Bac : un diplôme contre l’arbitraire

Jean-Michel Léost

Bac : un diplôme contre l’arbitraire Alors que les lycéens planchent sur leurs copies, Jean-Michel Léost, nouvellement élu président de la Société des agrégés de l’Université1, livre son point de vue éclairé sur le baccalauréat, son rôle et ses enjeux.

De l’avis général, la tendance serait à la dévalorisation du baccalauréat. Est-ce aussi votre opinion ?

Il est indéniable que ce diplôme, vu de l’extérieur, n’a plus la même valeur qu’il y a un certain nombre d’années. Cependant, il faut avant tout rappeler l’essentiel : le baccalauréat représente la garantie absolue que tous les élèves soient instruits selon les mêmes exigences et les mêmes programmes nationaux. En tant qu’institution républicaine, il préserve de l’arbitraire, par exemple - mais pas seulement - en garantissant l’anonymat des candidats. Le tout étant ensuite de ne pas le laisser dévaloriser...

Ne pas le dévaloriser en appliquant par exemple des consignes de correction claires ?

Aujourd’hui, les consignes de correction s’établissent par discipline avec une commission qui donne des instructions. J’ai moi-même participé, il y a une dizaine d’années, à une commission pour le français. Nous disposions alors de consignes, notamment dans la façon dont le texte pouvait être compris. Dans l’ensemble, tout cela fonctionne plutôt bien à condition de ne pas fausser les barèmes. Lorsque nous parlions de dévalorisation du diplôme, un des risques se situe précisément ici, dans des barèmes parfois trop laxistes ou faussés. Dans certaines disciplines, le barème est au-dessus de 20 - généralement sur 25 - avec au final des notes surévaluées. Parmi les cas connus, je me souviens d’un problème de mathématiques avec une question particulièrement difficile que peu d’élèves avaient su résoudre. Cette question avait alors été sous-notée et ceux qui avaient réussi à répondre au problème n’ont pas forcément reçu une meilleure note.

Cela revient-il à dire que le niveau exigé baisse ?

Je dirais que pour les meilleurs, le niveau est toujours bon. Mais globalement, le barème proposé peut effectivement entraîner une baisse de niveau. Au fil des années, on remarque ainsi l’augmentation du nombre de mentions. Ce phénomène peut, entre autres, s’expliquer par des barèmes devenus trop laxistes...

Le principe même d’un examen final a parfois été remis en cause au profit d’un contrôle continu. Qu’en pensez-vous ?

A la Société des agrégés, nous critiquons beaucoup cette idée de contrôle continu, et ce pour plusieurs raisons. Vue l’autonomie grandissante des établissements, cela tournerait certainement au certificat d’établissement. Les élèves auraient alors le diplôme de tel ou tel lycée, pour prendre des exemples opposés d’Henri IV ou de la Seine Saint-Denis. Par ailleurs, un des arguments en faveur du contrôle continu repose sur les éventuelles économies qu’il engendrerait. Or, un rapport de la Cour des comptes daté d’une dizaine d’années rappelle que la mise en place d’un contrôle continu - le plus objectif possible - supposerait des harmonisations et procédures, elles-mêmes terriblement chères ! Dernier point, et là je vous parle d’expérience : en général, les élèves obtiennent au bac des notes similaires - voire plus élevées - à celles qu’ils ont reçues en cours d’année. Et en cas d’ "accident" le jour de l’examen, le jury sait tenir compte du livret scolaire.

Parmi les prochains défis à relever, celui d’un baccalauréat à dimension européenne vous semble-t-il primordial ?

Encore faudrait-il des formations européennes communes et, aujourd’hui, c’est loin d’être le cas ! Avant de penser au baccalauréat, il faudrait donc s’interroger sur l’opportunité d’une harmonisation des programmes, laquelle ne saurait passer d’emblée par une adaptation du système français. De plus, un diplôme européen ne me semble pas indispensable car nous disposons déjà d’un diplôme bien reconnu dans l’Europe.

Propos recueillis par Cécile Desbois

(1) La Société des agrégés de l’Université est une association régie par la loi de 1901, ouverte à tous les lauréats des concours d’agrégation dès leur succès, et quelles que soient leurs fonctions. Son objectif est double : défendre les intérêts spécifiques des agrégés par concours et promouvoir un enseignement démocratique de qualité.

mis en ligne le mardi 20 juin 2006
par ML



  
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