Vive le samedi libre !

mercredi 26 septembre 2007

Sondage exclusif « le Nouvel Observateur »- Play bac

Notre enquête balaie les derniers doutes : les parents ne veulent plus envoyer leurs enfants en classe le samedi matin. Une majorité des profs les approuve. Le gouvernement devrait très vite leur donner satisfaction

Va-t-on cesser d’aller à l’école le samedi ? En tout cas, l’opinion est prête, comme le révèle un sondage exclusif du « Nouvel Observateur » et de Play Bac (les Incollables, « Mon Quotidien », « l’Actu »...) réalisé du 11 au 18 septembre auprès des parents, des enseignants et des élèves. Leurs réponses confirment des tendances lourdes et apportent quelques surprises (1).

Le choix est massif. 80% des parents optent pour le samedi libéré. Ils ont des arguments simples : repos et vie familiale. « La classe le samedi matin est un temps pris sur le week- end », expliquent-ils. De leur côté, les pères et mères divorcés souhaitent que l’enfant puisse passer deux vraies journées chez le parent avec lequel il ne vit pas. Leurs réactions font écho à la position des organisations de parents d’élèves : « Sarkozy ne cesse d’évoquer les orphelins de 16 heures, seuls à la maison après l’ècole parce que leurs parents travaillent. Qu’il les laisse donc avec leurs parents quand ils sont disponibles », raille Corinne Tapiero, la vice-présidente de la Peep-Paris. La FCPE, plus proche de la gauche, ne dit pas autre chose : « Le samedi libéré arrange les familles. »

Plus inattendu, 59% des enseignants se prononcent également contre le samedi de classe. Certes, ils reconnaissent que l’ambiance est plus détendue et que les enfants travaillent mieux, mais ils sont bien obligés de s’adapter : « On ne peut pas faire classe correctement. C’est une matinée pour rien, il manque nécessairement des élèves, et donc il y a des cours à faire rattraper aux autres », résument- ils. Curieusement, ils diffèrent sur l’effet réparateur du week-end. Certains pensent que l’enfant se repose davantage quand il dure deux jours ; les autres, le contraire ! « Un enfant ayant passé deux jours à la maison a plus de chances d’avoir mal dormi, et en règle générale il est plus agité le lundi matin. »

Et les enfants ? Plus dociles, plus spontanément contents de leur sort, ils préfèrent quand même ne pas aller en classe le samedi. Pour se reposer, vivre en famille et « parce que mes frères et soeur, au collège et au lycée, n’ont pas classe et que mes parents ne travaillent pas », explique l’un d’eux.

Mais si on libère le samedi, comment remplacer au mieux les heures perdues ? Les réponses déconcertent. « Qu’on ampute de trois semaines les grandes vacances », répondent près de la moitié des parents. Les deux mois d’été sont longs, et il n’est pas toujours simple de caser les enfants. En revanche, avec les RTT, ils peuvent plus facilement prendre des congés fractionnés pendant l’année. 38% des professeurs préféreraient aussi cette solution. Mais surtout pas touche à leurs petites vacances : « Elles sont une respiration indispensable », expliquent-ils. Loin derrière ce premier choix, deux autres options se profilent : soit rallonger la journée de classe en faisant travailler les enfants une heure de plus entre midi et deux, soit aller à l’école le mercredi matin. Mais ce n’est pas la ruée : un professeur sur quatre, un parent sur quatre seulement l’envisagent. La semaine de quatre jours a toujours la cote.

L’Education nationale n’y trouve rien à redire. « Nous ne notons aucun écart significatif entre les enfants qui travaillent quatre jours par semaine et ceux qui travaillent quatre jours et demi », constate-t-on au Bureau des Ecoles.

Il n’y a que les scientifiques spécialistes des rythmes de l’enfant pour pleurer. Car ils jugent qu’elle est la pire solution, même s’ils manquent d’enquêtes pour le prouver. « Elle impose à l’enfant deux rupture de rythme dans la semaine [...], qui sont préjudiciables. Enfin, les heures de cours sont récupérées sur les vacances, alors que le rythme idéal pour les enfants est une alternance de sept semaines de cours et deux semaines de vacances », résume François Testa, professeur de psychologie.

Dans le reste de l’Europe, les élèves sont à l’école du lundi au vendredi inclus, mais leurs journées sont plus courtes. Comment la France a-t-elle fini par se singulariser ? Pendant près d’un siècle, la fille aînée de l’Eglise a pratiqué comme ses voisins la semaine de cinq jours. On était libre le jeudis jour du « caté », et le dimanche, jour du Seigneur. Après la Seconde Guerre mondiale, les Trente Glorieuses apportent aux familles un peu plus d’argent^ puis un peu plus de temps. Et des rêves de campagne pour le week-end. L’école est sommée de s’adapter.

En 1969 ; le samedi après-midi est libéré et la semaine d’école passe à quatre jours et demi. En 1972, le mercredi devient le jour de la catéchèse. Puis la situation se grippe. L’Eglise s’arc-boute sur son mercredi libre. Mais de leur côté les familles réclament que les enfants aillent à l’école le mercredi matin au lieu du samedi matin. Alors, en 1991, pour ne pas avoir à prendre parti, le ministre de l’Education Lionel Jospin se défausse. Désormais, ce sont les instances locales qui décideront de l’organisation de la semaine. Pourvu que le total des heures de cours dans l’année soit maintenu et que les vacances ne soient pas trop amputées. Et ce sont ces instances locales qui auront à subir les foudres de l’évêque si elles décident que la classe se fera le mercredi matin. Chaque commune commence à faire sa petite cuisine.

D’où le chaos actuel. Entre le tiers des enfants soumis au régime de la semaine de quatre jours - surtout dans les grandes villes -, ceux qui ne travaillent qu’un samedi sur deux - comme à Paris - et ceux qui vont encore en classe le mercredi ; entre les communes qui rattrapent les heures perdues en grignotant les petites vacances ou en entamant les grandes - ou les deux à la fois - avec des dates de rentrée et de sortie à la carte... on s’y perd.

Le sondage arrive à point nommé alors que Nicolas Sarkozy vient de donner un grand coup de pied dans la fourmilière : « Je suis pour la suppression des classes le samedi matin sans report sur les autres jours de la semaine. » Va-t-il réussir à l’imposer après trente ans de cafouillage sur les « rythmes scolaires » ?

Dans sa « Lettre aux éducateurs », il a aussi plaidé pour davantage de sport et d’activités artistiques, et, lorgnant sur le reste de l’Europe, dénoncé « la surcharge horaire imposée aux enfants ». Les syndicats enseignants du primaire, le Snuipp en tête, estiment qu’il faut en effet « revoir l’organisation de la journée de classe », sans pour autant réduire le temps d’études. Le débat est ouvert. Les parents sont prêts. Le ministre de l’Education, Xavier Darcos, consulte. D’ici à fin octobre il aura concocté un plan pour l’école primaire, en réponse au rapport du Haut Conseil de l’Education, qui en a pointé les mauvais résultats. Et il devra présenter, parmi tout un train de mesures, une nouvelle organisation de la semaine de classe. Gageons que le samedi matin risque de passer à l’as. Et probablement sans contrepartie.

(1) Sondage par Opinion Way : « La classe du samedi matin à Vécole élémentaire. » Résultats complets sur le site du « Nouvel Obs ».

Le Nouvel Observateur du 27 septembre 2007

mis en ligne le mercredi 26 septembre 2007
par ML



  
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