Ados : comment leur parler d’amour

Ados : comment leur parler d’amour

Pas facile d’aider nos ados côté cœur, surtout quand ils abordent la sexualité. Jusqu’où peut-on aller ?

Béatrice Copper-Royer psychologue et Danièle Flaumenbaum, gynécologue, nous conseillent dans cet exercice périlleux. Paru le 23.03.2007, par Danièle Laufer

« Madame Figaro ». - L’adolescence est-elle la période privilégiée pour parler de sexualité avec nos enfants ?

Béatrice Copper-Royer. - Normalement, les mères leur en ont déjà parlé quand ils étaient tout petits. En répondant à leurs questions sur la différence des sexes et sur la manière dont naissent les bébés. Entre 7 ans et la puberté, les enfants sont à la fois très curieux et extrêmement bienveillants par rapport aux propos de leurs parents. Cet âge de latence est une très bonne période pour aborder ces sujets. Plus tard, on doit évidemment leur donner les informations absolument indispensables sur la contraception et les maladies sexuellement transmissibles. Mais en général, ils savent déjà tout...

Danièle Flaumenbaum. - On peut leur en parler bien avant à l’adolescence ! La sexualité d’un adulte se construit dans les premières années de l’enfance, dans le corps à corps affectif avec sa famille et sa mère en particulier. Les petites filles rêvent plus facilement de devenir « maman » si leur mère est heureuse de l’être, si elles sentent que la sexualité qu’elles vivront plus tard leur donnera du plaisir et des forces. Si une mère a une sexualité vivante et épanouie, elle transmet automatiquement ce modèle à sa fille.

B. C.-R. - Dans mon livre, j’insiste sur le fait qu’ils ont sans doute besoin de nous pour tempérer le discours social très cru et normatif qui dit que la sexualité, c’est très simple, et ne leur en parle qu’en termes de performance... Du coup, certains garçons risquent de commencer à avoir des relations sexuelles simplement pour être « conformes » ; et leur vie sexuelle se retrouve « déconnectée » de leurs émotions. Le clivage est complet et peut le rester toute une vie.

D. F. - On n’a absolument pas la même vie, on n’est pas positionné dans le monde de la même façon, selon que l’on vit ou pas sa sexualité. C’est cela qu’il faudrait dire à nos adolescents. Que nous leur souhaitons d’avoir une vie sexuelle épanouie.

- Quels sont les mots justes pour leur dire tout cela sans les choquer ni paraître intrusive ? Plaisir, désir, amour ?

D. F. - Pour moi, les mots justes sont confiance et accueil. Confiance en soi et en l’autre. Il faut que les jeunes filles disent oui à la rencontre.

B. C.-R. - C’est une rencontre qui se prépare. Je leur parlerais aussi d’attente. Les adolescents sont dans une culture de l’instantané, du tout de suite. C’est bien de leur expliquer que le plaisir est un processus. Le temps de l’attente, c’est un beau temps qui nourrit le désir et embellit l’aventure.

D. F. - Je suis tout à fait d’accord avec vous, Béatrice, à condition que les filles ne restent pas dans leurs rêves asexués, dans leur imaginaire de petite fille. Qu’elles ne soient pas dans l’attente d’un prince charmant qui ne viendra jamais. Et le père dans tout ça ? N’a-t-il pas un rôle à jouer lui aussi ?

B. C.-R. - Le regard du père sur sa fille est très important. Il l’inscrit aussi dans sa féminité. Mais au moment de l’adolescence, la fille s’éloigne de lui. À l’adolescence, c’est avec son fils que le père a surtout un rôle à jouer. Il doit lui donner des informations « techniques » sur le préservatif, mais aussi lui parler d’amour, lui dire comment il conçoit les rapports amoureux.

D. F. * - Oui. Depuis des siècles, le petit garçon sait qu’il aura à vivre une sexualité de plaisir, alors que la petite fille l’ignore encore. Sur ce plan, nous sommes encore complètement sous-développés ! L’important, c’est de savoir que la sexualité ne se réduit pas à un acte physique. C’est une alliance entre le corps, les sentiments et l’esprit, qui se construit avec l’expérience.

B. C.-R.* - Or, on parle peu aux adolescents du sentiment et du lien qu’il peut y avoir entre la tête et le corps. Les parents peuvent le faire, sans pour autant se mêler de la vie sexuelle de leurs enfants. C’est délicat mais possible, à condition de respecter leur intimité et leur pudeur et de ne surtout pas leur acheter leur pilule ou leurs préservatifs comme le font certains parents, car c’est leur affaire et cela ne nous regarde pas !

- C’est un peu l’enseignement de votre livre, Béatrice Copper-Royer. Finalement, ce que nos adolescents font de leur sexualité ne nous regarde pas ?

B. C.-R. - Eh non ! Il faut accepter qu’il y ait des tas de choses qui nous échappent. Quand nos enfants grandissent, ils ne nous appartiennent plus ! On ne peut pas tout contrôler. Ce que l’on peut faire, en revanche, c’est continuer à fixer des règles familiales. Les parents d’une fille ont le droit de lui dire qu’elle peut faire ce qu’elle veut, mais pas chez eux.

- Donc, ce n’est pas une bonne idée d’accepter qu’ils invitent leurs petit(e)s ami(e)s à passer la nuit à la maison ?

B. C.-R. - Il faut qu’ils aient un territoire à conquérir en dehors du regard de leurs parents ! Mine de rien, ils sont très collés à nous. Qu’ils aillent vivre leurs histoires d’amour plus loin, ce n’est pas plus mal pour eux.

D. F. - Moi je pense que c’est une histoire d’espace et que c’est compliqué aussi pour eux de trouver des espaces d’intimité. Cela ne me dérange pas qu’ils fassent dormir leurs ami(e)s chez les parents parce que les temps ont changé. Ils restent beaucoup plus longtemps à la maison...

B. C.-R. - Certes, mais on n’est pas obligé d’avoir la même attitude avec une fille de 14 ans et avec une fille de 18 ans !

D. F. - Il faut être cohérent. On a le droit de ne pas accepter. On a aussi le droit de ne pas être coupable d’accueillir la sexualité de ses enfants, mais si on l’accueille, on n’a pas à être intrusif.

- Quand nos ados ne nous racontent rien et ne nous posent pas de questions, c’est bon signe finalement ? B. C.-R. - Exactement ! Les parents doivent être contents de penser qu’à un moment, ils n’ont plus rien à faire. Leur travail de parent est terminé, ça ne dure pas la vie entière. Quand nos ados refusent de répondre à nos questions et nous envoient bouler sous prétexte que « tout cela ne te regarde pas », ils ont raison !

D. F. - Les parents se rajeunissent souvent en se mettant à revivre par procuration leurs amours de jeunesse. C’est un problème de place et de génération, chacun doit garder la sienne. Les adolescents qui racontent tout ont souvent une mère un peu déprimée et ils jouent alors un rôle de « radiateur affectif ».

B. C.-R. - Quand je dis aux adolescents qu’ils ne sont pas obligés de tout raconter à leurs Certains ont tellement peur de perdre le lien avec leurs parents, ils éprouvent une telle angoisse de séparation, qu’ils ont l’impression qu’il n’y aura plus rien s’ils ne racontent pas tout !

- Que donneriez-vous comme ultime conseil aux mères d’adolescents ?

B. C.-R. - Sachez être disponible mais restez à votre place.

D. F. - Félicitez-vous de les avoir amenés jusque-là. Vous avez bien travaillé, mais lâchez-les en leur faisant confiance.

À L’HEURE DU VACCIN

Comme le sida et l’hépatite B, le cancer du col de l’utérus est une infection sexuellement transmissible - 3387 nouveaux cas par an, plus de 1000 décès - due à un virus : le papillomavirus. Aujourd’hui il existe un vaccin, tous les espoirs sont permis.

Son nom ? Gardasil (laboratoires Sanofi Pasteur MSD).

Son efficacité ? Il s’attaque aux souches les plus virulentes du virus - 70 % des cancers - et pour au moins cinq ans.

Qui vacciner ? Les jeunes filles, si possible avant les premiers rapports sexuels, afin d’éviter toute contamination. Il peut être administré jusqu’à l’âge de 26 ans.

Comment ? Trois injections, espacées d’un mois.

Son prix ? 145 E l’injection. Remboursement annoncé d’ici à cet été.

mis en ligne le vendredi 23 mars 2007
par ML



  
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