Adolescence, souffrance

"Il s’enferme dans sa chambre et refuse d’aller à l’école" : au standard de "Jeunes violences écoute" à Paris, qui reçoit 5.000 appels par mois de jeunes et d’adultes franciliens, de plus en plus de parents appellent au secours face à la violence et la souffrance des adolescents.

"Cette année, nous constatons un phénomène nouveau, et un peu impressionnant : pas loin de 40 % des appels viennent d’adultes déboussolés, de parents perdus, qui n’arrivent plus à parler avec leurs enfants, murés dans le silence", a déclaré vendredi le président de la région Ile-de-France Jean-Paul Huchon en présentant le bilan du numéro vert "Jeunes violences écoute", ouvert il y a trois ans par le conseil régional.

La plupart du temps, les parents sont en situation d’urgence. Leur enfant est l’auteur de violences ou en a subi (racket, violences verbales, vols..). Souvent, ils l’ont découvert avec retard et culpabilisent.

"Ils ont du mal à trouver la limite entre la surprotection et l’aide à l’autonomie et ne savent plus comment réagir", note Arina Van de Kerk, responsable de la ligne. "Beaucoup de ceux qui appellent ont des difficultés à assumer sereinement leur position d’adulte", dit-elle.

Face à un adolescent agressif, certains pères ou mères n’arrivent plus à faire la part des choses, entre ce qui relève de l’agressivité normale d’un adolescent, et se mettent à répondre sur le même registre, ajoute-t-elle.

Sur les deux autres standards téléphoniques gérés par l’Ecole des parents à Paris, Interservice parents (01 44 93 44 93), et fil santé jeunes (0800 235 236), qui ont une couverture nationale, l’appel type provient "du parent d’un garçon de 14 ans", indique leur responsable Brigitte Cadeac.

"On dit beaucoup de choses aux jeunes parents sur la toute petite enfance, il y a profusion de presse, d’émissions, et de contacts autour des PMI et de l’école. A partir du collège, les parents se retrouvent seuls", ajoute-t-elle.

Hypothèse confirmée par le pédopsychiatre Jean Chambry, qui dirige l’unité d’accueil d’urgence d’adolescents du Kremlin-Bicêtre à Paris, et travaille comme intervenant auprès de l’Ecole des parents. Il met en cause notamment "l’isolement" de la famille nucléaire ou monoparentale en milieu urbain.

"On voit de plus en plus de confusion des valeurs culturelles" entre adolescents et adultes, ajoute-t-il. "Les parents partagent de plus en plus de valeurs, et d’activités avec leurs adolescents (jeux video, musique, habillement..). Du coup, ils sont un peu en compétition et ont du mal à entendre +t’es moche, t’es nulle, t’es gros+ en disant simplement : "Je suis ton père et tu dois me respecter".

Quand ces toutes petites démissions du quotidien s’accumulent, elles créent une énorme angoisse chez l’enfant, ou le pré-adolescent, qui peut déboucher sur "des problèmes de grande violence au moment de l’adolescence", dit-il.

Sur le plan institutionnel, le conseil régional d’Ile-de-France, qui aimerait faire école auprès du ministère de l’Education nationale, a axé la campagne de rentrée du numéro vert "Jeunes violences écoute" (0 800 20 22 23) sur un message fort et simple à la fois, qui apparaîtra au dos des bus, dans le métro, afin de "dénouer" la parole : "la violence, moins en parle, plus ça fait mal".

"Lorsqu’on discute avec les lycéens, on se rend compte que ces phénomènes de violences subies et non dites, sont à l’origine de décrochages scolaires, ou parfois de quasi-autisme, d’une véritable coupure avec la famille et l’école", conclut M. Huchon.

mis en ligne le dimanche 13 février 2005
par ML



  
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