collectivités territoriales et aux parents... Parce que la maternelle a expérimenté avec succès des méthodes pédagogiques inspirées de l’Éducation nouvelle et de l’Éducation populaire qu’il veut éradiquer... Parce que la maternelle représente le lieu par excellence de la prévention et qu’il a abandonné tout véritable projet dans ce domaine...

Mais, pour autant, nous ne sommes pas condamnés à l’esthétique de la désespérance. Vous l’avez montré dans votre congrès. Par la qualité de vos travaux et la détermination de vos engagements... La thématique même de cette rencontre, ‘Réussir, tous différents, tous ensemble’, est au cœur d’un enjeu de société fondamental. Au fond, c’est la question même de la démocratie : comment vivre ensemble en respectant, à la fois, le droit à la différence et le droit à la ressemblance ?

Comment articuler nos différences avec notre ressemblance fondatrice... et comment nous reconnaître fondamentalement égaux sans basculer dans une normalisation sclérosante ? Quiconque a assisté à ces journées sait que c’est possible. Dès la maternelle...

Alors les enseignants et les enseignantes de l’école maternelle ne feront pas basculer les choses à eux tout seuls. Le combat pour la qualité de leur école doit s’inscrire, pour être efficace, dans des solidarités qui restent largement à créer... Mais, si vous ne prétendez pas avoir trouvé la voie, vous avez ouvert des voies. Et, contre tous les fatalismes et toutes les régressions, il faut oser dire que ces voies sont infiniment prometteuses. Y renoncer serait une démission. Et je ne peux pas croire à la victoire de la démission éducative... à la défaite de l’éducation.”

LIRE L’INTERVENTION DE P MEIRIEU

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MEIRIEU 07/2008

mis en ligne le vendredi 7 novembre 2008
par ML



  
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