Lecture : la circulaire Robien

Lecture : la circulaire Robien

" Il est nécessaire que l’élève identifie les sons de la langue française ainsi que la relation qui les relie aux lettres et groupes de lettres correspondants.

Il comprendra alors que les lettres codent du son et non du sens. Il apprendra à assembler les lettres pour constituer des syllabes prononçables, puis des mots qu’il rapprochera de ceux dont il a déjà l’image auditive dans sa mémoire. La syllabe est un point d’appui essentiel : savoir segmenter la parole en unités, retrouver les syllabes qui constituent un énoncé sont des premiers pas vers la prise de conscience des sons élémentaires de la langue".

Le ministre de l’éducation nationale a présenté le 5 janvier sa circulaire sur l’apprentissage de la lecture.

Le texte invite à abandonner la méthode globale et s’appesantit sur une découverte des phonèmes et des sons. " L’automatisation de la reconnaissance des mots nécessite des exercices systématiques de liaison entre les lettres et les sons et ne saurait résulter d’une mise en mémoire de la photographie de la forme des mots qui caractérise les approches globales de la lecture : j’attends donc des maîtres qu’ils écartent résolument ces méthodes qui saturent la mémoire des élèves sans leur donner les moyens d’accéder de façon autonome à la lecture". Et il fixe un objectif : "A la fin du CP, tous les élèves doivent avoir acquis les techniques du déchiffrage et les automatismes qui permettent la lecture autonome et le plaisir de lire". Après tout qui pourrait s’opposer à cet objectif ?

Beaucoup moins lisse est le discours qui accompagne ce texte. G. de Robien maintient que "Oui, la méthode globale existe toujours". Il promeut allusivement " une célèbre méthode syllabique" fort contestée par les enseignants. Surtout il se présente comme un ministre de rupture. "L’apprentissage de la lecture doit commencer par le son et la syllabe. Il faut le dire clairement, nettement, explicitement et le faire savoir à l’ensemble du système éducatif. Cela, je le dis avec force, n’a jamais été fait. Les instructions ont jusqu’ici prêté à confusion ; elles sont demeurées ambiguës... Je veux dire aussi clairement quel type de démarche doit être résolument écarté. Cela n’avait jusqu’ici jamais été fait".

Pourtant la position de G. de Robien prolonge celle de F. Fillon. Le ministre donne tort aux spécialistes des sciences de l’éducation. Il désavoue sa propre administration qui continue à produire des analyses et des études fort éloignées des propos ministériels. Ainsi par exemple la méthode vantée par le ministre a fait l’objet d’une critique sévère de l’inspecteur général Jean Hébrard (http://www.bienlire.education.fr/01-actualite/a-interview21-Imp.htm).

De façon de moins en moins allusive, le ministre promeut la mouvance ultra-conservatrice de l’Ecole. Ainsi, devant la presse, il fait une allusion flatteuse à Rachel Boutonnet. Surtout, en laissant croire aux parents que les difficultés de lecture viennent uniquement des "mauvais maîtres", il jette le discrédit sur les enseignants et l’inquiétude chez les parents.

Si le ministre lisait les études de son ministère, il saurait que bien d’autres éléments alimentent les difficultés de lecture. Et d’abord des facteurs sociaux que ce gouvernement, en général, préfère ignorer. Il saurait aussi que creuser le fossé entre l’Ecole et les parents n’est certainement pas profitable aux apprentissages des enfants.

Circulaire et dossier de presse

Le débat sur le site d’Education et Devenir

mis en ligne le vendredi 6 janvier 2006
par ML



  
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