Suppression de la carte scolaire : vers une dégradation de la mixité sociale

Suppression de la carte scolaire : vers une dégradation de la mixité sociale

La suppression totale de la carte scolaire annoncée pour 2010 risque de dégrader davantage la mixité sociale. Un rapport de deux inspecteurs généraux de l’Education nationale, jusqu’ici interdit de publication, révèle que la mise en place des nouvelles dispositions de la carte scolaire depuis juin 2007 a renforcé des logiques de concentration ethnique.

Intitulé "Les nouvelles dispositions de la carte scolaire", ce rapport, établi entre juin et septembre 2007, fait un état des lieux de la situation dans 34 départements. Les rapporteurs, Jean-Pierre Obin et Christian Peyroux, affirment ainsi que les catégories les plus favorisées ont disparu des collèges difficiles et inversement les établissements les plus convoités n’ont pas accueilli plus d’élèves en difficulté. La question de la survie de certains collèges est ouvertement posée, selon le rapport. En conclusion, Jean-Pierre Obin et Christian Peyroux appellent le gouvernement à faire en sorte que l’émulation entre établissements prévue pour 2010 débouche sur une amélioration d’ensemble en termes de réussite scolaire, et non sur une concurrence stérile et coûteuse.

Au ministère, l’entourage de Xavier Darcos confirme l’existence du rapport, mais souligne qu’il "n’avait pas vocation à être rendu public". Selon eux, ce rapport est "déjà obsolète" vu qu’il "tire le bilan de l’expérimentation" de l’été 2007. Interrogé sur ce sujet au cours de l’émission Questions d’info/France Info/LCP, Xavier Darcos a déclaré que "ce rapport a été écrit au moment où nous commencions tout juste, dans les quelques jours qui ont suivi la rentrée". "On ne peut pas décider au mois de septembre 2007 qu’une décision prise quelques jours avant est de nature à favoriser des ghettos. Il faut voir sur une longue échelle", a-t-il insisté. Et de conclure, "ce rapport que j’avais moi-même commandé, il ne me paraît pas présenté de bonne manière".

L’entourage du ministre a confirmé la poursuite de l’assouplissement de la carte scolaire à la rentrée prochaine. En effet, toutes les demandes de dérogations seront acceptées, "dans la seule limite de la capacité d’accueil de l’établissement". En cas d’un trop plein de demandes sur un établissement, les élèves handicapés et boursiers resteront prioritaires. Dans un communiqué, l’Unsa-Education a réagi en parlant de "logique du ghetto". Selon lui, "le rapport montre" que la "liberté" pour les familles de choisir l’établissement de leurs enfants, promise par le gouvernement, "est un leurre : elle affaiblit les plus fragiles et les plus démunis".

Source : Le Monde, Ouest-France, Libération

mis en ligne le samedi 21 juin 2008
par ML



  
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