Grippe aviaire : recommandations et volailles confinées

L’Union européenne a annoncé hier qu’elle allait recommander aux consommateurs d’éviter de manger des oeufs crus et de faire bien cuire la viande de volaille pour parer tout risque de contamination par le virus de la grippe aviaire. En France, le gouvernement a quant à lui décidé de rentrer sous abri tous les élevages de volailles dans 21 départements, et interdit sur tout le territoire l’utilisation des appelants pour la chasse au gibier d’eau.

LE FIGARO Jean-Michel Bader [26 octobre 2005]

LORS D’UNE CONFÉRENCE de presse hier, Dominique Bussereau (ministre de l’Agriculture), Xavier Bertrand (ministre de la Santé), Nelly Ollin (ministre de l’Ecologie) et Didier Houssin (délégué interministériel à la lutte contre la grippe aviaire) ont annoncé plusieurs mesures censées renforcer la protection des élevages de volailles. Une mesure temporaire de confinement des élevages en plein air est prise dans 21 départements situés sur les routes migratoires (couloir Rhin-Rhône et façade Atlantique). « Les oiseaux doivent être maintenus à l’intérieur de bâtiments fermés » jusqu’au 1er décembre, a annoncé M. Bussereau.

L’avis de l’Afssa du 19 octobre considérait pourtant qu’il n’y avait pas lieu en l’état des connaissances d’enfermer les volailles d’élevage pour éviter leur contamination au contact d’oiseaux sauvages (nos éditions du 20 octobre). Mais, depuis, l’Union européenne a décidé de confiner les volailles domestiques, et la France n’a pu que suivre cette décision, désavouant ses propres experts.

La perplexité des observateurs est d’autant plus grande que notre pays comporte en tout plus d’un milliard de volailles d’élevage. Et qu’il ne sera pas possible de confiner partout les 17,5% d’oiseaux ayant un parcours en plein air. Qu’à cela ne tienne, « lorsqu’il ne sera pas possible de confiner, a asséné le ministre de l’Agriculture, les éleveurs devront prendre des mesures de protection, en particulier d’abreuvement préservé de l’extérieur ». Ces mesures « nouvelles » sont déjà en vigueur depuis longtemps dans la filière avicole, et renforcées depuis un avis de l’Afssa fin août 2005 ! Les éleveurs sont en effet invités à ne pas nourrir, ni abreuver, les oiseaux à l’extérieur. Les élevages fermés ne doivent pas abreuver les animaux, ni nettoyer les bâtiments en captant l’eau des lacs ou étangs extérieurs.

Autre mesure déjà prise par Bruxelles, l’interdiction partout en France de l’usage et du transport des oiseaux appelants pour la chasse aux oiseaux aquatiques jusqu’au 1er décembre 2005. Et, sur toute la métropole, les foires et expositions d’oiseaux vivants sont désormais interdites, de même que l’importation d’oiseaux de compagnie vivants, depuis hier soir.

L’association nationale des chasseurs de gibiers d’eau a qualifié cette première mesure d’« outrancière », et la Fédération nationale des chasseurs (FNC) a dénoncé un mauvais coup porté aux chasseurs ». « Quel intérêt auront demain les chasseurs de gibier d’eau à entretenir les marais, ou à les préserver de l’assèchement et de la mise en culture ? », menace la FNC.

Vives réactions des chasseurs

Les chasseurs proposent de vacciner les canards appelants et de ne les utiliser qu’en cages fermées au-dessus des zones de chasse. Mais ce n’est pas possible, comme l’explique Monique Eloi, de la Direction générale de l’agriculture : « Il n’existe pas aujourd’hui de vaccins anti-influenza aviaire pour d’autres espèces que les poulets. » Nelly Ollin a aussi évoqué la nécessité d’identifier clairement les zones d’hivernage des oiseaux sauvages, de généraliser le dépistage des virus aviaires dans les espèces domestiques et sauvages.

Pour les vétérinaires de la filière avicole, comme Jacques Guérin : « Nos missions sont peu cadrées, peu identifiées, n’ont pas la consistance, le financement, la clarté dans les missions attribuées » de leurs confrères de la filière bovine. Ils réclament donc une clarification urgente.

mis en ligne le mercredi 26 octobre 2005
par ML



  
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