Lycées : volte-face surprise de Xavier Darcos

Lycées : volte-face surprise de Xavier Darcos

Les Echos du 16/12/08 Le ministre de l’Education nationale reporte d’un an son projet, qu’il devait présenter aujourd’hui et qui suscite la contestation des lycéens et des enseignants. Les syndicats applaudissent. Il s’agit du premier recul d’un homme qui avait construit sa réputation sur son activisme réformateur.

Volonté de ne pas importer en France la colère de la jeunesse grecque ? Souci d’éviter un dérapage redouté de tous dans les lycées ?

Ou désir plus global de tuer dans l’oeuf tout mouvement social en cette période de crise ? Confronté à un mouvement lycéen qui fait tache d’huile et se durcit de jour en jour, l’exécutif a, pour la première fois, imprimé hier un coup d’arrêt à son zèle réformateur dans l’éducation. Le ministre Xavier Darcos a annoncé le report de sa réforme des lycées, dont le premier acte, la « nouvelle seconde », devait être présenté aujourd’hui et entrer en application à la rentrée 2009. « Nous avons trouvé qu’il était convenable de faire ainsi parce que, objectivement, le climat ne se prête pas à avancer sereinement », s’est-il justifié sur Europe 1.

Une décision étonnante de la part d’un ministre qui a bâti sa bonne réputation à droite sur sa capacité à faire aboutir ses - nombreuses - réformes coûte que coûte. « La légitimité n’est plus dans la rue », répétait-il jouant constamment l’opinion contre les syndicats enseignants, la masse des lycéens contre leurs représentants.

Une décision prise dimanche après-midi avec l’Elysée... quelques heures après la publication dans « Le Journal du dimanche » d’une interview où Xavier Darcos défendait une nouvelle fois sa réforme. « C’est une décision que j’ai prise moi-même », a, cependant, tenu à assurer, hier, le ministre, jurant qu’il n’avait que « consulté plusieurs fois le président de la République » et bien sûr attendu son « accord ». Des petits gestes

Le message est le même à l’Elysée. L’objectif est double : ne pas laisser penser que Nicolas Sarkozy freine les réformes socialement sensibles (lire ci-dessous) ou qu’il a pu désavouer Xavier Darcos, particulièrement ménagé hier. Rien à voir entre les louanges formulées à son égard - « un des ministres les plus réformateurs », a-t-on répété en boucle à l’Elysée et à l’UMP - et le traitement infligé ces dernières semaines à Rachida Dati, ministre de la Justice, elle aussi contestée dans son secteur. « Darcos a une assise politique plus forte que Dati », souligne un conseiller ministériel, qui n’oublie pas que l’hôte de la Rue de Grenelle est un membre du « G7 », le groupe des ministres les plus appréciés du président.

Cette décision « ne change rien » à l’appréciation du chef de l’Etat, soulignait-on hier à l’Elysée. Sans doute, mais le ministre avait tout fait, ces derniers temps, pour éviter d’en arriver à cette décision symboliquement lourde. Conscient en fin connaisseur du système du danger des mouvements de jeunesse, il avait déjà présenté en octobre dernier des pistes de réformes « plus raisonnables » que prévu. Afin d’éviter d’ouvrir plusieurs fronts simultanément, il avait multiplié, au fil des semaines, les discours apaisants et les petits gestes sur l’école maternelle, l’enseignement de l’économie...

Ces derniers jours, il n’avait eu de cesse de souligner l’accord de principe donné il y a quelques mois par des organisations lycéennes et enseignantes à une réforme des lycées. Peine perdue. De l’aveu même de son entourage, le ministre demeurait inaudible face aux inquiétudes diffuses de lycéens et aux ressentiments des enseignants. Faire montre de « pédagogie »

La réforme est au mieux reportée d’un an. La Rue de Grenelle, l’Elysée, Matignon et l’UMP se relaient pour jurer qu’elle n’est pas enterrée et qu’elle fera l’objet d’un deuxième round de « discussions » avec les syndicats et les familles. Le temps, officiellement de faire montre de « pédagogie ». Le pari aussi que le mouvement lycéen ne survivra pas aux vacances de Noël. « On n’est pas à trois mois près », a déclaré hier le Premier ministre, François Fillon.

Hier, les syndicats d’enseignants se sont, eux, abondamment félicités d’« un succès » qu’ils attribuent au « résultat des mobilisations ». Sans toutefois relâcher la pression : le secrétaire général de la FSU, Gérard Aschieri, a réclamé un geste en direction du primaire ; les lycéens ont maintenu leur journée d’action pour jeudi. Quant aux partis de gauche, ils ont chacun avec leurs mots et leurs priorités demandés de nouvelles concessions.

LAURENCE ALBERT ET ELSA FREYSSENET

mis en ligne le mardi 16 décembre 2008
par ML



  
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