Les associations restent méfiantes

Malgré les 100 millions d’euros promis pour la politique de la ville, le mouvement associatif déplore les changements d’orientation constants et les délais rallongés pour obtenir les subventions. Mais la générosité des Français continue, elle, de progresser

Des enfants jouent au beach volley sur une plage de sable, en juillet 2005 à La Courneuve, une initiative de la mairie réalisée en partenariat avec les associations locales, sportives, de loisirs ou encore d’insertion ou d’aide aux devoirs.

A chaque rentrée, la question se repose : l’association Santé-Bien-Être va-t elle maintenir ses permanences ou bien mettre la clé sous la porte ? Et pourtant, nul doute que ses dix salariés font œuvre utile dans la cité des Francs-Moisins, à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), en guidant les habitants dans leurs démarches quotidiennes.

L’un de ses membres témoigne : « Ce qui était promis arrive difficilement, les conditions d’octroi de fonds changeant constamment. La plupart des projets sont menés avant que les fonds ne soient tombés, ce qui met à mal la trésorerie. Et plus rien n’arrive pour les actions ponctuelles. »

À la longue, poursuit-il, cette précarité finit par être « démotivante » pour les salariés : six postes sont actuellement menacés. « Nous aimerions bien les pérenniser en les prenant à notre charge mais, compte tenu de notre situation financière, c’est impossible », reconnaît-on au siège.

L’association des Femmes de Francs-Moisins, sa voisine, fait le même diagnostic. Toutes deux sont d’ailleurs membres du Collectif des associations en danger du 93, une coordination créée en 2003 lors des premiers gels de crédits. « Ma trésorerie tient jusqu’à fin décembre, confie sa directrice, Adjera Lakehal-Brafman. En janvier, je sais que je serai dans le rouge à la banque et je n’ai aucun espoir d’arrivée de subvention avant août prochain. »

Les associations ont fait les frais des difficultés financières de l’État

À L’Île-Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), une autre association de femmes aurait rendu son local et licencié son personnel. Ailleurs encore, une structure qui accompagnait des RMistes vers l’emploi aurait fermé. Ailleurs toujours, une autre aurait été sauvée in extremis, au prix d’une nouvelle réduction de salaire pour sa responsable...

Sans nier ces difficultés, le centre de ressources Profession banlieue, destiné aux professionnels de la politique de la ville de Seine-Saint-Denis, tient à corriger deux idées reçues. « D’abord, l’État n’est pas seul en cause, souligne l’un de ses responsables. Certains élus locaux, même s’ils ne s’en vantent pas, traînent aussi les pieds. Ensuite, notre département, en raison de sa situation sanitaire et sociale, est moins touché que les autres : en 2003 et 2004, il est vrai que les subventions ont diminué en Seine-Saint-Denis mais cette année, elles seront stables, alors que dans d’autres départements, la baisse peut atteindre 40 %. »

Restent, pour ce professionnel, de réels problèmes : les « gels » de crédits surprises en cours d’année, « les changements d’orientation incessants », le remplacement de contrats aidés par d’autres, obligeant les associations à licencier et à réembaucher... « Que l’État fixe des objectifs, c’est bien, mais l’action d’une association doit s’inscrire dans la durée », rappelle-t-il.

Depuis 2003, le monde associatif - comme d’ailleurs une partie de l’administration - a fait les frais des difficultés financières de l’État. « Les grandes structures, aux ressources très diversifiées, ont été peu touchées, de même que les toutes petites, sans salarié et donc moins fragiles, explique un analyste. Les difficultés se sont concentrées sur celles, de taille moyenne, qui fonctionnent grâce aux emplois aidés, et qui, compte tenu de leurs activités, sont extrêmement dépendantes des fonds publics. » Autrement dit, toutes celles qui, à Aulnay-sous-Bois, Bobigny ou ailleurs, organisent du soutien scolaire, des permanences d’accès aux droits, des cours d’alphabétisation, etc.

« Une prime à brûler des voitures »

Mardi 8 novembre, le premier ministre a reconnu les effets néfastes de cette politique et annoncé un changement de cap : « 100 millions d’euros supplémentaires » devraient être débloqués en 2006. Mardi 15 novembre, le ministère de la cohésion sociale précisait la répartition de ces fonds : 20 % environ seront alloués au ministère de la jeunesse et des sports, et 80 % à la politique de la ville.

« Une grosse partie abondera le fonds d’intervention pour la ville, et donc l’ensemble du territoire, et le reste sera aux mains des futurs préfets chargés de la cohésion sociale et de l’égalité des chances, qui seront nommés dans les départements où les besoins sont les plus pressants », expliquait-on dans l’entourage de Jean-Louis Borloo. Autre bonne nouvelle, les postes d’adultes-relais, dont la disparition était programmée, devraient être doublés. Le gouvernement a prévu de faire passer leur nombre de 3 000 fin 2005 à 6 000 fin 2006, pour un coût d’environ 40 millions d’euros.

Échaudées, les associations ne veulent cependant pas se réjouir trop vite de ce « bol d’air ». Certaines regrettent ce qu’elles considèrent comme « une prime à brûler des voitures », puisqu’elles n’obtiennent rien lorsque la situation est calme. « Comme si notre travail ne devenait important que quand tout explose ! », regrette-t-on au centre des ressources Profession banlieue. Surtout, les militants associatifs attendent que les promesses se convertissent en espèces sonnantes et trébuchantes.

L’Association régionale pour le développement de la vie associative d’Île-de-France redoute en effet « que les subventions ne soient versées qu’en fin d’année prochaine et que d’ici là, de nombreuses structures soient déjà mortes ». Robert Turgis, du Collectif des associations en danger de Seine-Saint-Denis, en conclut que l’État doit « redonner de la visibilité aux associations pour les deux ou trois années qui viennent, et pour cela, signer des conventions pluriannuelles ».

Anne-Bénédicte HOFFNER


Un million d’associations en france

Le paysage associatif

On compte environ un million d’associations en France. Parmi elles, près de 2 000 sont reconnues d’utilité publique. Entre septembre 2003 et septembre 2004, on enregistrait le chiffre record de création de 70 000 nouvelles associations. La plupart des créations d’associations concernent trois grands secteurs : la culture (21,2 %), le social (15,9 %) et les sports (13,3 %).

Évolutions des activités menées

-  Les activités sont de plus en plus centrées sur des pratiques collectives : sport, culture... En revanche, les associations de défense d’intérêt commun (syndicats, parents d’élèves...) sont en recul. Exemple : environ 8 % de parents concernés adhèrent à une association de parents d’élèves contre 12 % il y a vingt ans.

-  La forme d’engagement change. Les adhérents se contentent moins souvent de payer simplement leur cotisation, ils participent plus activement. Exemple : 49 % des membres d’associations de parents d’élèves participent aux activités contre 27 % quinze ans plus tôt.

-  Les associations employeurs sont passées de 125 000 en 1995 à 168 800 aujourd’hui. Le secteur associatif représente 8 % de l’emploi salarié en France.

Un français sur deux est engagé

Profil des adhérents :

-  En 2002, 21 millions de personnes de 15 ans et plus étaient membres d’une association, c’est-à-dire près d’un Français de plus de 15 ans sur deux.

-  14 % des Français adhèrent à des associations sportives, 9 % à des associations culturelles. Les associations religieuses ont un taux d’adhésion de 3 %.

-  19 % des personnes de plus de 60 ans adhèrent à un club du 3e âge.

-  49 % des hommes font partie d’une association contre 40 % des femmes.

-  L’âge moyen des adhérents est de 48 ans en 2002 contre 43 en 1996.

mis en ligne le mardi 15 novembre 2005
par ML



  
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