Combattre la peur d’apprendre

Cinq questions à Serge Boimare : combattre la peur d’apprendre

Instituteur spécialisé, directeur psychopédagogique du centre Claude Bernard, à Paris, Serge Boimare est l’auteur de "L’enfant et la peur d’apprendre" (Dunod). Pour lutter contre cette appréhension, il prône l’usage des contes et récits mythologiques.

Pourquoi un enfant a-t-il "peur d’apprendre" ? Comment cela se manifeste-t-il ?

La peur d’apprendre est le plus souvent due à des problèmes d’ordre personnel ou psychique, propres à chaque enfant. Ces problèmes l’empêchent d’affronter les difficultés, les contraintes et le renoncement qui accompagnent toute situation d’apprentissage. Ils provoquent également des comportements variés : instabilité, agitation, hyperactivité ou au contraire repli sur soi... Dans tous les cas, cette peur entrave le fonctionnement intellectuel d’enfants ou d’adolescents par ailleurs intelligents et curieux, et qui, en dehors de l’école, peuvent être parfaitement adaptés au monde qui les entoure.

Selon vous, l’origine de cette peur se situe dès les premières années, voire les premières semaines de l’existence de l’enfant ?

Absolument. Chaque année, entre 10 et 12% d’enfants parfaitement aptes à apprendre quittent l’école sans les bases de la scolarité primaire. Or, ces enfants sont repérables dès la maternelle. Avant même le début de l’apprentissage, se posent déjà des problèmes d’adaptation au groupe, de difficultés de concentration, de pauvreté de vocabulaire, d’agressivité à l’égard des camarades. Ce qui se joue alors, c’est un remake de ce qui s’est déjà passé dans les premières expériences éducatives, à l’intérieur de la famille. Pour moi, la première responsabilité incombe aux parents même si, ensuite, l’école ne joue pas toujours pleinement son rôle.

Quel peut-être ce rôle, justement, dans la mesure où vous reconnaissez vous-même l’impuissance des méthodes pédagogiques ordinaires ?

Même si l’enseignant va moins vite, même s’il explique mieux, ces méthodes replacent systématiquement les enfants dans la même situation, en les forçant à affronter une contrainte qu’ils ne peuvent pas assumer. Il faut donc d’abord leur donner les moyens de lutter contre les peurs qui les perturbent. Pour faire cela, je crois beaucoup à la culture. Il faut que ces enfants puissent mettre des images sur ce qui leur fait peur. La lecture d’un conte ou d’un récit mythologique, par exemple, leur offrira des représentations de craintes comparables à celles qu’ils ressentent dans la situation d’apprentissage. Pour les pré-adolescents, j’utilise beaucoup Jules Verne qui place toujours son lecteur face à ses angoisses profondes (mourir de soif, de faim, de froid, d’asphyxie...), avant de lui proposer le cheminement scientifique qui l’aidera à les vaincre. Il s’agit, bien sûr, d’un travail de longue haleine qui dure en moyenne deux ans.

Justement, n’est-il pas difficile d’adapter à toute une classe les méthodes que vous appliquez au cas par cas ?

C’est bien sûr plus simple quand on travaille comme je le fais, en tête à tête, dans le cadre de la rééducation d’un élève en grande difficulté. Mais, même en classe, il est très facile d’utiliser "20.000 lieues sous les mers" ou "Le Tour du Monde en 80 jours" pour amener des exercices de calcul ou un travail sur les poids, les mesures, l’histoire ou la géographie. Cela demande certes de la motivation et de la disponibilité de la part des professeurs, mais les choses commencent à bouger. Il arrive maintenant que des groupes d’enseignants, confrontés à des situations impossibles, fassent appel à moi.

mis en ligne le mercredi 18 mai 2005
par ML



  
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