Absentéisme : "La médiation à l’école, ça ne s’improvise pas"

Nicolas Renard, président de l’Observatoire des zones prioritaires

Absentéisme : "La médiation à l’école, ça ne s’improvise pas"

Nicolas Renard, président de l’Observatoire des zones prioritaires et principal de collège dans les Hauts-de-Seine, réagit à l’annonce par Xavier Darcos, jeudi 22 janvier, de la création de 5 000 médiateurs de la réussite scolaire pour lutter contre l’absentéisme scolaire et renforcer les liens avec les parents.

Cette mesure va-t-elle dans le bon sens, selon vous ?

Ma réponse sera mitigée. Les rapports de l’école et des familles et le suivi des élèves absentéistes constituent un vrai enjeu. Maintenant, créer une médiation entre l’école et les familles demande une vraie compétence et un travail important pour que ces nouveaux médiateurs s’insèrent bien parmi les différents personnels qui travaillent déjà entre l’école et les familles. Au sein des établissements, les CPE [conseillers principaux d’éducation] ont déjà beaucoup de contacts avec les familles, notamment pour suivre les élèves absents. Les assistantes sociales également. Si un nouveau corps intervient, il faut donc qu’il le fasse en étroite relation avec les autres sinon les familles ne vont rien y comprendre. Elles ne vont plus savoir quel est le bon interlocuteur car elles vont avoir plusieurs personnes en face d’elle. Il y a donc un vrai travail de formation nécessaire pour que ces nouveaux médiateurs s’insèrent bien dans les différentes équipes

Vous semblez partager partiellement les craintes syndicales. L’UNSA éducation a notamment regretté l’absence de discussion "sur le rôle et la formation de ces ’médiateurs’ alors que des professionnels de l’éducation comme les conseillers principaux d’éducation et les assistantes sociales jouent un rôle essentiel auprès des familles".

Je ne suis pas contre le fait qu’on ait des personnes qui soient sur une fonction un peu nouvelle. On a connu ça dans des établissements où des médiateurs interviennent uniquement sur les difficultés entre élèves. Mais je partage leurs réserves sur la formation : si ce sont de nouvelles personnes il faut qu’elles soient formées, qu’elles soient compétentes.

La médiation est une fonction délicate. ça ne s’improvise pas. On ne peut pas faire ça en dépannage. Qu’on prenne des personnels un peu nouveaux, même peut-être relativement précaires, pourquoi pas.

Ils peuvent avoir un bon contact avec les familles. Mais cela suppose préalablement qu’ils connaissent bien le milieu scolaire, qu’ils travaillent avec le CPE, les enseignants ou l’assistante sociale, pour avoir une intervention concertée auprès des familles. On ne peut pas envoyer quelqu’un comme ça du jour au lendemain. C’est plus compliqué que ça. Le contact avec les familles existe depuis longtemps. Qu’une personne vienne renforcer ce lien, pourquoi pas, mais elle devra travailler avec les autres. Et ça, ça ne peut pas s’improviser.

Est-ce qu’il existe des profils spécifiques pour occuper ce poste ?

Non. Derrière cette question, il y a celle d’embaucher des gens qui viennent des quartiers. Mais quelqu’un qui vient d’un autre univers peut faire un excellent travail. Il faut toujours essayer de ne pas s’enfermer dans les quartiers. Qu’ils aient une connaissance fine des cités, oui, mais ça ne veut pas dire pour autant qu’ils en soient issus. Il faut être vigilant.

L’objectif de Xavier Darcos, réduire sous un an de 30 % le nombre d’élèves absentéistes dans les 100 établissements les plus touchés, vous paraît-il réaliste ?

Cela me semble un peu ambitieux. L’absentéisme, notamment l’absentéisme lourd, est quelque chose de très difficile à réduire. Et je ne suis pas sûr que ces médiateurs, même s’ils apportent des forces nouvelles, permettent d’atteindre cet objectif. Un élève qui est absent, c’est très compliqué, cela prend beaucoup de temps, il faut le rescolariser, le remotiver. Il y a d’abord un travail à faire à l’intérieur de l’école. Ensuite, le contact avec les familles n’est pas facile. Il s’agit souvent d’élèves qui sont issus de milieux un peu destructurés. Les choses ne se font pas du jour au lendemain.

Propos recueillis par Christian Bonrepaux

mis en ligne le vendredi 23 janvier 2009
par ML



  
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