L’aide aux adolescents passe par leurs parents

Aider les parents d’adolescents : il y a vingt ans encore, l’idée pouvait sembler incongrue. Le soutien apporté aux parents se concentrait sur la petite enfance, les premiers mois ou les premières années de la vie. Sortis des couches-culottes et des biberons, les parents, pensait-on, n’avaient plus besoin d’aide.

L’attention s’est détournée depuis quelque temps vers l’adolescence, qui occupe désormais le devant de la scène : les émissions et les livres qui lui sont consacrés se comptent par centaines. L’ex-ministère de la famille a fait de l’année 2004 l’année de l’adolescence, encourageant les nombreuses initiatives qui émergent un peu partout pour les aider. En consacrant son Prix familles au coeur à l’adolescence, la Fondation Ronald Mc Donald s’inscrit dans cette dynamique (lire ci-contre). Les adolescents aujourd’hui, en effet, déstabilisent les adultes. Et, en particulier, leurs parents qui parfois « n’en peuvent plus », ont le sentiment d’être dépassés, comme l’explique Daniel Marcelli, professeur de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent au CHU de Poitiers, qui a présidé le jury de ce prix (1).

« Leurs adolescents les "percutent" davantage qu’autrefois, car les parents sont moins protégés par les institutions, ne peuvent plus en effet s’abriter derrière un consensus collectif ("ça ne se fait pas") ou des normes sociales préétablies. Ils sont davantage livrés à leur propre subjectivité, doivent bricoler leurs rituels de passage, là où ils étaient autrefois institutionnalisés. » Ce qui rend le métier de parent plus ardu.

On découvre aussi aujourd’hui de nombreux adolescents en souffrance. Même si, le professeur Marcelli le rappelle, la très grande majorité (85% environ) d’entre eux se porte bien, les 15 % qui font de plus en plus parler d’eux vont de plus en plus mal. « C’est d’ailleurs une des grandes injustices de notre société, dit-il, qui donne plus de liberté aux adolescents : cette liberté enrichit ceux qui ont la capacité de choisir, de hiérarchiser, et fait que ceux qui vont bien vont de mieux en mieux, mais ceux qui vont mal ont tendance à aller de plus en plus mal. »

Groupes de parole, lieux d’écoute, parrainages, solidarité de voisinage : il n’y a pas de recette ni de modèle unique

Avec un effet boomerang sur leurs parents, explique-t-il. « Car quand leur adolescent va mal, les parents sont malheureux et quand ils vont mal eux-mêmes, ils sont moins pertinents pour faire face. Et les ados ont l’art de titiller leurs parents là où ils ont leurs faiblesses... surtout quand ils vont mal. » On ne peut donc aider efficacement les adolescents sans aider leurs parents à reprendre confiance en eux et en leurs compétences de parents, pour qu’ils puissent assumer leur rôle.

Groupes de paroles, lieux d’écoute, parrainages, solidarité de voisinage : il n’y a pas, dans ce domaine, de recette ni de modèle unique. Les cinq associations lauréates du « Prix familles au coeur » témoignent de la richesse des initiatives mises en oeuvre aujourd’hui pour aider les adolescents et leurs parents à mieux vivre ensemble, retisser autour des familles un lien social qui les étaie, les sorte de leur isolement.

Des expériences applicables à des endroits précis et pour des situations particulières, avec des médiateurs de proximité, qui connaissent bien le terrain, l’environnement et les habitudes des familles. Et qui ne se limitent pas à leur donner des conseils par téléphone.

Car ce dont les ados ont le plus besoin, c’est de rencontrer des adultes en chair et en os, comme le rappelle Marceline Gabel. « Ce que les adolescents recherchent, dit-elle, c’est le contact avec des adultes attentifs et bienveillants mais en même temps cadrants, et qui ne soient pas pris dans le conflit. » Des « tiers » qui ne soient pas leurs parents, mais qui les aident à renouer le dialogue et à maintenir le lien avec eux.

CHRISTINE LEGRAND La Croix

(1) Auteur notamment de Tracas d’ados, soucis de parents, éd. Albin Michel.

mis en ligne le jeudi 15 septembre 2005
par ML



  
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