Débat rouvert sur l’école le mercredi

Débat rouvert sur l’école le mercredi

Par Garance LE CAISNE Le Journal du Dimanche

Depuis six mois, 98% des écoles primaires vivent au rythme de la semaine de quatre jours. Mais de nombreuses municipalités veulent ouvrir les mercredis matin.

Après la suppression de l’école pour tous le samedi, les enfants sont surchargés de travail. La FCPE, première fédération de parents d’élèves, tente de faire bouger les choses afin de de mieux faire respecter les rythmes de l’enfant.

l y a quelques semaines encore, l’homme faisait sourire. "Faire bouger l’Education nationale ?" "Revenir à la semaine des quatre jours et demi ?" "Il rêve !" Le maire adjoint d’Angers (Maine-et-Loire), chargé de l’éducation et de l’enfance, ne rêve pas. Luc Belot voudrait juste pouvoir répondre à une question qui le taraude : "Quel est le mieux pour les enfants ?" Début janvier, l’élu a lancé une large consultation. Débats dans les dix quartiers de la ville avec parents, enseignants et animateurs. Rencontres avec les agents municipaux. Réunions avec l’inspection académique. Faut-il ou non, et dans quelles conditions, revenir à la semaine des quatre jours et demi avec classe le mercredi matin ?

Six mois après la suppression de l’école pour tous le samedi, la question s’impose. Des villes s’en saisissent pour organiser, enfin, un débat public sur le sujet.

La FCPE, première fédération de parents d’élèves, a lancé une campagne nationale pour l’étalement des cours sur quatre jours et demi dont le mercredi.

Selon les chercheurs en chronobiologie, le système des quatre jours ne respecte pas le rythme des enfants, notamment les plus fragiles.

Le débat ne date pas d’hier. Sauf que, depuis la rentrée, la semaine a été amputée de deux heures et le programme alourdi dans certaines matières. La classe se déroule à marche soutenue. "Les journées sont trop intensives, explique Cyrille Juin, institutrice de CE1-CE2 au Mans.

On doit faire plus de maths et de français, et moins de découverte du monde et d’art plastique qu’on travaillait quand l’attention des élèves baissait. L’année dernière, le matin, je prenais le temps d’écouter les enfants qui avaient besoin de parler.

Après le déjeuner, je lisais une histoire. Ces temps d’apprentissages ’passifs’ autour du langage et de la lecture n’existent plus. Maintenant, quand j’entre en classe, c’est ’ouvrez vos cahiers !’". Sans parler de l’aide personnalisée quotidienne qui se rajoute pour les enfants en difficulté.

Cette année, 98 % des 55 000 écoles fonctionnent sur quatre jours. Au ministère de l’Education nationale, on se défend d’avoir imposé ce rythme. D’ailleurs, lorsque Xavier Darcos était maire de Périgueux, les écoliers travaillaient le mercredi. Le ministre préfère rappeler que la circulaire du 5 juin 2008 stipule que "l’enseignement scolaire peut se répartir sur quatre jours ou neuf demi-journées, du lundi au vendredi".

Mais c’est au conseil d’école de demander une dérogation à l’inspection académique, après avis de la commune, chargée des activités parascolaires et périscolaires.

En juin dernier, il fallait être très réactif, côté parents, instit et mairies, pour réfléchir aux changements qu’implique l’école le mercredi et éventuellement le réclamer.

Respecter le rythme de l’enfant

Toulouse (Haute-Garonne) l’a été. Un tiers des conseils d’école a voté pour le mercredi. Un tiers pour les quatre jours. Le dernier tiers n’avait pas d’avis. Après concertation avec la mairie, l’inspecteur académique du département a tranché : "Pour respecter le rythme de l’enfant, je suis plutôt favorable à l’étalement de l’enseignement sur quatre jours et demi, explique Jean-Louis Baglan.

Je voulais aussi une harmonisation sur la ville." Depuis la rentrée, les petits Toulousains prennent donc tous le chemin de l’école le mercredi matin. Et la moitié de ceux de Haute-Garonne.

Comme Angers, Grenoble (Isère) consulte. La mairie a envoyé une lettre aux 7800 parents, les invitant à participer à des débats ou à donner leur avis par courrier. Vendredi, Lille (Nord) se lance à son tour dans une "démarche concertée". Le passage au mercredi ne pourra se faire qu’au cas par cas, en fonction des contraintes locales. Pour le moment, impossible de savoir combien de conseils d’école voteront pour.

Côté enseignants aussi, cela discute sec. Classe le mercredi ? Beaucoup ne l’envisageaient pas l’année dernière. Aujourd’hui ? "Le rythme est trop infernal", affirme Bernard Lebrun, secrétaire départemental FSU de la Sarthe, qui rencontre ses militants cette semaine. L’instituteur est pour, en tout cas, et envisage une série de réunions avec parents, enseignants et élus. Rien ne se fera sans le soutien des mairies. Au Mans, ce n’est pas gagné. "On sait que quatre jours et demi c’est mieux pour les enfants, reconnaît Claude Jean, adjoint chargé de la vie scolaire. On a déjà changé en urgence l’organisation de travail de nos personnels à la dernière rentrée. Il faudrait encore le faire ?" L’élu est las. Mais pourra-t-il échapper au débat que réclament enseignants et parents ?

mis en ligne le dimanche 8 mars 2009
par ML



  
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