Bilan mitigé pour le remplacement obligatoire des enseignants absents

Mesure majeure de la loi Fillon sur l’école, le dispositif de remplacement des professeurs de collèges et de lycées pour une durée inférieure à quinze jours par leurs collègues d’un même établissement n’est pas à la hauteur des résultats affichés par le ministre de l’éducation nationale, Gilles de Robien.

C’est ce qui ressort d’un rapport, révélé en juillet, de l’inspection générale de l’éducation nationale et de l’inspection générale de l’administration de l’éducation nationale et de la recherche qui contredit le bilan positif du ministère.

L’éducation nationale a, en effet, mis en avant, le 23 juin, une évaluation flatteuse : selon ses statistiques, le taux de remplacement des absences de courte durée, dites "prévisibles" (convocations pour examens, interventions chirurgicales prévues à l’avance, etc.), est passé de 25 % à 50 % depuis l’entrée en vigueur du nouveau dispositif à la rentrée 2005 sur la base du volontariat et devenu contraignant au 1er janvier.

Ainsi, sur les deux millions d’heures d’absences "prévisibles" recensées pour 2005-2006, un peu plus d’un million ont été remplacées contre 500 000 en 2004-2005. Le ministère s’est toutefois gardé d’évoquer les absences de courte durée dites "imprévisibles" (maladie d’un enseignant ou de ses enfants, par exemple) : quelque trois millions d’heures perdues chaque année, mais dont le remplacement n’est pas jugé "prioritaire".

Les deux inspections générales ne contestent pas les statistiques publiées sur le remplacement. Mais elles relativisent leur pertinence, à partir d’enquêtes réalisées auprès d’un échantillon de 289 établissements.

Selon le rapport, qui n’avait pas vocation à être publié, "les observations recueillies dans deux académies incitent à une certaine prudence quant à l’interprétation de ces chiffres". Il est "objectivement vérifiable" que beaucoup d’absences de courte durée ne sont pas signalées par les chefs d’établissement et que, par conséquent, il est "bien difficile d’afficher un taux exact de couverture des absences".

Les inspecteurs généraux se sont notamment penchés sur les "protocoles" censés organiser, selon la réforme de M. de Robien, les remplacements dans les collèges et lycées. Le ministère avait souligné la réussite quantitative avec la mise en place de ces protocoles dans 95 % des établissements.

Les inspections générales insistent, elles, sur leur caractère formel : sur 135 protocoles analysés, un premier tiers se distingue "par sa qualité", le deuxième est "honorable" et le troisième regroupe des protocoles "qu’on peut qualifier de médiocres".

Il est à craindre, commentent les inspecteurs, que les chefs d’établissement ne les aient élaborés "pour être en règle, sans réelle volonté de mise en oeuvre".

Le rapport énumère les principaux obstacles rencontrés par les chefs d’établissement dans l’instauration du dispositif, vivement contesté par les syndicats d’enseignants au moment de son démarrage.

Ainsi, "les enseignants expriment une réticence forte à l’intrusion d’un de leurs collègues de la même discipline dans leur classe : ils redoutent l’inévitable comparaison des pratiques", remarquent les auteurs. Il arrive aussi que "des pressions inadmissibles, mais réelles" soient exercées sur les remplaçants potentiels. "Plusieurs chefs d’établissement évoquent la rétractation d’enseignants volontaires, à la suite de sarcasmes subis en salles des professeurs", souligne le rapport.

Ce bilan mitigé ne surprend pas les chefs d’établissement, critiques dès l’origine. "Pour être efficace, une réforme du mode de remplacement supposerait de modifier le système lui-même, réagit Philippe Guittet, secrétaire général du Syndicat national des personnels de direction, majoritaire parmi les principaux et proviseurs. Il faudrait réfléchir sur la présence des enseignants dans les établissements (hors de leur temps de service), pour pouvoir assurer des remplacements plus rapidement. Il faudrait aussi avoir un débat sur les formations et les examens qui expliquent une partie des absences des professeurs."

Dans ce contexte, les inspecteurs généraux font une série de préconisations pour perfectionner le dispositif. Ils proposent notamment de mesurer avec exactitude, au plan national, académique, et au niveau de chaque établissement, la réalité des absences de courte durée, en distinguant absences prévisibles et imprévisibles. Pourrait alors être fixé "une sorte de contrat d’objectif et de progrès réaliste pour l’année 2006-2007".

En définitive, considèrent les inspecteurs généraux, "tout se jouera sur des relations de confiance" entre les responsables académiques, les chefs d’établissement et les équipes enseignantes. La procédure de désignation autoritaire d’un enseignant devrait rester "exceptionnelle". Et si elle devait intervenir, "les chefs d’établissement attendent un clair soutien institutionnel".

Martine Laronche

mis en ligne le vendredi 25 août 2006
par ML



  
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