A Paris, les ados chics fument et boivent en grande quantité

La consommation de tabac, drogue et alcool touche davantage les jeunes des beaux quartiers que ceux des arrondissements populaires.

Les adloescents des quartiers chics de Paris seraient de plus grands consommateurs d’alcool et de drogue que leurs copains des arrondissements populaires. C’est en tout cas le constat de l’Observatoire français des drogues et toxicomanie (OFDT), qui vient de publier une étude réalisée auprès de 1 552 Parisiens de 17 ans. Une enquête financée par la Mairie de Paris. Réalisée en 2004, cette analyse semble ainsi aller à l’encontre d’un certain nombre d’idées reçues.

Il ressort ainsi un fort clivage entre le nord-est et le sud-ouest de Paris, autrement dit entre les populaires IIIe, IVe, Xe, XIe, XVIIIe, XIXe, XXe arrondissements et les chics VIe, VIIe, XIVe, XVe, et XVIe arrondissements. Contre toute attente, les usages réguliers de substances psychoactives (tabac, drogues, alcool) sont plus répandus dans les beaux quartiers du sud-ouest. Reste que cette consommation observée à Paris n’est pas supérieure à celle observée dans le reste de la France. « Il apparaît même qu’on a moins recours à ces substances à Paris qu’en province », précise François Beck, un des auteurs du rapport de l’OFDT.

Etant quantitative, l’étude ne donne pas d’explications à ces usages plus fréquents chez les jeunes nantis, même si François Beck échafaude une théorie « par recoupement avec d’autres études » qu’il a effectuées. D’inverser alors la problématique : « Si les ados des quartiers les moins favorisés sont moins consommateurs que les autres c’est parce qu’ils veulent échapper au cliché de la drogue qui leur colle à la peau. Plus que les autres, ils veulent s’en sortir et faire carrière. »

William, lui, a un autre avis. Divorcé, il est le papa d’Oscar, 17 ans, en terminale au lycée Victor-Duruy, dans le très huppé VIIe arrondissement. « Mais c’est une évidence que tous ces gosses de la rive gauche consomment plus que les autres ! lance-t-il. Ce sont tous des enfants de divorcés dont les parents, souvent absents, sont de surcroît pétés de tune.

Total : ils les laissent sans surveillance, moi le premier. » Au fait de ces pratiques après avoir fréquenté les autres parents d’élèves et avoir été confronté à la consommation de cannabis d’Oscar, il explique ces dérives par « la volonté de mimétisme avec les adultes ». « Je les vois faire ! dit-il. Ils vont aux Bains, alignent les bouteilles de champagne, font défiler les pétards et le reste... »

« Domaine privé »

Pour autant, selon François Beck, ces consommations sont d’ordre « récréatif et festif », liées à l’adolescence. « Elles ne présagent absolument pas de leurs futurs comportements, rassure-t-il. Seule une minorité basculera plus tard dans des usages problématiques. »

Du côté des chefs d’établissement scolaire, on n’ignore pas le problème mais, « relevant du domaine privé, comme l’explique Dorothée Sokal, directrice du prestigieux lycée Notre-Dame-des-Oiseaux dans le XVIe arrondissement, ces usages ne peuvent être réprimés qu’en cas d’absentéisme, de comportements violents en classe ou d’incidence sur les notes ». Or, « si cela arrive, cela reste marginal, assure-t-elle. Et cela se règle en tête à tête avec les parents ».


Le Figaro du 20 janvier 2006

mis en ligne le vendredi 20 janvier 2006
par ML



  
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