Vif engouement pour l’enseignement du chinois

Par Marie-Estelle Pech

Le chinois fait son bond en avant depuis 2005, date à laquelle cette langue considérée jadis comme une fantaisie exotique de lettrés est passée au cinquième rang des langues les plus enseignées dans le secondaire français, au détriment du russe.

epuis, chaque année, sa progression en termes d’effectifs d’élèves est la plus forte de toutes les langues. Cette rentrée, 25.675 élèves se sont engagés dans son apprentissage, contre seulement 9.328 en 2004. Certes, proportionnellement, le nombre de jeunes Français apprenant l’anglais (plus de 5 millions) ou l’espagnol reste sans commune mesure. Mais le chinois laisse désormais loin derrière lui le russe ou l’arabe. Cet intérêt pour la langue chinoise est mondial, à tel point que, dans les meilleures universités américaines (Princeton, Stanford), le nombre d’étudiants sinisants rivalise avec celui des étudiants hispanistes pour la première place des langues étudiées et devance ceux de français et d’allemand. Il supplante aussi le français dans les universités italiennes.

« Ce n’est pas un effet de mode »

L’intérêt pour le chinois n’est pas lié à une augmentation de la population sinophone, puisque 90 % des élèves étudiant le chinois dans le secondaire sont de langue maternelle française. « Ce n’est pas non plus un effet de mode ; cette langue a désormais un statut international », affirme Joël Bel Lassen, inspecteur général de chinois. Contrairement à l’enseignement du russe, très soutenu par l’institution scolaire dans les années 1960-1970, l’essor du chinois vient d’abord d’une forte demande des familles.

La Chine est aujourd’hui la première destination des expatriés européens, devant les États-Unis et le Royaume-Uni. C’est aussi la deuxième économie mondiale : ces données, parents et enfants se les sont appropriées.

Le chinois est désormais perçu comme un atout dans un parcours scolaire. « Que vous travailliez ou étudiez dans le domaine du commerce, de la médecine, de l’informatique ou des mathématiques, vous allez rencontrer ce pays lors de votre parcours professionnel », observe Joël Bel Lassen. « Si, il y a dix ans, cette langue était choisie pour son côté exotique, c’est désormais l’aspect pratique qui prédomine », confirme Sylvaine Gautier-Le Bronze, professeur de chinois au lycée Émile-Zola à Rennes. À l’entendre, ses anciens élèves se disent avantagés lorsqu’ils passent des examens oraux à l’entrée d’écoles de commerce ou d’ingénieurs : « On leur pose souvent des questions sur la langue chinoise avec intérêt. » À niveau égal, affirme-t-elle, le dossier d’un élève ayant appris le chinois « devient prioritaire » pour une entrée en classe préparatoire.

Les mathématiques en chinois

Nombreux sont les lycées privés et publics renommés qui proposent désormais cette langue, à l’instar d’Henri-IV, Fénelon, Stanislas, Carnot à Paris, ou Montaigne et Sainte-Marie-Grand-Lebrun à Bordeaux. Depuis 2008, quinze sections internationales très élitistes ont par ailleurs été créées : on y apprend les mathématiques en chinois...

Mais cette langue ne se cantonne pas aux beaux quartiers. Elle est aussi enseignée au collège de Pontivy dans le Morbihan ou au lycée hôtelier Sainte-Thérèse à La Guerche-de-Bretagne (Ille-et-Vilaine).

« Le profil des élèves s’est démocratisé », assurent les enseignants. Et les motivations ne se limitent pas uniquement à des questions utilitaristes. Le chinois attire aussi « parce que les autres n’en font pas. C’est parfois tout simplement une façon de se distinguer », observe Sylvaine Gautier-Le Bronze.

Professeur de chinois au lycée Gymnase Jean-Sturm à Strasbourg, Sandra Lipster raconte que « certains s’inscrivent après avoir vu un film de kung-fu ou parce qu’ils sont intrigués par l’écriture, qu’ils jugent mystérieuse ». Le chinois capte depuis toujours les élèves ou les étudiants qui ont le goût du dépaysement et du défi.

Il fait, plus que jamais, rêver...

mis en ligne le jeudi 11 février 2010
par ML



  
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