Le racket scolaire toujours soumis à la loi du silence

Le racket scolaire toujours soumis à la loi du silence Aude sérès

Le nombre de faits recensés est en baisse, mais beaucoup de victimes n’osent pas en parler. Au total, 9.397 faits de violences contre des élèves ont été enregistrés l’an dernier.

VINCENNES, jeudi après-midi. Alors qu’elle sort du lycée, cette jeune fille se retrouve face à une vingtaine de jeunes qui lui tombent dessus, la plaquent contre un mur, la claquent à plusieurs reprises et s’emparent de son portable. Très choquée, elle rentre chez elle sans oser parler de ce racket à ses camarades. Une situation plus fréquente qu’on ne le pense. Car les phénomènes de rackets dans les établissements scolaires font souvent l’objet d’une omerta de la part des jeunes.

Selon une note de la Direction centrale de la sécurité publique, quelque 1 441 faits se sont produits l’an dernier en recul de 7,51 %. Plus de 89 % des auteurs sont mineurs, dont une majorité âgés de 13 à 16 ans. Près d’un tiers de ces actes ont été relevés au sein même des établissements scolaires et la moitié aux abords des établissements. Sans parler de tous les faits qui sont passés sous silence par des adolescents angoissés.

Philippe Guittet, secrétaire général du SNPDEN, syndicat des chefs d’établissements, qui suit de près ce phénomène, estime que « la difficulté, c’est d’avoir connaissance des faits, car la plupart du temps, les collégiens, principales victimes, n’osent en parler ni à leurs parents ni aux enseignants. » Pourtant, briser la loi du silence est souvent efficace, poursuit-il, évoquant « une arrestation de racketteurs l’an dernier par la police que nous avions choisi de prévenir ».

Des « policiers référents »

Selon la DCSP, qui ne couvre que les actes recensés par la police en zone urbaine , les 2 015 victimes de rackets sont en majorité âgés de 13 à 16 ans, ce sont à 79 % des garçons. L’an dernier, une affaire de racket d’enfants avec violence dans une école primaire à Puteaux avait fait grand bruit. Sept garçons âgés de 14 à 17 ans avaient martyrisé leurs victimes pendant plusieurs mois.

Dans le nouveau logiciel de recensement de la violence en milieu scolaire, le racket est pris en compte. Un partenariat entre l’Éducation nationale et la police est de plus en plus fréquent. Désormais la police affecte à chaque établissement un « policier référent », et organise des interventions de prévention dans les collèges et les lycées.

La DCSP fait état de 764 faits de viols, attentats à la pudeur et agressions sexuelles, dont plus de 65 % dans les établissements. Les violences contre des élèves se montent à 9 397 faits. Le ministère de l’Intérieur a comptabilisé l’an dernier 209 violences avec armes ou faisant l’objet d’une interruption de travail de plus de huit jours contre les enseignants en milieu scolaire, en recul de 12,18 %.

Quelque 1 122 violences volontaires avec légère interruption de travail ont été enregistrées ainsi que 58 actes à caractère raciste ou antisémite. Des chiffres qui ne prennent en compte que les agressions ayant donné lieu à des plaintes auprès de la police. En 2005-2006, se fondant sur le recensement Signa des incidents effectué par les principaux des collèges et les proviseurs des lycées publics, l’Observatoire national de la délinquance a révélé que les enseignants ont fait l’objet de 15 284 agressions de toute ­nature.

mis en ligne le vendredi 11 avril 2008
par ML



  
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