Les nouveaux défis du baccalauréat

À partir du lundi 12 juin, 640 000 candidats planchent pour le baccalauréat : un diplôme toujours indispensable, mais qui a besoin d’un sérieux toilettage pour remplir son rôle de passeport vers l’enseignement supérieur

Le baccalauréat fêtera son bicentenaire en 2008. Soit deux cents ans de labeurs, de succès ou de larmes... Et, bien entendu, de polémiques qui n’ont cessé d’amplifier ces dernières décennies. Il est vrai qu’une telle institution ne pouvait sortir indemne de la révolution engagée. De 60 000 lauréats en 1960, on est passé à 450 000 quarante ans plus tard. L’an dernier, le bac a atteint le taux record de plus de 80 % de réussite à l’examen de fin de scolarité.

Le prix à payer pour cette formidable ouverture sociale est l’éclatement de ce monument national. Il n’y a plus un bac, mais des bacs : 65 filières exactement, auxquelles il faudrait encore ajouter les 19 séries des bacs agricoles (lire les repères ci-dessous). Et puis, chacun le sait bien, tous ces diplômes qui donnent en théorie les mêmes droits de poursuite d’études dans le supérieur ne se valent pas. À la veille de son anniversaire, le baccalauréat est donc condamné à s’améliorer s’il ne veut pas être un jour recalé pour de bon.

Premier défi : redonner plus de justice à l’ensemble du dispositif

Officiellement, le bac est l’examen de sortie de la scolarité, mais aussi le premier diplôme de l’enseignement supérieur. Il confère le même droit à tous les lauréats de s’inscrire à l’université. Pourtant, à mesure que les études s’ouvraient au plus grand nombre, des filières sélectives n’ont cessé de se développer. Ainsi, les classes préparatoires aux grandes écoles, mais aussi les sections de techniciens supérieurs (STS qui préparent au BTS) et les Instituts universitaires technologiques (IUT qui préparent aux DUT) recrutent sur dossier.

Aujourd’hui, près de la moitié des 450 000 bacheliers poursuivent dans ces voies. Or, les procédures d’inscription débutent bien avant le bac. Les élèves fournissent leurs bulletins scolaires de classe de première, et les chefs d’établissement peuvent être amenés à donner une appréciation sur le travail de l’élève ou un avis sur le niveau de la classe. Les établissements d’enseignement supérieur choisissent bien entendu les meilleurs éléments, et le bac n’apparaît dès lors que comme une simple formalité.

Ce mode de sélection engendre un phénomène d’autocensure dans les milieux populaires. Depuis quelques années, les grandes écoles (Sciences-Po, Essec...) tentent de réagir en développant des voies de recrutement ou des programmes de préparation pour les élèves issus des Zep (lire La Croix du 1er juin). Après les crises des banlieues de novembre, le gouvernement a relancé la « méritocratie », notamment en offrant des garanties de débouchés aux bacheliers des ZEP ou de l’enseignement professionnel titulaires de mention.

Deuxième défi : revaloriser les filières "techno" et "pro"

Si la proportion de bacheliers dans une génération a gagné 20 points en 15 ans, pour atteindre plus de 62 %, c’est d’abord grâce aux développements de ces filières. Les candidats aux « bacs pros » ont encore augmenté de 3 % par rapport à l’an dernier. Or, malgré les efforts de revalorisation, ces bacs restent trop souvent des voies de relégation.

Selon une étude du ministère de l’éducation, plus de 60 % des élèves des lycées professionnels trouvent un emploi dans les mois qui suivent leur bac. Ce résultat est en progrès, mais la part de jeunes qui restent au chômage est encore trop importante. Pour François Moutot, directeur général de l’Assemblée permanente des chambres des métiers (APCM), le problème est que « les lourdeurs de l’institution ne permettent ni aux programmes ni aux enseignants de s’adapter rapidement aux réalités professionnelles et aux besoins des entreprises. »

Les bacs pros, trop peu réactifs ? La solution pourrait s’améliorer à l’avenir grâce à la décentralisation, qui donne plus de latitude aux régions pour organiser la carte de formation, et à la relance de l’apprentissage. « Nos centres de formation d’apprentissage préparent principalement au niveau des CAP et BEP, explique François Moutot. Nous allons développer les cursus qui mènent au bac. »

Contrairement au bac professionnel, le bac technologique n’a pas vocation à conduire directement au marché du travail. Mais seulement 80 % de ces bacheliers se lancent dans des études supérieures, et beaucoup échouent. Un étudiant sur quatre abandonne sans autre diplôme que le bac. En amont de l’examen, il s’agirait de rénover les parcours afin de mieux préparer les élèves à poursuivre leurs études.

La filière tertiaire vient ainsi d’être entièrement rénovée. Les premiers candidats du nouveau bac « Sciences et technologies de la gestion » (STG) se présenteront en 2007. Des centaines de milliers d’emplois sont attendus dans les prochaines années dans les secteurs de l’informatique ou de la gestion-administration.

En aval du bac, il s’agit de rouvrir aux lycéens technologiques les cursus qu’ils méritent. À l’origine, les instituts universitaires de technologie (IUT) leur étaient prioritairement destinés. Or, ces filières, bien cotées sur le marché du travail, ont été de plus en plus occupées par les élèves des séries générales. Faute de places, nombre de lycéens technologiques s’inscrivent par défaut dans des premiers cycles universitaires longs pour lesquels ils sont mal préparés.

Troisième défi : rénover le mode d’évaluation des lycéens

Le principe de l’examen final donne un semblant d’équité. Mais chacun sait, et les lycéens les premiers, que tous les bacs ne sont pas égaux, selon que l’on sort d’un établissement réputé de centre-ville ou d’un lycée de banlieue. En revanche, le principe de l’examen final étendu à toutes les matières présente de réels inconvénients. Il induit de la part des élèves des comportements de bachotage, dont savent allégrement profiter toutes les officines privées de soutien scolaire. Les enseignants en terminale n’ont qu’une obsession : boucler le programme.

Enfin, dans sa forme actuelle, le bac est une machinerie gloutonne. Les chiffres donnent le tournis : 4 000 sujets élaborés, 4 millions de copies à faire corriger par 140 000 examinateurs ! Chaque année, le ministère de l’éducation nationale redoute un « bug » qui discréditerait tout le système. Et dans les 4 000 lycées centres d’examens, les cours sont contraints de s’arrêter dès juin pour tous les élèves, amputant sévèrement l’année scolaire.

Bref, pour la sauvegarde d’une simple égalité de façade, l’examen final présente bien des inconvénients. En 2005, François Fillon avait voulu développer le contrôle continu pour une partie des épreuves. Mais, au cri de « Un seul bac pour tous », la population lycéenne avait fait valoir dans la rue son opposition à toute atteinte au monument national. Après des semaines de crise, le gouvernement finit par jeter l’éponge. Il faudra bien du courage au prochain ministre de l’éducation pour ressortir des cartons la question du contrôle continu. Dernier défi : redonner de la valeur au diplôme

De nombreux responsables universitaires rejettent la responsabilité de l’échec massif en premier cycle, affirmant qu’un nombre important de nouveaux bacheliers ne possèdent pas les bases élémentaires, notamment en expression écrite. Le bac repose sur le principe de la moyenne (10 sur 20), les notes obtenues dans les différentes matières se compensant mutuellement. Le jeu des options aidant, certains candidats décrochent le bac tout en ayant eu un niveau très faible en français, par exemple.

De nombreux spécialistes jugent ce mode d’évaluation archaïque. En juillet dernier, un rapport de l’Inspection générale portait un regard sévère sur la pratique de l’évaluation des élèves dans le système éducatif et rappelait que la France ne pourrait se tenir à l’écart des évolutions internationales. L’Union européenne ou l’OCDE « définissent les objectifs de l’enseignement à partir compétences à atteindre », expliquait le rapport.

Le plan de modernisation de l’enseignement des langues étrangères, lancé en 2005 par François Fillon, a prévu de caler l’évaluation des élèves sur une grille de compétences définie au niveau européen. On peut imaginer que cette réforme, qui a le mérite de rendre plus fiable et objective l’évaluation du niveau des élèves, s’étende à l’avenir à d’autres disciplines.

Bernard GORCE LA CROIX

*** D’un bac d’élite à un bac de masse

Le baccalauréat a été créé en 1808. La première épreuve écrite a été introduite en 1853 (composition française ou traduction d’un auteur classique).

1968 : le nombre de bacs généraux passe à 5. Série A (lettres), B (économie), C (mathématiques), D (maths et sciences) et E (maths et technique). Parallèlement se créent toute une série de bacs technologiques dans les domaines industriel et tertiaire.

1985 : Naissance des bacs professionnels, créés en lien avec les milieux professionnels. L’objectif principal de ces bacs est l’entrée dans la vie, même s’ils permettent dans certains cas la poursuite d’études. De 24 000 reçus en 1990, on passe à plus de 120 000 aujourd’hui.

1989 : l’objectif de 80 % d’une génération accédant au niveau du baccalauréat est inscrit dans la loi Jospin.

1993 : les séries du bac général sont regroupées en trois filières : L (littéraire), ES (économique et social) et S (scientifique).

2005 : la loi Fillon reprend l’objectif de 80 % d’une génération au niveau bac et ajoute celui de 50 % de diplômés de l’enseignement supérieur.

Le taux de réussite au bac est en évolution. Il était d’environ 65 % dans les années 70-80. Il atteint 73 % en 1990, 75 % en 1995 et 79,5 % en 2000. La barre des 80 % a été franchie en 2003 et le record atteint l’an dernier avec 80,2 %.

Le pourcentage de bacheliers dans une génération : 0,9 % en 1901, 20,1 % en 1970, 43,5 % en 1990, 62,5 % en 2005.

Les 65 bacs de 2006

Bac général : 3 filières, 332 725 candidats (52 %). Taux de réussite de 84,1 % en 2005.

Bac technologique : 8 filières, 184 250 candidats (29 %). Taux de réussite de 76,2% en 2005.

Bac professionnel : 54 filières, 123 835 candidats (19 %). Taux de réussite de 74,7 % en 2005.

Le secteur agricole : 18 948 candidats de l’enseignement agricole passent les épreuves des 17 bacs professionnels (10 479 candidats) et des 2 bacs technologiques (6 650 candidats).

mis en ligne le dimanche 11 juin 2006
par ML



  
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