Punir : le casse-tête parental

Punir : le casse-tête parental

LE MONDE | 08.01.08

Certains adultes confondent maltraitance et sanctions et n’osent pas punir leurs enfants, considère Patrice Huerre, médecin chef du service de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent de l’hôpital d’Antony (Hauts-de-Seine). "Une punition vient signifier le fait que les limites ont été dépassées, et nous sommes un certain nombre à rappeler aux parents qu’en cas de transgression de l’autorité, ils ont le droit et le devoir de sanctionner leurs enfants", dit-il.

Et pourtant, ce qui peut paraître comme une évidence répugne à une génération de parents échaudés par l’autoritarisme de leurs aînés ou tentés de croire qu’un enfant aimé est naturellement bon. Le punir met alors en évidence les erreurs de leur éducation et génère un sentiment d’échec et de culpabilité. "On a cru qu’en mettant beaucoup d’amour et d’explications, on allait pouvoir brider certains instincts des enfants, explique Didier Pleux, psychologue clinicien. Mais au lieu de développer chez eux le sentiment de l’autre, on a développé l’égocentrisme."

RÈGLES DÉFINIES À L’AVANCE

Du coup, les tyrans en herbe sont de plus en plus nombreux, protestant à la moindre frustration et transgressant allégrement les règles sous le regard embarrassé des adultes. Mais comment et dans quelles circonstances punir son enfant ? Quelques préalables conditionnent les vertus éducatives de la punition. Principe numéro un : "Les règles du jeu doivent être définies à l’avance, pourquoi pas en famille, considère le docteur Huerre. S’il désobéit, l’enfant sait à quoi il s’expose."

Deuxièmement : que les parents ne brandissent pas de sanctions qu’ils ne pourraient pas tenir. Du genre : "Tu n’auras pas de jouets à Noël" ou "Tu es privé de télé pendant six mois". Comme l’explique le psychologue M. Pleux, "les parents doivent adopter des sanctions appropriées et proportionnées qui apparaissent davantage à leurs enfants comme des conséquences de leurs actes que comme des punitions". En d’autres termes, la sanction ne doit pas apparaître au petit comme une injustice. Et il ne faut pas se montrer plus sévère avec l’un ou l’autre de ses enfants, même si les punitions diffèrent selon l’âge.

Troisième principe, probablement le plus difficile à tenir : on ne punit pas sous le coup d’une vive émotion. "Quand vous sentez la colère vous envahir, isolez-vous cinq minutes pour respirer un bon coup et tenter de retrouver votre calme, conseille Stéphane Clerget, pédopsychiatre. Si la colère est trop forte, votre enfant ne vous reconnaît plus, vous lui faites peur."

Principe numéro quatre, celui-ci très controversé : pas de punitions corporelles, y compris les fessées. "La violence physique n’est pas une réponse éducative mais émotionnelle, considère M. Pleux. Elle montre que les parents sont dépassés." La fessée cristallise les tensions sur l’éducation. D’un côté, l’association Ni claques ni fessées milite pour son interdiction en France, comme l’ont déjà fait douze Etats membres du Conseil de l’Europe. De l’autre, l’Union des familles en Europe rassemble des parents qui revendiquent le droit de sanctionner leurs enfants par des punitions corporelles.

"Un enfant élevé dans la terreur de la fessée risque d’être un adulte qui accepte de se soumettre à la tyrannie ou, à l’inverse, un rebelle qui ne supportera aucune contrainte légale, considère pour sa part le docteur Clerget. On risque de pousser l’enfant à mentir pour se protéger. Et l’on s’expose, en frappant un adolescent, à ce qu’il réagisse en miroir et rende les coups."

Philippe Jeammet, ancien chef du service de psychiatrie de l’adolescent et du jeune adulte à l’Institut Montsouris, à Paris, s’agace de cette polémique. "Il y a quelque chose de dérisoire à tétaniser les parents en interdisant les fessées, considère-t-il. Si cela n’est pas excessif, ce peut être une réaction saine à un moment donné. On se concentre sur un détail alors que le plus important, c’est que les adultes reprennent confiance et se sentent autorisés à imposer des limites à leurs enfants."

Entre éduquer sans punir et fesser ses enfants, il existe toute une panoplie de sanctions qui ont fait leurs preuves, comme la réparation, la privation, les excuses... qui ont l’avantage d’avoir un sens pour les enfants. "Tu ne veux pas goûter les épinards : tu n’auras pas de dessert" ; "Tu es rentré trop tard : pas de sortie le week-end prochain" ; "Tu as mis de la terre partout : donne un petit coup de balai..."

Pour les plus jeunes, faire les gros yeux, élever la voix fermement, sans pour autant crier, peut suffire. Leur dire qu’ils se comportent comme des petits - si c’est le cas - peut aussi les aider à progresser.

ALLÉGER SA CULPABILITÉ

"Les meilleures punitions, considère le docteur Clerget, ce sont probablement la réparation ou un petit travail d’intérêt familial." Elles permettent à l’enfant d’alléger sa culpabilité et l’aident à prendre conscience des conséquences de sa bêtise.

Pour les plus âgés, les sanctions peuvent aller de la privation de l’argent de poche à celle de l’ordinateur ou de sorties. En revanche, il est déconseillé de supprimer une activité utile, sportive ou culturelle, au développement de l’enfant.

Et pour les adolescents les plus durs qui ne respecteraient pas les interdits, les parents peuvent avoir intérêt à faire intervenir un tiers, un oncle, un parrain, une grand-mère que le jeune respecte. Celui-ci saura peut-être lui faire entendre raison.

Mais la nécessité de punir quand les interdits ne sont pas respectés ne doit pas faire oublier que l’éducation passe avant tout par la confiance que l’enfant fait à ses parents. Attention à ne pas s’enfermer dans une relation conflictuelle. Il faut veiller à féliciter, à encourager l’enfant qui respecte les règles et progresse, le responsabiliser, le valoriser. Car l’estime de soi peut être mise à mal chez des enfants qui auraient le sentiment de ne jamais satisfaire leurs parents.

Martine Laronche

Article paru dans l’édition du 09.01.08.

mis en ligne le mardi 8 janvier 2008
par ML



  
BRÈVES

Free counter and web stats