Tanneguy Larzul : « Il est temps que le baccalauréat reprenne sa juste place »

Tanneguy Larzul : « Il est temps que le baccalauréat reprenne sa juste place »

Comment éviter que les lycées soient désertés par leurs élèves, dont les classes ont été réquisitionnées pour le bac ? Une question sur laquelle devront plancher 5 académies pilotes1 en vue d’expérimenter, dès la session 2008, une nouvelle organisation matérielle de l’examen. Explications avec Tanneguy Larzul, recteur de l’académie d’Amiens qui fait partie du projet.

Quel est l’objectif de ce dispositif ?

L’objectif du Ministère est de reconquérir le mois de juin. Il redeviendrait un temps rendu aux élèves et aux professeurs. Côté élèves, on sait que l’année scolaire, qui en principe se termine au mois de juin, s’achève en réalité au mois de mai. Il y a donc un mois de cours perdus. Et, c’est injuste. Pour les professeurs, c’est un temps de formation qui ne leur est pas donné. C’est absurde parce qu’on leur demande de réaliser un programme en 9 mois alors que celui-ci est conçu sur 10 mois. Le baccalauréat est une thématique extrêmement particulière et subtile. Il n’était donc pas question de partir sur une organisation toute-faite qui ne tienne pas compte des réalités. L’idée était donc d’expérimenter d’abord le dispositif sur le terrain, d’en tirer les conclusions et de les évaluer. Pour ensuite procéder à son extension (prévue pour la rentrée prochaine, ndlr).

Comment vont s’organiser les réunions de travail ?

Pour une première approche, nous avons mobilisé en interne les services de la DEC (Division des Examens et Concours). Puis, nous avons très vite décidé de travailler avec les chefs d’établissement. On va donc réunir les organisations représentatives des personnels des établissements, qui feront remonter les difficultés auxquelles ils sont, avec les professeurs, confrontés. En effet, c’est en partant de réalités très concrètes que nous allons pouvoir travailler, en bonne intelligence, sur un certain nombre de pistes. Pour ensuite, en débattre ensemble avec les chefs d’établissement et les chefs de centre d’examens, avant de rencontrer le ministre.

Justement, vous devez remettre votre copie à la fin du mois d’octobre, où en êtes-vous dans les pistes envisagées ?

Effectivement, il est prévu que le 24 octobre, nous présentions nos conclusions et nos propositions au ministre. Dans l’académie d’Amiens, nous sommes partis sur une organisation du bac dans les murs. Autrement dit, les examens auront lieu dans les locaux de l’Education nationale, au sein même des établissements. La raison est simple : on peut effectivement déplacer les élèves, les envoyer dans un gymnase ou un grand centre culturel, mais on ne peut pas délocaliser les savoir-faire. Il faut donc faire coexister le déroulement normal des épreuves du baccalauréat avec les cours des élèves. Dans le cas où l’établissement serait trop petit, je n’exclus pas d’envisager d’autres solutions. Il faudra parfois réfléchir au cas par cas. Autre piste, le calendrier du conseil de classe. Il doit être porté un peu plus tard dans l’année. Il est inutile de déployer des efforts pour des élèves qui ne viendraient pas en nombre suffisant.

Pour aider les professeurs à surveiller les examens, il a été évoqué de faire appel à des vacataires qui n’appartiennent pas au système éducatif (retraités, étudiants, personnel municipal...). Comment l’académie d’Amiens compte-t-elle procéder ?

La question des surveillances fait aussi partie de nos pistes de réflexion. En effet, les professeurs n’ont pas le don d’ubiquité : ils ne peuvent surveiller et faire cours en même temps. Il me semble important de faire appel à des surveillants, qu’il faudra recruter. Dans les deux moments critiques à l’examen - l’ouverture des sujets et la restitution des copies - la présence d’un professeur est nécessaire. Si celui-ci est amené à faire cours, il devra être à proximité et joignable. Le reste du temps, on peut confier la surveillance à un binôme, qui pourrait être composé d’un surveillant expérimenté et d’un surveillant nouvellement recruté et formé. Pour l’académie d’Amiens où l’on compte 300 surveillants, on devra sans doute tripler les effectifs.

Cette réorganisation « matérielle » du bac est-elle une priorité, comparée aux autres chantiers en attente ?

La volonté du gouvernement actuel est d’agir sur tous les leviers. Aujourd’hui, toute une série de chantiers est arrivée à maturité. C’est un diagnostic qui est partagé par le ministère, les syndicats des chefs d’établissements et les parents d’élèves. Et cette question du bac fait partie du chantier de réforme globale qui est entrepris sur l’ensemble du système éducatif. Cet examen est un monument national qui entraîne une forte cohésion derrière lui. Au fil du temps, tous les efforts ont été placés dans son organisation pour sa parfaite réussite. Au détriment du reste, qui est devenu progressivement un peu accessoire. Il est temps de reconquérir les esprits pour que le baccalauréat reprenne sa juste place, au même titre que la continuité du service public d’enseignement.

Propos recueillis par Lise Bollot

(1) Amiens, Rouen, Dijon, Besançon et un département d’Aix-Marseille, le Vaucluse.

mis en ligne le vendredi 12 octobre 2007
par ML



  
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