Les classes préparatoires attirent de plus en plus de candidats

Les classes préparatoires attirent de plus en plus de candidats

Les lycéens de terminale ont été beaucoup plus nombreux cette année à postuler aux classes préparatoires aux grandes écoles (CPGE). Un mois avant le début des premières épreuves écrites du baccalauréat, le pointage effectué par les services de la procédure informatisée d’admission en CPGE - qui dépendent du ministère de l’éducation nationale - relève, sur l’ensemble du pays, une augmentation des candidatures de 6,87 % par rapport à 2005. Par comparaison, entre 2004 et 2005, le nombre de dossiers déposés ne s’était accru que de 1,5 %. Dans certaines académies, comme Aix-Marseille, Amiens ou Versailles, la progression des inscriptions dépasse même les 10 % de hausse. Ces bons scores sont le résultat d’une vaste campagne de promotion orchestrée par la rue de Grenelle afin d’atteindre les objectifs fixés par le président de la République. Le 4 janvier 2006, lors de ses voeux à la presse, Jacques Chirac avait demandé que les CPGE accueillent d’ici trois ans un tiers d’élèves boursiers contre 18,7 % actuellement.

Pour stimuler les dépôts de candidatures, le ministère de l’éducation nationale n’a pas ménagé ses efforts. Plusieurs circulaires ont été adressées aux recteurs et aux chefs d’établissement pour leur demander de mieux présenter les classes préparatoires et d’encourager les candidatures, notamment celles des élèves issus de milieu modeste.

Proviseur au lycée Buffon, un établissement parisien qui accueille des classes préparatoires scientifiques, Jean-Claude Durand n’est pas surpris par les 15 % de dossiers de candidatures supplémentaires enregistrées cette année dans son lycée. "Nous avions parfois tendance à parler à nos élèves de façon apocalyptique des classes prépas, explique-t-il. Cette année nous nous sommes efforcés d’être plus nuancés en leur disant que ces classes sont difficiles mais que c’est aussi le cas de certaines filières universitaires."

Si la période d’inscription a coïncidé avec la crise du contrat première embauche, la plupart des acteurs ne voient aucune relation entre l’attrait pour les CPGE et la révolte des universités liée au CPE. "Comme d’habitude, la plupart des dossiers nous sont arrivés quelques jours avant la fin de clôture des inscriptions, indique Bernard Koehret, responsable de la procédure informatique d’admission en classes préparatoires. Il n’y a pas eu de pic au plus fort de la crise." Les blocages et le coup de projecteur sur le mal-être de l’université ne semblent pas avoir eu d’effet de repoussoir. "Aucun parent ou élève n’est venu me voir en me disant : "Je préfère les classes préparatoires car l’université ne mène à rien", précise de son côté Jean-Claude Durand. En revanche, les élèves font le choix des prépas d’abord pour leur côté cocon à mi-chemin entre le lycée et l’université et ensuite pour une certaine "garantie grandes écoles" en matière de débouchés."

Incontestablement la demande est bien là, mais il reste à savoir si cet afflux de candidats s’est fait au profit des élèves ciblés par le président de la République. Pour la première fois cette année, le dossier de candidature comportait la mention de la catégorie socioprofessionnelle des parents du postulant ainsi que le bénéfice ou pas d’une bourse. Selon les premiers chiffres, le taux de boursier ayant déposé un dossier est, toute CPGE confondue, de 9,7 %.

Si ce pourcentage paraît extrêmement loin des objectifs des 30 % souhaités par Jacques Chirac, il doit être relativisé, notamment parce que l’attribution des bourses est beaucoup plus sévère dans le secondaire que dans le supérieur. Le même élève qui n’était pas boursier en lycée peut le devenir en prépas. Le véritable bilan pourra être fait seulement une fois close la procédure d’inscription complémentaire, à la rentrée de septembre. Celle-ci concerne soit les retardataires soit les candidats qui n’ont pas eu de proposition à l’issue de la procédure d’admission normale qui s’est échelonnée du 20 janvier au 22 mars.

Le ministère de l’éducation nationale a déjà annoncé que cette deuxième phase d’inscription serait utilisée en priorité pour attirer en classes préparatoires les élèves issus de famille défavorisées qui ne se seraient pas portés candidats spontanément. Pour ne rater aucun "bon" élément, tous les rectorats contacteront directement les bacheliers ayant obtenu une mention bien ou très bien et n’ayant pas encore déposé de dossiers aux CPGE. La Rue de Grenelle espère par ce maillage passer en 2006 à 2 500 admissions en classes préparatoires par le biais de la procédure complémentaire contre un peu moins de 1 200 en 2005.

Sur le terrain, la plupart des acteurs doutent qu’un nombre significatif de candidats soit capté par ce biais. "Il y a très peu de titulaires de mention très bien ou bien qui échappent aux classes prépas", souligne Jean-Claude Lafay, responsable des classes préparatoires au sein du SNPDEN, le principal syndicat des proviseurs.

Autre inconnue, l’affectation de ces recrues. Habituellement, les candidatures de la procédure complémentaire sont acceptées dans les établissements qui ont encore des places vacantes, donc souvent les moins demandés car moins prestigieux. On voit mal comment le ministère pourra éviter ce biais, sauf s’il se décide à réserver un contingent de places dans les prépas les plus élitistes à ces candidats de la dernière heure.

Catherine Rollot - LE MONDE Article paru dans l’édition du 17.05.06

mis en ligne le mardi 16 mai 2006
par ML



  
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