Les enfants sont-ils trop branchés ?

Enquête Les enfants sont-ils trop branchés ?

LE MONDE | 13.11.07

Télévision, ordinateur, téléphone mobile et console de jeux... Suréquipés, les jeunes passent de plus en plus de temps devant les écrans : 4 h 17 en moyenne par jour pour les 16 à 20 ans, selon une enquête de l’agence G2 Paris, "Les technonatives", à paraître en janvier.

Les plus jeunes ne sont pas en reste. "Les collégiens de 12 à 15 ans accaparent aujourd’hui davantage que les lycéens les nouveautés en ligne", commente Catherine Ducerf, responsable Consojunior de TNS Media Intelligence. Les comportements de près de 2 000 jeunes de 8 à 19 ans ont fait l’objet d’une étude intitulée "Ados techno sapiens", parue le 12 novembre. Elle révèle que 41 % des 12-15 ans créent ou gèrent un blog (souvent, ou de temps en temps), contre une moyenne de 28 % pour l’ensemble des 8-19 ans, 21 % jouent en ligne à des jeux en réseau multijoueurs, contre 16 % pour les 8-19 ans. C’est, un peu plus tard, à 16 ans, que les jeunes vont le plus sur MSN, la messagerie instantanée, puisqu’ils sont 80 % à l’utiliser régulièrement à cet âge, contre 61 % de l’ensemble des 8-19 ans.

Cette explosion des pratiques en ligne, qui se cumulent à la télévision et aux jeux off line (non connectés à Internet) inquiètent les parents. "Mon enfant passe-t-il trop de temps devant l’ordinateur ? Quels sont les risques pour sa santé ? Comment contrôler ce qu’il fait ? Quelles limites lui imposer ?"... Ils sont de plus en plus nombreux à frapper à la porte des psychiatres pour demander des conseils.

Dans ce contexte, les spécialistes de l’enfance et de l’adolescence préconisent une mesure de bon sens : limiter la consommation quotidienne d’écran. En ce qui concerne la durée, les recommandations varient, en fonction de l’âge du jeune d’une part, mais aussi en fonction des experts. D’une heure maximum par jour pour les enfants de 7 ans, jusqu’à deux heures maximum pour les ados, selon certains, voire trois ou quatre heures, selon d’autres. "Il est important que le jeune ait d’autres activités, comme le sport, la lecture, explique Serge Tisseron, psychiatre-psychanalyste. Cela devient préoccupant quand il s’intéresse de moins en moins à autre chose que l’ordinateur. Des résultats scolaires à la baisse doivent aussi alerter les parents."

FAIRE LE GENDARME

Mais contrôler l’usage des écrans devient de plus en plus difficile dans la mesure où, selon une enquête publiée dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire en janvier 2007, 69 % des jeunes collégiens et lycéens (sur un échantillon représentatif de 1 042 jeunes) disposaient d’au moins un ordinateur, une télévision ou une console de jeux dans leur chambre. "Il ne faut pas mettre de télé dans la chambre des enfants, considère Stéphane Clerget, pédopsychiatre. Elle ne leur apporte rien. En revanche, il est difficile d’interdire un ordinateur à partir du moment où on demande à son utilisateur de respecter les règles élémentaires de sécurité."

Pour éviter un usage sans limite de l’ordinateur, certains parents ont choisi d’installer la commande Internet dans leur chambre. Sinon, il existe des solutions techniques. Les fournisseurs d’accès ont l’obligation légale de proposer gratuitement un logiciel de contrôle parental, et il en existe également de très performants sur le marché. Ils permettent non seulement de bloquer l’accès à des sites indésirables (pornographiques, racistes, jeux d’argent....), mais également, pour certains, de limiter les plages horaires de connexion.

Deux organisations non gouvernementales (E-enfance et Action Innocence) testent régulièrement ces logiciels et les notent en fonction de leurs performances. Par ailleurs, les derniers systèmes d’exploitation commercialisés par Microsoft (Windows Vista) et Apple (Mac/Leopard) sont équipés de systèmes de contrôle parental qui permettent d’encadrer le temps sur Internet. "La technologie offre un certain nombre de réponses, mais elle ne doit en aucune manière entraîner un relâchement de la part des parents dans leur rôle d’éducateurs", précise Bernard Ourghanlian, directeur technique de Microsoft France. "L’ordinateur dans la chambre d’un enfant ne veut pas dire qu’il relève de son espace privé, considère Stéphane Clerget. Les parents doivent s’autoriser à contrôler, y compris avec un ado, les sites sur lesquels il va."

Mais contrôler l’usage d’Internet, ce n’est pas seulement faire le gendarme. Hormis la dispense de conseils élémentaires (ne pas donner son nom, son adresse, son téléphone, ne pas accepter un rendez-vous...), les parents ne s’intéressent pas suffisamment à ce que font leurs enfants. "Il est très important que les parents passent beaucoup plus de temps à en parler avec eux, considère Serge Tisseron. Sinon, leurs enfants risquent de ne plus les considérer comme des interlocuteurs valables et d’accorder plus d’importance aux communautés virtuelles."

Certes, les jeux en réseau massivement multijoueurs, comme World of Warcraft, sont plus susceptibles que d’autres de rendre dépendants les jeunes les plus vulnérables, mais ils permettent aussi d’acquérir des compétences. "Je vois beaucoup d’enfants accros d’Internet qui ne voient pas suffisamment leurs parents et qui vont chercher dans un monde virtuel ce qu’ils ne trouvent pas dans la vraie vie", considère Serge Tisseron.

Pour le psychiatre, les parents doivent cesser de considérer Internet comme un "divertissement qui peut nuire aux résultats scolaires", mais "valoriser les apprentissages" de leurs enfants et accepter de s’initier, grâce à eux, au monde des nouvelles technologies. En en contrôlant, bien évidemment, l’usage.


L’Enfant au risque du virtuel de Serge Tisseron, Sylvain Missoniner, Michael Stora (Dunod, 2006, 174 p. 21,50 €).

Les écrans, ça rend accro... de Michael Stora (Hachette 2007, 116 p., 12 €).

Sites Internet :
-  www.filtra.info
-  www.e-enfance.org

Martine Laronche LE MONDE Article paru dans l’édition du 14.11.07.

mis en ligne le mercredi 14 novembre 2007
par ML



  
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