Dr Gilbert Fabre : « Le besoin d’être confronté à la loi »

Le docteur Gilbert Fabre, pédopsychiatre à Marseille, est responsable de l’hôpital pour adolescents Le Relais-Serena.

Cette structure privée associative reçoit des jeunes garçons et filles difficiles des Bouches-du-Rhône. Le Dr Fabre est le fondateur de l’unité psychiatrique pour mineurs au sein de la prison de Lyunes.

Propos recueillis par Delphine Chayet

LE FIGARO.
-  Que vous inspire le parcours de ce jeune Tarbais, auteur à 14 ans de plus de cent délits et dont les déviances ont commencé à l’âge de 9 ans ?

Dr Gilbert FABRE.
-  C’est un cas marquant pour les esprits, par le nombre de délits commis. Mais ce profil n’est pas rare. Certains adolescents sont ainsi connus à Marseille pour être déférés au parquet une fois par semaine. Et mettre ainsi en échec le système judiciaire, mais aussi sanitaire, familial ou scolaire. Leurs délits sont le plus souvent des vols, parfois en réunion ou à l’arraché. Il faut souligner que la répétition des passages à l’acte crée un risque de situation qui « tourne mal ».

Pourquoi un tel ancrage dans la délinquance ?

Les causes de la multirécidive sont très variées, d’où la difficulté pour les institutions d’y répondre. Les premiers passages à l’acte ont lieu, en général, au moment de l’entrée dans l’adolescence. Ce sont souvent des enfants qui, carencés sur le plan intellectuel, ont le plus grand mal à passer à un autre registre. Ils sont issus de familles défavorisées dans la plupart des cas mais aussi de milieux sociaux ordinaires. Au moment d’accéder à plus d’autonomie, ils éprouvent le besoin de se confronter aux limites de la règle et de la loi. Leur récidivisme témoigne souvent de violences physiques ou morales vécues dans le passé.

Quel avenir pour ces jeunes récidivistes : une intégration dans la société ou l’entrée dans une délinquance plus grave ?

Dans la majorité des cas, heureusement, les mineurs récidivistes finissent par « se ranger ».

Certains s’enfoncent cependant dans un parcours psychiatrique lourd, d’autres connaîtront la prison de manière durable. Cela dit, pour tous, ces années de déviance auront des conséquences. La vie familiale, affective ou professionnelle de ces adultes sera fragilisée par leur passé délinquant.

Comment répondre aux comportements déviants et répétés des mineurs ?

Depuis une dizaine d’années, les intervenants ont inventé des formules qui portent leurs fruits. Mais elles sont encore fragmentaires. L’idée est que seule une prise en charge large et très spécifique peut traiter cette délinquance.

Reste à créer des passerelles entre la justice, la santé et les services sociaux. En France, leur travail combiné est rendu difficile par des blocages culturels et administratifs. Chacun a pourtant un rôle important à jouer, précisément parce que les profils des jeunes sont très variés.

mis en ligne le samedi 2 juillet 2005
par ML



  
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