Soûleries dans les soirées étudiantes

Soûleries dans les soirées étudiantes

LE MONDE | 25.03.08

Christophe, 22 ans, dit être lassé des soirées de beuverie. Membre du bureau des étudiants (BDE) de son école d’ingénieurs, il continue à les organiser mais les fréquente de moins en moins. "Je n’aime pas ces ambiances, raconte-t-il. Les élèves viennent pour se soûler et ils ne connaissent pas leurs limites. Ils s’énervent, deviennent rapidement irritables. Il faut régulièrement appeler les pompiers ou le SAMU."

Du coup, le jeune homme a monté une petite association avec des amis et organise bénévolement ses propres soirées. Y sont conviés les proches de son réseau qui s’acquittent d’un ticket d’entrée pour rembourser la location de la salle et les boissons. On y boit le plus souvent de vrais cocktails à la différence des "mélanges infâmes" type vodka-pomme des soirées étudiantes habituelles dont l’objectif premier est de "se bourrer rapidement la gueule".

Bon négociateur, Christophe réussit à obtenir des remises conséquentes sur l’alcool. "En cas de grosses commandes, on peut avoir deux bouteilles offertes pour une dizaine payées, explique-t-il. Pour 3 000 euros d’achat, un alcoolier m’a même reversé 800 euros en contrepartie de quoi je m’engageais à n’utiliser que sa marque durant un nombre précis de soirées", poursuit-il. Un autre vendeur a même accepté de lui financer un open bar - boissons à volonté - pour faire la promotion de sa marque passée de mode. Des pratiques hors la loi puisque le parrainage des associations ou soirées étudiantes est interdit lorsqu’il a pour objet la publicité en faveur de boissons alcoolisées.

LA COURSE À L’IVRESSE

En général, Christophe compte une bouteille de "hard" (alcool fort type whisky ou vodka) pour deux ou trois participants. "Le plus souvent, il en reste, mais j’ai toujours peur de manquer." De telles doses explosent les limites édictées par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), soit "pas plus de quatre verres standard en une seule occasion".

Dans la course à l’ivresse, les élèves des grandes écoles de commerce ou d’ingénieurs caracolent en tête : 45,4 % d’entre eux déclarent consommer de l’alcool au moins une fois par semaine. Viennent ensuite les étudiants en sciences humaines et d’écoles spécialisés (architecture, beaux-arts, infirmières...), avec près de 35 %, selon une enquête 2005 de La Mutuelle des étudiants (LMDE).

Longtemps passives devant le phénomène, les directions des grandes écoles prennent désormais le phénomène au sérieux. La mort d’un élève à Centrale à l’automne 2005 après une fête trop arrosée a révélé sa gravité.

Le 19 mars, la Conférence des grandes écoles et celle des directeurs des écoles d’ingénieurs ont signé, avec les délégués des bureaux nationaux des élèves ingénieurs et des écoles de commerce, une charte pour lutter contre les comportements à risque et les addictions. Objectif : diffuser les bonnes pratiques déjà mises en place dans certaines écoles. A savoir la vente d’alcool par le biais de tickets préalablement achetés afin de contrôler la consommation, la mise en place d’un "open soft" (un bar distribuant gratuitement des boissons non alcoolisées), la vente ou la distribution de nourriture, l’installation de fontaines à eau, la distribution gratuite d’éthylotests, l’organisation de moyens de locomotion collectifs pour ramener les élèves trop alcoolisés, la présence éventuelle d’une cellule de premier secours...

Ugo Silveira, président du bureau national des élèves ingénieurs, veut y croire. "Cette charte a des chances de fonctionner car elle associe les étudiants qui seront les relais de sa mise en oeuvre."

Depuis quelques années, le binge drinking (consommer de l’alcool de façon à être ivre le plus vite possible) se développe parmi les jeunes. "La fête se transforme en culture de la défonce, tourne quelquefois au cauchemar et crée des problèmes sanitaires et sociaux", commente Etienne Apaire, président de la Mission interministérielle de lutte contre la drogue et les toxicomanies (Mildt) qui intervenait, le 19 mars, lors d’une soirée de sensibilisation organisée par la Smerep, mutuelle étudiante, en direction des organisateurs de soirée. Risques d’accidents de la route, de coma éthylique, de violence, de rapports sexuels non protégés mais aussi d’alcoolisme chronique guettent les fêtards inconscients.

Selon l’enquête santé 2007 de la Smerep et de la Fédération nationale des observatoires régionaux de santé (Fnors), la proportion d’étudiants déclarant une consommation d’alcool importante, voire excessive, a augmenté entre 2005 et 2007, passant de 9,7 % à 11,7 %. C’est pourquoi la mutuelle étudiante vient d’éditer un guide d’organisation des soirées étudiantes avec la Mildt.

mis en ligne le mardi 25 mars 2008
par ML



  
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