Lycées : l’enseignement de l’économie en accusation

Lycées : l’enseignement de l’économie en accusation

Marie-Estelle Pech LE FIGARO 07/01/2008

Critiqués, les professeurs d’économie sont reçus aujourd’hui par Michel Rocard, membre d’une commission gouvernementale sur la condition enseignante.

Souvent critiqué par la droite qui lui reproche une vision négative du monde de l’entreprise, l’enseignement de l’économie au lycée est désormais voué aux gémonies par l’ex-premier ministre socialiste Michel Rocard, membre de la commission Pochard, chargée de réfléchir à l’évolution du métier d’enseignant.

Lors d’une réunion, ce dernier a récemment qualifié l’état de l’enseignement de l’économie de « catastrophe ambulante » et le rend « responsable du blocage du dialogue social dans notre pays ». Lors de la même réunion, Bernard Thomas, ancien directeur de cabinet de Gilles de Robien, a considéré que le contenu de cet enseignement devait être modifié. Un lycéen doit apprendre « à connaître le monde du travail, de l’entreprise, la situation de l’emploi au plan national, européen et régional », a-t-il dit.

Ces propos ont provoqué l’émoi des professeurs de sciences économiques et sociales. L’association qui les représente (Apses) affirme que « les sciences économiques servent à comprendre la société et non à faire aimer ou à faire détester l’entreprise ». L’Apses sera reçue aujourd’hui par la commission Pochard.

Michel Rocard, submergé de lettres d’enseignants, a adressé fin décembre un mot d’excuse, sans renier ses propos : « J’ai cru bon d’exprimer une manière de colère [...] sur l’inculture économique de la France. Nous sommes le seul pays d’Europe où le dialogue social n’existe à peu près pas, où l’action publique est lourdement entravée par le manque de conscience collective de vérités comme : la gratuité n’existe pas, tout service a toujours un coût. » Tout en reconnaissant «  mal connaître  » le sujet, Michel Rocard dit avoir été « effrayé » après avoir rencontré des lycéens qui avaient une vision de l’économie dont « le degré d’abstraction et de dogmatisme interdisait toute utilisation dans la pratique sociale ».

« Idéologie marxiste »

La polémique est récurrente depuis cinq ans dans les milieux libéraux et patronaux. En novembre 2006, le Medef recommandait ainsi une révision des manuels scolaires et une initiation à l’entreprise dès le plus jeune âge afin de créer une « culture favorable à l’entrepreneuriat ».

Positive entreprise, une petite association libérale, dénonce une approche de l’enseignement teintée d’« idéologie marxiste ». La solution, selon elle  : intégrer les chefs d’entreprise dans l’écriture des programmes. La proposition n’a pas manqué de susciter l’agacement de l’Apses, pour qui la définition des programmes est de la responsabilité des enseignants. Pour Sylvain David, son président, l’objectif n’est pas de « promouvoir la conception de tel ou tel acteur de la vie économique » mais de fournir aux élèves des connaissances scientifiques. Le débat idéologique n’est pas près de s’éteindre.

mis en ligne le lundi 7 janvier 2008
par ML



  
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