Classes préparatoires : les universités se lancent

Fini le monopole des grands lycées sur les « khâgnes » et les « taupes » : le ministère de l’Enseignement supérieur veut que les 85 universités se lancent à leur tour dans la préparation des étudiants aux concours des grandes écoles.

L’ouverture de classes prépa dans les campus n’a « rien de révolutionnaire », mais elle « présente beaucoup de vertus », selon la ministre de l’Enseignement supérieur, Valérie Pécresse.

Elle permettrait peut-être aux universités de conjurer la baisse prévisible de leurs effectifs (- 5 % dans les dix prochaines années) et d’aider les grandes écoles à remplir leurs « milliers de places vacantes ».

Elle sera à coup sûr un moyen de diversifier socialement le recrutement des prépas, très élitistes malgré leur succès croissant (+ 2,5 % d’effectifs).

L’idée, évoquée par le récent rapport Philip sur les relations universités-grandes écoles, prend appui sur des initiatives existantes. Plusieurs universités ont déjà mis sur pied des classes préparatoires. A Mulhouse, une vingtaine de jeunes scientifiques triés sur le volet suivent un cursus spécifique (200 heures), en parallèle de leur deuxième année, déjà riche de 500 heures de cours. Objectif : les préparer aux concours des deux écoles internes de l’université, mais aussi par extension aux concours nationaux des écoles de chimie. « Nous insistons sur la culture générale et sur les oraux, peu développés à l’université », explique Alain Brillard, le président de l’université. Idem à Poitiers ou à Paris-XI.

Ces initiatives restent cependant cantonnées à une dizaine de campus scientifiques : elles ont surtout vocation à préparer les étudiants aux écoles d’ingénieurs internes (Polytech, INP, Ensi...).

Aller plus loin ? Les universités s’y disent « très favorables » : elles ont toujours regardé ces viviers de bons élèves d’un oeil gourmand, et étaient allées en 2005 jusqu’à en demander la tutelle directe. Ce que le ministère avait refusé.

Pas question cependant de faire un « copier-coller » du lycée : la Conférence des présidents d’universités vient de créer un groupe de travail chargé de réfléchir à ce que pourrait être une prépa universitaire. « Nous voulons conserver nos spécificités : le lien avec la recherche, l’accès en master, les équivalences européennes », explique Alain Brillard.

Soutien financier

Autre sujet sensible : les moyens. L’Etat dépense 13.000 euros par an pour un élève de classe préparatoire, contre 7.000 par étudiant à l’université.

Certaines universités plaident donc pour un geste. Et notamment l’université de Bretagne Sud, qui ouvrira à la rentrée 2009 deux classes préparatoires destinées aux élèves des filières de STG (gestion).

Une quarantaine d’étudiants, dûment sélectionnés, y suivront deux ans de cours intensifs en vue des concours d’écoles de commerce. « J’espère obtenir trois postes d’agrégé. Mon projet n’est pas concurrent des lycées, puisqu’il n’y a pas de prépa pour les STG », argumente le vice-président, Fréderic Bedel. Les proviseurs, très remontés en 2005 contre une possible intégration des prépas aux universités, disent cette fois ne pas se sentir « menacés ».

« Au contraire, nous nous félicitons que notre modèle d’enseignement inspire les universités », explique Patrice Corre, proviseur de Henri-IV et membre de l’association des proviseurs de lycée à classes préparatoires. D’autant que Valérie Pécresse leur a promis que le soutien financier de l’Etat ne serait pas « remis en cause ». En outre, le projet peut ouvrir des perspectives professionnelles aux professeurs de prépas, dont 70 % sont titulaires d’une thèse. LAURENCE ALBERT

mis en ligne le mercredi 28 janvier 2009
par ML



  
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