L’être humain a tendance à avoir des bras et des jambes de plus en plus longs"

Régis Mollard, anthropologue

D’après l’enquête nationale de mensuration réalisée par l’Institut français du textile et de l’habillement (IFTH), les jeunes Français mesurent en moyenne 2 cm de plus que leurs parents au même âge. Un garçon de 8 ans mesure 126,6 cm et une fille de 12 ans 148,3 cm. A quelle évolution correspondent ces données, rendues publiques le 20 juin ?

On sait que la population grandit. Les phénomènes qu’on observe dans cette enquête (conduite auprès de 2 466 enfants) sont de nature plus ponctuelle que la grande évolution de l’espèce humaine. Cela confirme toutefois que l’être humain a tendance à avoir des bras et des jambes de plus en plus longs, la croissance se faisant dans les membres supérieurs et inférieurs. Le torse, lui, grandit peu.

Ce phénomène touche-t-il tous les pays de la planète ?

Sans parler précisément des enfants, le phénomène de l’accroissement de la taille est constaté partout dans le monde. Les Japonais, par exemple, ont grandi de 10 cm en dix ans. Il y a de plus en plus de grands dans le monde même s’il y a des endroits, comme l’Amérique du Nord, la Scandinavie et l’Europe du Nord, où cela se voit pour l’instant davantage qu’en France. Ici, les choses changent aussi. Les personnes mesurant plus de 1,90 m constituaient de 2 % à 3 % de la population, il y a trente ans. Aujourd’hui, ce sont 8 % à 9 % des Français qui mesurent plus de 1,90 m, et 20 % des Néerlandais. Il existe bien sûr encore des personnes petites, mais elles sont moins nombreuses.

Comment expliquer ce phénomène ?

Il faut dissocier deux tendances. La première est l’accroissement séculaire de la stature, la seconde est son augmentation plus forte ces cinquante dernières années. Celle-ci est liée en partie au brassage accru des populations mais aussi aux conditions de vie qui se sont modifiées. Les générations actuelles n’ont pas connu de grands fléaux comme des guerres ou des épidémies, et sont naturellement plus épargnées.

On sait aussi que les échanges croissants entre les peuples concourent à l’augmentation de la taille des individus. A contrario, les populations isolées, acculées à l’endogamie, ont une taille qui stagne, voire diminue. On peut, en outre, émettre l’hypothèse, même si nous n’en avons pas les preuves, que les adultes grands qui se reproduisent avec des adultes grands donnent des enfants grands.

Un dernier élément peut sembler anecdotique mais il n’est pas à négliger. Les pédiatres suivent les courbes de croissance des enfants dès leur plus jeune âge. Aussitôt le moindre retard décelé, ils interviennent. Ce n’était pas le cas auparavant.

Comme les adultes, les enfants grossissent : à 15 ans, une jeune fille a, en moyenne, un tour de taille supérieur de 6 cm à celui d’une fille du même âge en 1958, et un garçon de 4 cm. Qu’en pensez-vous ?

Quand on grandit, on grossit, c’est donc normal d’être plus lourd. Mais d’autres facteurs viennent s’ajouter à ce phénomène. Ils sont essentiellement liés à l’hygiène de vie, et particulièrement à des pratiques alimentaires déséquilibrées couplées à un exercice physique non approprié. On sait désormais que nos modes alimentaires sont souvent corrélés à la position sociale. Des données de l’enquête que l’IFHT a réalisée par exemple en Seine-Saint-Denis ont montré que les populations les moins favorisées, aux pratiques alimentaires les plus désordonnées, sont plus fortes.

L’enquête nous apprend que les enfants sont plus souvent gauchers (10,67 %) que les adultes (7,8 %). Quelle signification cela a-t-il ?

Je pense que cela montre simplement que nous laissons davantage s’installer la latéralisation naturelle. Auparavant, on forçait les enfants à être droitiers. Récemment, on a considéré que le fait d’être gaucher était acceptable.

Quelles sont les conséquences de ce phénomène d’accroissement de la taille sur nos modes de vie ?

Comme nous grandissons des jambes et des bras, lorsque nous sommes en position assise, tout le monde a plus ou moins la même taille. A court terme, cela ne changera donc rien. Néanmoins, les avionneurs et les sociétés de transport ferroviaire étudient des aménagements. Nous avons effectué des projections pour imaginer ce que sera le poste de pilotage du TGV dans vingt ou trente ans. Au temps des machines à vapeur, il fallait être costaud pour pelleter le charbon, aujourd’hui les conducteurs de TGV ont niveau bac + 3 ou + 4 et ils n’ont plus la même physionomie.

Parce qu’il existe un lien entre les diplômes et le corps ?

Il existe de très importantes différences morphologiques en fonction des catégories socioprofessionnelles, comme il en existe d’ailleurs selon l’origine géographique, le sexe ou l’âge. Je ne sais pas l’expliquer, mais nous avons constaté que plus vous êtes éduqué, plus vous êtes grand.

Propos recueillis par Florence Amalou Article paru dans l’édition du 05.07.06

mis en ligne le mardi 4 juillet 2006
par ML



  
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