Adolescence : pubère la vie

Que se passe-t-il derrière la porte de leur chambre ?

Comment les ados passent-ils leur temps libre ? Où vont-ils quand ils sortent dans des grandes villes comme Paris ? Avec qui ?

Une étude effectuée pour l’Observatoire des familles parisiennes (1) permet de répondre à ces questions.

« C’est une suggestion des institutions et associations qui siègent au conseil consultatif des familles », installé en 2004 à Paris, explique Olga Trostiansky, adjointe de Bertrand Delanoë en charge notamment de la solidarité et de la famille. Revue des principales conclusions.

La culture de la chambre

Est-ce pour avoir la paix ? « Séduction des nouveaux médias accessibles depuis leur chambre, encouragement des parents à rester à la maison pour soustraire les enfants aux tentations et aux risques de l’extérieur, accaparement croissant des adultes par leurs tâches professionnelles qui favorise le repli sur le logement, centre de la vie familiale, renchérissement de la charge de travail scolaire pour les lycéens » : les adolescents favorisent le temps passé au domicile, et dans leur chambre... Évidemment, c’est surtout quand ils disposent d’une chambre à eux et encore plus si ils y ont un ordinateur ou un écran.

En moyenne, les ados passent une heure vingt-sept, chaque jour, sur Internet. La télé ? Une heure pour les 11-12 ans. Une heure quarante pour les 16-18. Les jeux vidéo ? Les 13-15 ans y consacrent presque une heure quotidiennement. Du coup, les frontières de leur espace privé changent. Par exemple ils livrent sans hésiter les détails de leur vie et de leurs goûts sur Facebook, mais « vivent comme une intrusion insupportable l’entrée de leurs parents dans leur chambre au moment où ils tchatent ou surfent sur Internet », note l’étude. La mère d’un des ados interviewés a bien compris que son intérêt pour les déambulations internautes de ses enfants était très mal pris : « Il se trouve que c’est à l’intérieur, mais pour eux, c’est comme si j’allais les suivre dans la rue pour voir ce qu’ils font, ce qu’ils ne font pas. »

Les copains d’abord

Ce qu’ils font ensemble ? Peu importe. Ils traînent ou ne font rien. Plus ils grandissent, plus les adolescents passent du temps entre potes. Les amis prennent de plus en plus de place dans leur quotidien. Notamment dans les loisirs : les copains « jouent un rôle de prescripteurs et influent directement sur l’inscription dans une activité ». 84 % des jeunes Parisiens interrogés disent que « passer du temps en groupe ou avec des amis » est la première des activités. Les filles consacrent plus de temps à l’amitié que les garçons. « On essaie de voir au maximum les copains, explique un jeune homme. On essaie de sortir l’après-midi, dans la rue, les magasins, et puis après, le soir, se réunir entre copains. Avant, on jouait au foot, quand on était plus jeune. Aujourd’hui, on préfère se retrouver et après on se dit : qu’est ce qu’on va faire ? Mais l’important, c’est d’être ensemble ».

A chacun ses loisirs

Le mercredi, 60 % des enfants interrogés s’occupent à des pratiques artistiques, culturelles ou sportives encadrées, selon les déclarations de leurs parents - ce chiffre est de 45 % pour les parents de catégorie socioprofessionnelle (CSP) inférieure, et 72 % pour les CSP+. Ces activités sont pratiquées dans un club (48 %), une association (19 %), un établissement scolaire (16 %) ou un terrain de sport (16 %), un centre de loisir (11 %) ou un conservatoire (10 %). Les garçons sont plus nombreux à pratiquer une activité sportive au moins une fois par semaine (82 %, contre 64 % des filles). Les filles, elles, sont plus intéressées par les activités culturelles et artistiques. 47 % en ont une pratique hebdomadaire, contre 39 % des garçons. « Les filles sont plus impliquées dans les consommations culturelles, notamment les plus savantes (pratiques en amateurs, fréquentation des bibliothèques). Cette observation prolonge et accentue les tendances à la féminisation des pratiques culturelles relevées chez les adultes et accrédite l’hypothèse d’un maintien des pratiques savantes, tendanciellement en baisse de génération en génération, grâce aux publics féminins », souligne la sociologue Sylvie Octobre.

La pratique informelle du sport est très développée (skate, roller ou foot). « On crée des stades, après on cherche des réseaux et on invente », explique un footeux. Mais ces pratiques demeurent peu accessibles aux filles, « ce dont les jeunes ne se rendent compte que lorsque la question du genre des participants leur est posée, tant ils trouvent normal que le football soit un sport de garçons ».

Ils ont une vision « déjà très sexuée » des activités. Une jeune fille raconte sa surprise d’avoir fait les soldes avec des garçons. « Des fois, on prévoit des choses plus de filles, il n’y a que les filles qui viennent. Mais l’autre jour, j’ai fait du shopping qu’avec des garçons. On est allées chez H&M.  Ça m’a fait un peu bizarre, je ne suis pas habituée à faire du shopping avec les garçons. Ils étaient tout le temps en train de demander : "Est-ce que ça me va bien ?", "Oh ça, c’est classe !", "Tiens-moi mes affaires !" »

La pression de l’école

D’après le baromètre annuel du rapport à l’école des enfants de quartiers populaires (année 2008), près de 30 % des élèves interrogés « ne lèvent jamais ou pas très souvent le doigt en classe ». Parmi eux, 56 % expliquent cette absence de participation par « la peur de se tromper ou la méconnaissance des réponses ».

« Il y a des professeurs où on ne comprend vraiment rien et, du coup, on ne fait pas forcément attention. Vu qu’on n’aime pas, on ne suit pas. [...] Il y a des professeurs qui sont un peu prétentieux et qui pensent que c’est nous qui avons des problèmes », dit une fille. Moins d’un collégien sur deux sollicite l’enseignant quand il ne comprend pas, selon le même baromètre. Un garçon : « Je n’aime pas l’école ! J’y vais parce que j’ai pas envie d’être clochard plus tard. On ne peut pas dire que c’est trop tard, mais ça devient très difficile. Si on n’a pas les bases, on ne peut pas faire grand-chose »

Les devoirs

Ils consacrent d’une à trois heures par soir aux devoirs. « Je passe vraiment beaucoup de temps à travailler et j’aimerais bien sortir, faire autre chose, respirer un peu, quoi ! » se lamente un lycéen de terminale.

Dans l’ensemble, les parents suivent de près la scolarité de leurs enfants. 61 % des collégiens reconnaissent que leurs parents leur « demandent tous les jours s’ils ont des devoirs à faire ». Seuls 15 % d’entre eux déclarent qu’ils ne leur demandent jamais comment s’est passée leur journée au collège.

« Mes parents me demandent régulièrement si j’ai du travail... avant que je m’occupe à d’autres loisirs. »

D’autres préfèrent carrément éviter le sujet : « J’aime pas parler de scolarité parce que j’ai des problèmes », confesse un garçon. La mère est toujours plus impliquée que le père. Et cela ne se passe pas toujours bien : « Dès que j’ai fait une petite faute d’orthographe, ma mère s’énerve, elle se met dans tous ses états. Elle, c’est la maniaque des fautes d’orthographe, dit un garçon. Mon père, en général, il part dans des théories super-compliquées et que je n’ai jamais vues. Donc, en maths, je vais surtout demander à la prof, parce qu’il est hors de question d’aller demander à la maison. »

Des sorties conditionnelles

Les adolescents interrogés vivent dans des arrondissements plus ou moins pacifiés. Un garçon dédramatise l’image de son quartier : « J’y ai toujours vécu : je connais le quartier comme chez moi. Je connais tous les gens, je n’ai jamais eu de problèmes, je ne pense pas que j’en aurai, c’est vrai que de l’extérieur c’est un peu moins bien vu. » Un autre tire une certaine fierté d’avoir arrêté de traîner dehors : « Franchement, traîner dans la rue, c’est la pire des choses ! Il faut toujours être le plus fort, faire le plus de bêtises ! C’est pour ça qu’il y a des problèmes comme ça dans le quartier... Le racket, tout ça... des bagarres. »

Ces jeunes s’accommodent plus ou moins de ces contraintes, ainsi que des limites et règles fixées par les parents. Dont certains se représentent l’extérieur comme un monde de menaces. « Quand un enfant va en bas du bâtiment, il est là, il parle, il gêne le passage ou il casse la porte ou il apprend à fumer. C’est pour ça que j’ai peur surtout pour les filles, qu’elles me ramènent un enfant à la maison. » Une jeune fille n’a pas le droit d’aller à la piscine toute seule : « J’ai quand même envie d’y aller, même si je sais que [ma mère] est inquiète. L’année dernière, elle ne m’aurait jamais laissée aller au McDo, je lui ai demandé parce qu’on se faisait un resto avec des copines, c’était même pas en rêve. »

Des parents peu disponibles

Selon une enquête du CSA (« Portraits et attentes des mamans résidant en zones urbaines sensibles », avril 2008), 65 % des parents dans les zones sensibles travaillent le matin avant 8 h 30, et 47 % après 19 h 30. Les ados se plaignent que leurs pères et mères ne soient pas très disponibles... ou pas au bon moment. « J’aimerais sortir, aller dehors quoi ! Au grand air. Disons que, le week-end, mon père, il est un peu claqué, il dort souvent, donc on reste enfermés et je m’ennuie », rapporte une fille.

(1) L’enquête a été menée en février et mars par le cabinet de consultants Vérès auprès de 28 parents, de 32 adolescents, enfants des parents interviewés, et d’une trentaine de professionnels dans les IVe, Xe, XIIe, XIIIe, XVe, XVIIe, XVIIIe, XIXe et XXe arrondissements.

mis en ligne le mardi 4 août 2009
par ML



  
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