Remplacement des profs : les raisons d’une réforme

Remplacement des profs : les raisons d’une réforme

Cécilia Gabizon 19/05/2008 Avec la multiplication des matières, les remplacements sont plus difficiles à effectuer dans les collèges et les lycées. Les heures d’absences se comptent en millions et les élèves, surtout au collège, sont souvent privés d’enseignants.

Parmi les nombreux chantiers ouverts par Xavier Darcos, le remplacement des professeurs absents figure en bonne place. Le ministre veut réformer un système rigide et, souvent, inefficace. En effet, d’un côté, les heures d’absences des professeurs se comptent en millions. Deux millions d’heures d’absences dites prévisibles et de courte durée (formation, journée pédagogique...). Trois millions d’heures pour les absences de courte durée non prévisibles (maladies, accidents...). Et encore trois millions pour les absences de longue durée (congés maternité, etc.). De l’autre, 50 000 enseignants spécialement affectés à ces défections, prévisibles ou imprévues. Parmi eux, ils sont dix mille à rarement voir des élèves.

Le ministre, qui vient d’envoyer un courrier aux syndicats pour calmer la grogne et ouvrir des négociations sur la revalorisation, notamment financière, du métier d’enseignant, a annoncé la création, d’ici à la rentrée 2009, d’une « agence du remplacement », chargée de planifier les besoins et d’optimiser les affectations. Car, aujourd’hui, chaque académie vit en autarcie, parfois de façon absurde.

Un système cloisonné. Prenez Avignon et la ville voisine de Villeneuve-lès-Avignon. Quoique limitrophes, elles se tournent le dos administrativement, puisqu’elles relèvent de deux académies différentes. À ce jour, un professeur remplaçant ne peut franchir le pont séparant les deux communes. Car les enseignants remplaçants sont affectés par académie, soit à une zone précise ou à un département. Certains parcourent plusieurs centaines de kilomètres. Quand d’autres tournent dans une petite circonscription. L’agence devrait redéfinir les périmètres d’intervention et décloisonner un système encore rigide en pratiquant « l’interacadémisme ». L’au­tre objectif est d’inciter les enseignants à être en formation pendant leurs vacances.

Un nombre fixé localement. Le nombre de remplaçants n’est pas décidé au ministère, mais par les rectorats. Ils affectent à cette tâche un pourcentage du nombre total de professeurs dont ils disposent. En général 6 %. Mais en fonction des académies, et des années, cette proportion n’est pas toujours adéquate. Dans le Sud, qui compte plus de professeurs d’âge mûr, les congés maladie sont, semblent-ils, assez importants. Tout comme en région parisienne, surtout concernée par de très nombreux congés maternité dans une profession ultra-féminisée (à 80 % dans le primaire et encore 57 % au collège).

Le primaire mieux loti. Dans le primaire, environ 26 000 titulaires opèrent les remplacements avec efficacité. Carine fait partie d’une « brigade départementale de remplacement » en Seine-Saint-Denis. Chaque fin de semaine, elle reçoit par mails ses affectations de la semaine suivante. « Je ne suis jamais inoccupée », assure-t-elle. Ces brigades départementales sont ultra-spécialisées : l’une remplace les instituteurs en formation, l’autre couvre les courtes absences et une dernière résout les longues absences « Le primaire est plus simple à planifier car c’est un professeur par classe », expliquent les autorités.

Le point noir du collège. Ces dernières années, des parents ont intenté des procès dans certains cas extrêmes. En théorie, 11 000 professeurs titulaires soit 6 % des enseignants du secondaire sont disponibles. Mais cette fois, il existe 150 disciplines pour 8 000 établissements du second degré. Ce qui complique singulièrement la gestion. Dans certaines disciplines en excédent de personnel, comme les lettres ou l’éducation physique, certains professeurs n’ont guère l’occasion de faire cours. Ils sont en principe affectés à un établissement, peuvent faire du soutien scolaire. Sans que le système soit véritablement contrôlé.

L’obstacle des absences de courte durée. L’Éducation nationale peut être sanctionnée si elle n’a pas assuré ses obligations scolaires au-delà de quinze jours d’absence. Avant, c’est aux établissements de trouver des solutions en interne, en demandant, depuis 2006, aux autres professeurs d’effectuer des heures supplémentaires. Dans la pratique, ces remplacements courts sont rares. Pour les durées supérieures à un mois, le taux de remplacement est élevé, autour de 95 %. Mais d’importantes variations saisonnières existent. Janvier et février affichent des records d’absences. « Beaucoup de remplaçants sont déjà affectés lorsque survient la saison des grippes, des grosses fatigues », explique Laurent Petrynka, directeur de cabinet du recteur de Créteil. L’Éducation nationale fait alors appel à des vacataires, étudiants recalés au concours, retraités... Près de 11 000 par an.

mis en ligne le mardi 20 mai 2008
par ML



  
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