Crises d’opposition, comment les gérer ?

Crises d’opposition, comment les gérer ?

Par Sophie Carquain. Madame Figaro.

Entre 18 mois et 4 ans, c’est l’âge d’or du caprice. Quelques conseils pour s’en tirer dignement.

Pourquoi ils "crisent" ?

-  Parce que, soudain, le monde ne répond plus à leurs désirs. Tout petits, ils avaient l’habitude d’être obéis au doigt et à l’œil (“ Je veux mon biberon ”, “ Je pleure ”, “ Je l’obtiens ! ”). Mais soudain, cela change. Ils sont en butte aux premières frustrations, au décalage entre leurs désirs et la réalité.

-  Parce qu’ils grandissent ! Entre trois et six ans, ils sont soumis à une “ croissance accélérée ”. On leur en demande beaucoup : longues journées à l’école, apprentissage du pot, gestion de conflits intérieurs (complexe d’Œdipe). Ils se lâchent souvent à la sortie. Ce sont les fameuses crises de retour d’école, bien connues des mères !

-  Parce qu’ils vous testent ! Ils commencent à se rendre compte de leur pouvoir sur vous. Et ils vont vous tester et retester, pour voir si vous tenez bon la route.

-  Parce que c’est incontournable. D’après la psychothérapeute Christine Brunet, le caprice est sain car il traduit l’expression d’un désir. Rien de plus inquiétant qu’un enfant qui ne réclame rien du tout.

Les raisons cachées

Le caprice peut masquer d’autres demandes affectives : manque de disponibilité maternelle (le meilleur moyen pour capter l’attention de la mère est de “ criser ” un bon coup), déprime ou tristesse des parents (l’enfant trouve là le bon moyen pour les tirer de leur état). “ Parfois, explique la psy, c’est aussi le meilleur moyen de déplacer les problèmes. Si ses parents ne cessent de se disputer, l’enfant essaiera de monopoliser l’attention sur lui. ”

Comment gérer ?

-  On anticipe. Avec un tout-petit, il ne faut pas oublier de détailler le programme, et de le prévenir : “ Nous allons sortir au square après le goûter. Puis, mamie viendra... ” C’est une bonne façon de prévenir les crises d’impatience. Même chose quand on fait les courses : “ Nous allons ensemble au supermarché, mais je n’ai pas d’argent pour les bonbons ou les petites voitures.

Inutile de me demander. ” On pourra toujours, au tout début du caprice, répéter (la fameuse théorie du “ disque rayé ”) : “ Je t’avais prévenu, je n’ai pas d’argent pour les bonbons. ”

-  Face à un début de crise, on essaie de le contenir, on le prend dans ses bras, on fait diversion, tout en le ramenant à une attitude positive de “ grand ” : “ Non, je ne t’achète pas les bonbons. Mais viens plutôt avec moi choisir les céréales et les biscuits apéritifs. ” L’essentiel est de rester ferme... tout en ouvrant l’horizon !

-  On lui raconte ses propres souvenirs ou ceux de son père : “ Tu sais, quand j’étais petite, à moi aussi il m’arrivait de m’énerver. ” C’est rassurant !

-  Face aux “ caprices de table ” (“ Non, je ne mangerai pas les haricots verts ”, “ Je déteste les épinards ”), on reste zen à tout prix. On débarrasse aussitôt (“ Tu n’as pas faim ? Tu auras faim au dîner suivant ”) sans insister ; sinon, on court illico au blocage. Il a jeté son assiette de légumes ? On lui demande tout de même de s’excuser et de réparer - à lui de ramasser les petits pois. S’il persiste dans sa bouderie, on lui signale : “ OK pour cette fois, je le fais, mais la prochaine fois, ça sera toi. ” Autrement dit, on reste ferme sans capituler...

Merci à Christine Brunet, coauteur, avec Nadia Benlakhel, de “ C’est pas bientôt fini ce caprice ? ” (éd. Albin Michel).

Abandonnez...

-  L’ironie mordante : “ Monsieur fait encore son boudin ? ” Humiliant et peu efficace.

-  L’indifférence totale : c’est angoissant pour un enfant qui cherche, malgré tout, à tester vos limites. Il faut au contraire répondre présent. Sans en faire un drame.

-  Le jeu des étiquettes : “ Il est capricieux ”, “ Il est coléreux ”... “ Un vrai tyran ”. Rien de tel pour figer son comportement. Alors qu’il faut lui donner la possibilité de s’en sortir.

mis en ligne le mercredi 8 juin 2005
par ML



  
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