Les enfants disparus mais pas oubliés

Les enfants disparus mais pas oubliés

La Journée internationale des enfants disparus a lieu jeudi 25 mai. Un travail de plus en plus fouillé est mené en permanence par les enquêteurs

On les connaît sans les connaître. Un peu partout en France, des photos d’enfants disparus sont placardées sur les murs. Les services de police et de gendarmerie gèrent en fait chaque année plusieurs milliers de disparitions de mineurs. « En 2005, nous en avons enregistré 41 107, dont 458 qualifiées de “très inquiétantes”, car mettant directement en péril la vie ou l’intégrité physique de l’enfant », recense Adeline Champagnat, commissaire à l’Office central pour la répression des violences aux personnes, à la Direction de la police judiciaire. Aidés d’outils d’investigation de plus en plus performants, les enquêteurs restent parfois mobilisés pendant des années sur un seul et même dossier.

Les moments qui suivent une disparition « très inquiétante » de mineur sont toujours identiques : via un questionnaire précis rempli par la famille, les policiers cernent le profil de l’enfant et analysent les circonstances de sa disparition. Son signalement et sa photo sont immédiatement envoyés aux commissariats et gendarmeries présents sur tout le territoire.

Ces éléments sont aussi intégrés au fichier des personnes recherchées, lui-même accessible à toutes les polices de l’espace Schengen. Les empreintes génétiques du mineur sont prélevées. Enfin, le fichier des délinquants sexuels est interrogé, afin de localiser tous ceux qui résident près du lieu de la disparition. C’est en fonction de tous ces éléments que l’on va décider de la stratégie à suivre. Une fois ouverte, l’enquête peut durer plusieurs années

Dans les cas les plus préoccupants, de vastes battues sont immédiatement organisées sur le terrain, secondées par des hélicoptères équipés de détecteurs thermiques. En début d’année, le dispositif a franchi une nouvelle étape avec la mise en place du système « Alerte enlèvement », consistant à diffuser immédiatement le plus d’informations sur l’enfant enlevé et son ravisseur présumé en direction de la population. Un système réservé aux seuls cas avérés d’enlèvement.

Une fois ouverte, l’enquête peut durer plusieurs années. Une réalité souvent méconnue du public. « Il nous arrive souvent d’archiver un procès-verbal, faute d’éléments nouveaux, sans pour autant clore l’enquête. Cela veut dire que nous n’investiguons plus au quotidien sur la disparition, mais que nous pouvons à tout moment reprendre nos recherches en cas de fait nouveau porté à notre connaissance », explique un commandant de compagnie en Picardie.

Dans certains cas, beaucoup plus rares, les enquêteurs continuent quotidiennement les recherches pendant des années. Une cellule de veille travaille par exemple depuis dix ans sur la disparition de la petite Marion Wagon. Idem pour Estelle Mouzin, dont on est sans nouvelles depuis janvier 2003. « Concernant ce dernier cas, on se trouve dans la pire des configurations, puisque personne n’a rien vu lors de la disparition. Dès lors, une multitude d’hypothèses sont envisageables. Il faut les invalider une à une. Et comme les enquêteurs reçoivent encore des appels, collectent encore des témoignages, l’instruction continue », explique Adeline Champagnat.

Les services d’enquête ont aussi désormais à leur disposition des outils de plus en plus sophistiqués. Ainsi le recours au « morphing » se généralise-t-il. Cette technique permet de prendre en compte l’évolution de la physionomie du mineur au fil du temps,en vieillissant artificiellement ses photos. Il devient alors possible de faire appel aux témoignages de ceux qui pourraient avoir aperçu l’enfant, devenu adulte. Les affaires sont moins vite oubliées qu’auparavant

L’enquête peut ainsi être relancée. Autre innovation : la systématisation, depuis 2004, des prélèvements d’ADN sur les personnes décédées et non identifiées. « Lorsqu’un jeune disparaît, les enquêteurs relèvent ses empreintes génétiques sur sa brosse à dent ou sur sa taie d’oreiller, explique Adeline Champagnat. On peut ainsi, plusieurs années après, retrouver un corps non identifié et découvrir, en comparant les ADN, qu’il s’agit en fait du mineur recherché. Une nouvelle terrible pour la famille, mais qui lui permet en même temps de commencer à faire son deuil. »

Les associations saluent cette détermination. « Les affaires sont moins vite oubliées qu’auparavant. Je pense que la société est plus sensibilisée à ce genre de drames. Les policiers aussi : ce sont des pères de famille comme les autres », estime Alain Boulay, président de l’Apev (Aide aux parents d’enfants victimes). Elles regrettent cependant que policiers ou gendarmes ne prennent pas toujours acte assez rapidement de la gravité de la disparition. « Depuis 2003, tout signalement de personne doit faire l’objet d’une attention particulière et d’un traitement immédiat. Mais il arrive encore que certains fonctionnaires minimisent les faits et ne jugent bon de déclarer la disparition que le lendemain », regrette Vanessa de Brooker, à la Fondation pour l’enfance.

Les associations regrettent aussi que la télévision ne diffuse pas régulièrement les portraits des enfants disparus. « Cela permettrait de continuer à glaner des informations », assure Alain Boulay. Heureusement, chaque année, la très grande majorité des enfants sont retrouvés sains et saufs. Seule une ou deux disparitions ne peuvent être élucidées. Un ou deux de trop.

Marie BOETON La Croix

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Des fugues en majorité

En 2005, 41 107 disparitions de mineurs ont été recensées. Dans 30 % des cas, les enfants ont été retrouvés dans les 24 heures suivant leur signalement. Ces disparitions correspondent en majorité à des fugues (40 260 cas). Les autres sont liées à un enlèvement parental, dans le cadre d’un divorce. Seul un petit nombre de disparitions (458 pour l’année 2005) ne relèvent pas de ces cas de figure et sont considérées comme « très inquiétantes ».

Pour la quatrième Journée internationale des enfants disparus, des lâchers de ballons auront lieu demain en France, un site Internet (www.sosenfantsdisparus.fr) sera mis en service et un clip sera diffusé à la télévision pour sensibiliser le public.

mis en ligne le mardi 23 mai 2006
par ML



  
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