Aider son enfant à faire ses devoirs

Aider son enfant à faire ses devoirs LE MONDE | 03.02.09

Objet de conflit potentiel, les devoirs à la maison sont, souvent, une épreuve pour les parents. Difficile de rester zen.

Bien que les devoirs écrits - mais pas les leçons - soient interdits à l’école primaire depuis le 3 janvier 1957, des enseignants continuent d’en donner. A tel point que ceux qui dérogent à la règle paraissent suspects aux yeux des parents. "Le problème des devoirs, c’est qu’on renvoie à la famille la gestion de la réussite, considère Jean-Jacques Hazan, président de la Fédération des conseils de parents d’élèves (FCPE). D’autant qu’il arrive que des enseignants donnent à leurs élèves des sujets qui n’ont pas encore été abordés en classe. Cette sous-traitance pédagogique génère des inégalités."

Pour faire face à ce problème, le ministre de l’éducation nationale, Xavier Darcos, a instauré un accompagnement éducatif après la classe pour les écoles primaires en zone d’éducation prioritaire et dans les collèges, sur la base du volontariat. Tous les parents ne sont pas capables, en effet, de jouer les répétiteurs. "Un devoir ne doit en aucun cas aborder un thème nouveau" insiste Serge Moindrot, secrétaire général du SNUipp-FSU, le principal syndicat des professeurs du primaire.

Pour Elizabeth Côté, psychopédagogue à l’université Laval de Montréal, il est inutile de donner des devoirs avant l’âge de 9-10 ans. Et, par la suite, le rôle des parents consiste essentiellement à organiser les choses matériellement, à dispenser des encouragements pour les efforts fournis, à vérifier que les devoirs sont faits mais surtout à ne les faire à la place de son enfant. "S’il n’y arrive pas, je conseille aux familles de mettre un mot au maître pour signaler, qu’en dépit de ses efforts, l’enfant n’a pas réussi."

Philippe Hermant, enseignant de CM2 dans le Pas-de-Calais, veille à donner des devoirs qui peuvent se faire sans aide extérieure. "Quand je vois la quantité de travail que les élèves de 6e ont à faire, il me semble important de les préparer", explique-t-il. Cela n’empêche pas les parents d’être présents en faisant, par exemple, réciter les leçons. Le mieux est de poser des questions en rapport avec le texte mais de ne pas exiger du "par coeur", sauf pour une poésie ou un texte de théâtre.

Au collège, certains adultes commencent à lâcher leurs enfants. "En 4e et 3e, il faut lutter contre le raisonnement de certains parents qui pensent que les enfants doivent se débrouiller seuls, insiste Jean-Michel Zakhartchouk, professeur de français dans un collège de Creil (Oise). Ils doivent continuer à être présents." Comment ? Tout le monde semble s’accorder sur le fait qu’il faut mettre l’enfant au travail, contrôler que les devoirs sont faits et surtout parler avec lui de ce qu’il apprend à l’école. "Avant de faire un devoir, il est important de faire reformuler à l’enfant ce qu’il a à faire, qu’il sache se remémorer la question sans regarder son cahier", poursuit Jean-Michel Zakhartchouk.

Mieux vaut aussi faire réciter une leçon une heure après qu’elle ait été apprise pour s’assurer qu’elle est bien assimilée. Ne pas se focaliser sur l’orthographe quand ce n’est pas l’objet du devoir.

"Certains parents considèrent que le devoir doit être le meilleur possible, c’est une erreur, conclut le professeur de français. L’idée, c’est que l’enfant apprend et peut refaire seul le devoir."

Pour Jeanne Siaud-Facchin, psychologue clinicienne spécialisée dans les troubles de l’apprentissage, il est illusoire de croire qu’on travaille uniquement pour soi, même adulte. "Dans la réalité, les enfants, y compris en terminale, continuent à travailler pour faire plaisir, explique-t-elle. Même grands, ils ont besoin de sentir que leurs parents sont fiers d’eux." Développer l’estime de soi et la motivation sont des facteurs de réussite. "Il est très important de ne pas mélanger les compliments et les critiques car on perd le bénéfice des premiers", poursuit la psychologue. Proscrire les remarques du genre : "Tu as eu 12 mais c’est dommage, tu aurais pu avoir 14."

Face à un enfant qui refuse de faire ses devoirs, il faut s’interroger : est-ce parce qu’il appréhende ce moment, source de difficultés pour lui ? Dans ce cas, il faut l’encourager, lui dire, par exemple : "O-K, je vois que c’est difficile pour toi. qu’est-ce que je peux faire pour t’aider ?" Jeanne Siaud-Facchin conseille aux parents d’aider leurs enfants à prendre conscience de la manière dont ils apprennent. On peut aussi encourager l’enfant à anticiper les situations : "Essaie de t’imaginer face à ton contrôle", pour l’inciter à se demander sur quoi on peut l’interroger.

Et lorsqu’on n’a pas les compétences dans certaines matières, il faut le lui dire simplement, accepter ses limites tout en restant présent. "Cela passe par une grande écoute, une confiance en ses capacités de progrès, une présence bienveillante", conclut Sylvie Grau, professeur de mathématiques en lycée.

mis en ligne le mardi 3 février 2009
par ML



  
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