Les toilettes à l’école, beurk !

Les toilettes à l’école, beurk !

AU départ c’est un tabou et finalement, cela arrange tout le monde car le problème semble insoluble. La question de la propreté des toilettes à l’école revient sans cesse dans les ordres du jour des conseils d’école ou des conseils d’administration, dans l’enseignement secondaire. Elle prend différentes formes, selon la nature du problème. La plupart des revendications - légitimes - des élèves concernent le papier ou plutôt l’absence de papier. La réponse de l’administration est invariable : lorsqu’on en met, certains petits malins font des boulettes, tandis que d’autres jettent des rouleaux entiers au fond des cuvettes et bouchent les tuyauteries. Donc ? Les élèves sont privés de papier. Même dans ses pires cauchemars, l’adulte - salarié d’une entreprise où tout n’est pas forcément rose mais où il peut tout de même se soulager dans des conditions décentes - n’imagine sans doute pas cette situation pour lui-même : aller aux toilettes à l’école est inconfortable et les enfants se retiennent le plus possible.

Traverser la cour avec du papier... Qu’on se mette un peu à leur place, d’ailleurs. A dix ou douze ans, a-t-on très-très envie d’aller quémander du papier à la loge du concierge ou à la maîtresse et traverser la cour avec trois feuilles rose à la main, ne laissant aucun doute dans la tête de ses petits camarades sur ce que l’on va faire dans les dix minutes qui suivent ?

Autre question. Est-il drôle, pour une fillette, de devoir se faire accompagner par trois copines-gardiennes, qui tiennent une porte sans verrou et protègent du regard rigolard des garçons de la classe ? Car le monde change mais... les garçons continuent de s’infiltrer dans les toilettes des filles. On pourrait en sourire si, inconfort plus inconfort, cela n’incitait pas finalement les filles à ne plus aller aux toilettes.

Ce n’est pas fini. Que fait une collégienne à peine réglée - en général, on n’en fait pas trop publicité autour de soi - pour se changer lorsqu’il n’y a pas de poubelles aux toilettes, lorsque la porte ne ferme pas, et qu’elle reste à l’école de 8 h à 17 h ? Pas de lunettes sur les toilettes, WC qui sentent mauvais et qui sont très vite sales, pas de verrous aux portes, pas de papier, jamais de savon et encore moins d’essuie-mains... Le constat n’est pas réjouissant. L’admistration de l’Education nationale rétorque que les jeunes Français sont mal éduqués et que les parents feraient bien d’y remédier, éternel renvoi de balles lorsque quelque chose bloque à l’école. La liste des récriminations est longue : les élèves ne tirent pas la chasse d’eau, font pipi à côté, mettent de l’eau partout sur le sol quand ils boivent au robinet, rivalisent d’imagination pour taguer les murs et les portes, ferment la lumière lorsqu’un camarade s’y trouve...

Des mesures sont prises. On boucle les toilettes toute la journée, ne les laissant ouvertes que pendant les récréations, souvent sous la surveillance d’un pion ; on supprime le papier, parfois provisoirement, parfois de façon plus radicale ; les enseignants et le personnel disposent, la plupart du temps, de toilettes qui leur sont réservées, lesquelles sont un peu mieux tenues, du moins on l’imagine. C. V. LA VOIX DU NORD

mis en ligne le vendredi 27 mai 2005
par ML



  
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