La france est l’une des championnes du redoublement

Le taux de retard des élèves de 14 ans varie de 36,7 % en France à 1 % au Royaume-Uni

La france est l’une des championnes du redoublement : 36,7 % des élèves de 14 ans, qui devraient en théorie être en classe de troisième, affichent un retard. Il y a pire. Au Portugal, par exemple, ce taux atteint 39,6 %. Mais la plupart des pays européens font mieux.

Le Royaume-Uni affiche un taux de retard quasiment nul de ses élèves de 14 ans (1 %). En Islande, ce chiffre tombe à 0,6 %, en Norvège à 1,9 %, en Suède à 3,2 %. Au Danemark, il atteint 9,9 %, en Allemagne, 22,1 %, en Espagne, 28,9 %, et en Belgique, 29,5 %.

D’une manière générale, les spécialistes de l’éducation classent les pays européens en deux groupes : ceux qui ont recours au redoublement (Allemagne, Pays-Bas, Belgique, Luxembourg, Autriche, Italie, France, Espagne, Portugal et Grèce) et ceux qui l’interdisent pour pratiquer la promotion automatique (Irlande, Royaume-Uni, Danemark, Suède, Finlande, Islande, Norvège).

Cela "correspond à deux types d’organisation de l’enseignement obligatoire" : "Les pays qui permettent ce que l’on appelle la promotion automatique sont des pays qui ont repoussé la différenciation des études et donc de l’âge de l’orientation vers 15 ou 16 ans. Le passage d’une classe à l’autre au cours de la scolarité primaire s’y fait sans examen final et est donc systématique", explique Jean-Jacques Paul, dans son ouvrage Le Redoublement : pour ou contre ? (éditeur ESF), où il s’attarde plus particulièrement sur le cas modèle du Danemark.

DES EFFETS PERVERS

Dans ce pays, l’enfant ne peut pas redoubler pendant les neuf années que dure la scolarité obligatoire. Il suit donc le même groupe de camarades du début à la fin de sa scolarité. Et est accompagné, durant toute cette période, par un même professeur principal, généralement le professeur de danois. S’il rencontre des difficultés, l’élève bénéficie d’actions de soutien et de rattrapage et de l’aide d’un personnel spécialisé (psychologues, orthophonistes).

D’une manière générale, les taux de redoublement en Europe sont orientés à la baisse depuis plusieurs années. Les pays qui y sont favorables essaient de mettre en place des réformes pour en limiter la pratique. Avec parfois des effets pervers. C’est le cas de la Belgique francophone, où une loi de 1983 a porté de 14 à 18 ans l’âge de la scolarité obligatoire et limité le temps de passage dans l’enseignement primaire à une durée de sept ans, alors que la durée théorique y est de six ans. "En théorie, le redoublement est ainsi limité. Sur le terrain, la réalité est parfois différente. Il arrive que certains élèves doublent plusieurs classes primaires et ne suivent qu’une partie du cursus primaire (par exemple les quatre premières années) avant de passer directement au secondaire", soulignent Marcel Crahay et Dominique Lafontaine, chercheurs à l’université de Liège, dans un article publié par la Revue internationale d’éducation de Sèvres en avril 2004. En Belgique comme ailleurs, le redoublement n’a pas fait ses preuves. Selon une enquête de l’OCDE (Le Monde du 5 décembre 2001), qui établit un palmarès des résultats obtenus par les élèves de 32 pays, dans trois domaines (compréhension de l’écrit, culture mathématique et culture scientifique), la Finlande figure en tête alors qu’elle pratique la promotion automatique. La France, qui pratique beaucoup le redoublement, se situe tout juste au-dessus de la moyenne, sauf en mathématiques, où les résultats sont supérieurs. Quant au Portugal, il arrive en queue de peloton. Dans la dernière édition des Cahiers de l’Iredu (n° 66, févrie 2004), trois chercheurs français, Marie Duru-Bellat, Nathalie Mons, Bruno Suchaut, analysent les "caractéristiques des systèmes éducatifs et compétences des jeunes de 15 ans" de ces mêmes pays et confirment, statistiquement, l’inefficacité du redoublement. Les chiffres le prouvent : plus un élève de 14 ans est en retard, plus ses performances à l’écrit sont mauvaises. "La pratique du redoublement non seulement n’améliore pas les résultats des élèves, mais tend à les amoindrir", concluent les auteurs. Qui plus est, contrairement à ce qu’affirment ses défenseurs, elle ne réduit pas ce que les chercheurs appellent la "dispersion des performances", c’est-à-dire l’écart de performances qui existe entre les élèves.

Troisième résultat mis en valeur par les auteurs de ce travail : plus les redoublements sont nombreux, plus les inégalités sociales sont importantes. Un véritable réquisitoire contre la pratique du redoublement. Virginie Malingre

mis en ligne le mercredi 16 février 2005
par ML



  
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