La polémique enfle sur les quotas de boursiers dans les grandes écoles

La polémique enfle sur les quotas de boursiers dans les grandes écoles NOUVELOBS.COM | 06.01.2010 |

Alain Minc et François Pinault affirment avoir eu "un haut le cœur" en lisant la réaction de la Conférence

L’objectif affiché du gouvernement de mener près de 30% de boursiers dans les grandes écoles, rejeté par la Conférence des Grandes écoles (CGE), continue mercredi 6 janvier de provoquer des réactions d’indignation. Alain Minc et François Pinault lui donnent un écho dans Le Monde daté de jeudi, s’étonnant "que dans la société contemporaine, on puisse être aussi réactionnaire". Ils affirment avoir eu "un haut le cœur" en lisant la réaction de la CGE, et se refusent à penser qu’un concours passé à 20 ans "fixe à jamais une hiérarchie entre jeunes Français".

Alain Minc et François Pinault estiment que "l’équilibre de la société passe par le rétablissement de la promotion sociale et à cette aune-là le respect absolu des modes de recrutement traditionnels est suicidaire".

"La situation a profondément évolué"

De son côté, Patrice Corre, le proviseur du lycée Henry-IV juge dans le quotidien La Croix que "relancer cette polémique est intellectuellement malhonnête car la situation a profondément évolué", depuis le début des années 2000. Il admet en outre qu’il ne faut pas imposer de quotas et qu’il faut se donner le temps. Selon lui, les classes préparatoires aux grandes écoles ont actuellement 28% de boursiers et Henri-IV est passé en première année de 8% en 2005 à 30% cette année "sans baisser le niveau mais en changeant nos pratiques". En deuxième année, la part "n’est encore que de 18% mais cela progresse".

"En se donnant le temps, on atteindra l’objectif de 30% de boursiers sans sacrifier la qualité de l’enseignement", a-t-il affirmé, se déclarant opposé à une politique de "quotas". Des quotas "risquent de provoquer les effets inverses. Aux États-Unis, la Cour suprême a censuré il y a dix ans la discrimination positive. Elle avait été saisie par des étudiants noirs qui se plaignaient de leurs diplômes dévalorisés sur le marché du travail", a-t-il ajouté.

Diversification des épreuves

Patrice Corre tempère également les propos des présidents des grandes écoles qui ont été, selon lui, "caricaturés". "Ils ont parfaitement raison de dire qu’il faut sauvegarder un haut niveau de qualité des diplômes. Les grandes écoles françaises sont reconnues internationalement et peuvent conclure des partenariats avec les grandes universités étrangères car elles conservent ce niveau d’excellence".

Mais sur les concours de recrutement, le proviseur affirme qu’il est "souhaitable de diversifier les épreuves, de remettre en cause la pertinence de certaines d’entre elles. Sans doute les épreuves de langues vivantes sont-elles très discriminantes" et "il faudra sans doute donner plus d’importance à l’évaluation des personnalités des élèves".

"Scandaleux", pour Yazid Sabeg

La polémique a été lancée mardi après que Le Monde ait ressorti un texte - daté du 23 décembre mais passé inaperçu à l’époque - signé par les grandes écoles, dans lequel elles rejettent le quota de 30% d’étudiants boursiers que souhaite leurs imposer le gouvernement. Yazid Sabeg, commissaire à la Diversité et à l’Egalité des chances, a qualifié de "scandaleux" l’avis de la Conférence des grandes écoles (CGE). Le directeur de l’Institut d’études politiques (IEP) de Paris, Richard Descoing, a dénoncé une "remise en cause de 150 ans de transformation sociale par l’école". Et Valérie Pécresse, la ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche a appelé les grandes écoles à "ne pas avoir peur" de faire évoluer les méthodes de recrutement.

(Nouvelobs.com)

mis en ligne le mercredi 6 janvier 2010
par ML



  
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