Moins grandes vacances ?

En glissant dans la circulaire de rentrée 2010 une phrase encourageant les écoles à organiser la semaine sur neuf demi-journées et non plus sur quatre jours, puis en annonçant l’ouverture d’états généraux sur les rythmes scolaires, Luc Chatel, ministre de l’Education nationale, a implicitement ressuscité un spectre, celui de la question des vacances françaises, particulièrement longues. En fait, les élèves travaillent plus longtemps, sur une période plus courte. L’année scolaire ne compte que 140 jours, alors que la moyenne européenne s’établit à 185. Un jeune de 15 ans y reçoit pourtant 1 147 heures de cours par an, contre 965 en moyenne dans l’ensemble des pays de l’OCDE - seule la Grèce fait plus. La suppression des cours du samedi matin à la rentrée 2008 a encore densifié les périodes d’enseignement et accru les difficultés des plus fragiles.

Deux rapports, l’un signé de l’Académie nationale de médecine, l’autre, de l’inspection générale de l’Education nationale, pointent la fatigue des enfants. Décrochage scolaire, comportements violents, difficulté de concentration en découlent. Seule solution pour alléger les journées : mieux étaler les périodes d’apprentissage tout au long de l’année.

"Ouvrir les écoles jusqu’à la mi juillet"

La loi de 1938 qui instaurait des vacances d’été de deux mois et demi pour que les enfants aident aux moissons et aux vendanges, régit toujours la (trop ?) longue pause estivale. Officiellement, parents et professeurs se disent prêts à la reconsidérer. "Il faudrait ouvrir les écoles jusqu’à la mi-juillet, créer de nouveaux congés en mai pour éviter une trop longue période entre les vacances de Pâques et celles d’été, et même reconsidérer le découpage de la France en trois zones", avance Georges Fotinos, ancien inspecteur général, auteur, avec François Testu, d’Aménager le temps scolaire (Hachette Education).

Même les syndicats d’enseignants semblent ouverts au changement. "Bien sûr qu’il est possible de raccourcir la pause estivale : la preuve, avant la suppression du samedi matin, 25 % des écoles reprenaient vers le 22 août et s’arrêtaient aux environs du 6 juillet, rappelle Gilles Moindrot, secrétaire général du Snuipp, majoritaire dans le primaire. Les enseignants y sont prêts mais, si on voulait généraliser ce calendrier, il faudrait du temps et une volonté politique forte pour changer les habitudes des familles : durant ces périodes, l’absentéisme des élèves était important."

Une mission parlementaire va être lancée

Il faudrait aussi amadouer l’industrie du tourisme, qui a longuement bataillé pour établir la création de zones, afin d’étaler les départs et de soutenir, notamment, les professionnels des sports d’hiver. On les désigne souvent comme les plus rétifs à un ajustement du calendrier. "Raccourcir les vacances d’été ? C’est sûr, les collègues vont râler !, confirme Georges Colson, président du Syndicat national des agents de voyages, également à la tête de Fram. Certaines années, surtout si le temps est mauvais, une semaine de remplissage en moins peut avoir des conséquences sur le chiffre d’affaires. S’il y a du changement dans l’air, j’espère que l’Education nationale nous demandera notre avis."

Michèle Tabarot, députée UMP, s’apprête à lancer une mission parlementaire sur les rythmes scolaires avec, en son sein, des députés de la majorité et de l’opposition. Les différents modèles européens seront étudiés, et les experts (chronobiologistes, médecins, spécialistes de la violence, pédagogues...) seront consultés. "Le ministre de l’Education nationale est ravi de notre initiative", assure la députée. S’il semble impossible de revenir sur le samedi matin chômé - parents et enseignants renonceront difficilement à ce nouvel acquis - la question des congés va prochainement donner beaucoup de travail à la Rue de Grenelle.

mis en ligne le vendredi 9 avril 2010
par ML



  
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