Quel bazar dans sa chambre !

Par Sophie Carquain. Madame Figaro. lllustration : Xavier Husson Où l’on découvre que la chambre, l’ordre et le désordre représentent bien plus que ça...

Cinq questions à la psy Maryse Vaillant.

- Doit-on accepter son “ petit bazar ” ?

Dans une certaine mesure, oui. Car la chambre est la métaphore de l’espace psychique. C’est le carrefour entre le “ je ”, l’espace materne- (représenté par le lit), et l’institution familiale (l’appartement). D’où la revendication, à partir de 6-7 ans, d’avoir un espace rien qu’à soi. Si la mère est une maniaque de l’ordre, elle fait violence à l’enfant.

- Mais il faut bien l’éduquer à l’ordre ?

Absolument ! Et à condition de commencer très tôt, car si on loupe la marche, il ne le fera jamais tout seul. À deux ans, on lui demande de ranger son ours, de rassembler les deux Lego épars. À partir de 3-4 ans, même si c’est terriblement lent, on l’encourage à ranger lui-même. En évitant l’injonction “ Range ta chambre ! ”, qui implique un travail de titan qu’il est incapable de faire. Mieux vaut formuler des conseils précis : ranger les livres par taille, attribuer telle boîte à telle fonction. Jeter les denrées périssables (vieux goûters oubliés, canettes...). Et on évite de l’exiger sur l’heure, ce qui serait perçu comme une mise au pas militaire : “ Je laisse le sac sur le seuil de ta porte, tu as jusqu’à demain matin pour le faire. ”

- Et pour les ados ?

Il faut leur faire comprendre qu’ils sont “ locataires ” de cet espace, et non propriétaires ! Ils sont donc soumis à la règle collective et familiale. Par conséquent, on refuse les murs noirs (qui ne leur appartiennent pas), mais on leur concède les posters gothiques - même les plus agressifs - et éventuellement les draps “ black ”. Côté volume sonore, on reste intraitable : c’est une affaire de santé. Pour autant, mieux vaut tapisser les murs de la chambre avec du liège plutôt qu’accepter qu’il écoute Daft Punk à pleins tubes sur son baladeur : risques de surdité avérés ! Il demande un verrou à la porte ? On n’est pas obligé, en revanche, d’accepter. Le verrou est réservé aux toilettes, à la salle de bains. Mais mieux vaut prendre l’habitude, dès l’âge de 5-6 ans, de frapper avant d’entrer.

- Et pour l’hygiène ?

À partir de 12-13 ans, l’ado cherche à échapper aux codes de bonne conduite. C’est la “ trash attitude ”, signe de rébellion face à la société. Pas question d’aller chercher son linge sale : c’est son intimité ! En revanche, si les piles d’habits s’accumulent, à nous de déposer les bacs à linge sale devant sa porte, en lui laissant quelques heures pour les remplir. En revanche, il n’est pas interdit d’instituer certains rites : l’aspirateur tous les quinze jours, le rangement du bureau toutes les semaines...

- Et quand chambre est égale à poubelle ?

Quand c’est le chaos, que l’ado travaille dans la cuisine et dort dans le salon pour fuir sa chambre, c’est signe qu’il est débordé par son mal-être. À nous d’engager la conversation (“ Ta chambre est dans un tel état ? ” “ Veux-tu que je t’aide à gérer ton espace ? Tu y verras plus clair ”). Et pourquoi pas acheter, ensemble, de nouveaux meubles, des rayonnages ? Une bonne manière de le faire repartir sur de bonnes bases, en le considérant comme un pair et non comme un bébé. Une chose est sûre : l’incursion intempestive dans son espace perso ou la descente de la femme de ménage, surtout en son absence, sont rédhibitoires. Il aurait l’impression que l’on cherche à percer ses secrets.

mis en ligne le mercredi 8 juin 2005
par ML



  
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