"On confond collège unique et collège uniforme"

"On confond collège unique et collège uniforme" LE MONDE | 07.09.07 |

Créé en 1975, le collège unique a pour but la démocratisation de l’enseignement secondaire en offrant à tous les enfants les mêmes enseignements au même âge, jusqu’à 16 ans.

Depuis une dizaine d’années, les débats n’ont pas cessé sur la nécessité de passer d’un collège "unique" à un collège "pour tous", ou "pour chacun". Tout en affirmant la volonté de "rompre" avec le collège unique, le ministre de l’éducation nationale, Xavier Darcos, n’a annoncé aucune décision de nature à revenir sur le principe de la scolarisation de toute une classe d’âge dans la même structure.

Claude Lelièvre, professeur d’histoire de l’éducation à l’université Paris-V, auteur de L’Ecole obligatoire : pour quoi faire ? (Retz, 2004), explique comment ce débat a évolué.

Xavier Darcos vient d’affirmer que le gouvernement allait faire "disparaître" le collège unique. Que faut-il comprendre dans cette annonce apparemment historique ?

Deux personnalités politiques ont déjà dans le passé fait des déclarations au moins aussi fracassantes : Alain Juppé, en octobre 1991, qui voulait organiser un référendum pour "casser le collège unique", et François Bayrou, à la rentrée 1993, s’en prenant violemment au "collège unique, collège inique" et s’attirant une réplique cinglante de René Haby puis de Valéry Giscard d’Estaing (respectivement ministre de l’éducation et président de la République, tous deux à l’origine de la réforme). On sait ce qu’il advint : aucune réforme. Peut-être s’agit-il ici tout simplement d’une vieille lune, à savoir la confusion plus ou moins entretenue entre "collège unique" et "collège uniforme".

Justement, le collège unique est-il incompatible des parcours individualisés ?

Certainement pas. Et Christian Beullac - le successeur de René Haby - l’a déclaré publiquement dès 1978 : "Le collège unique ce n’est pas le collège uniforme ; c’est le lieu où doit se réaliser l’égalité des chances, et où pour cela la personnalité de chaque élève doit être prise en compte par une pédagogie adaptée et différenciée." Le collège unique n’a de sens que dans le cadre de la scolarité obligatoire, qui elle-même n’a de sens que si l’on apporte une réponse appropriée à la question - redoutable - de définir ce qui est indispensable à tout élève, donc acquis en priorité par tous et par chacun.

Il s’agit d’adapter au XXIe siècle la règle de base explicitée par Jules Ferry : "Ne pas embrasser tout ce qu’il est possible de savoir, mais bien apprendre ce qu’il n’est pas permis d’ignorer." Si nous réussissons cette définition d’une culture de base, alors les voies pour y parvenir peuvent - et même doivent - être diverses en tenant le plus grand compte des situations effectives.

La rupture d’un tabou - on ne parle plus de la "réforme" mais d’une "disparition" - prépare-t-elle le terrain à des changements de structures ?

S’il s’agissait de cela, ce serait un retour en arrière très sensible vers des filières soit ouvertement reconstituées au collège, comme dans l’ancien collège d’enseignement secondaire du début de la Ve République, soit vers un système encore plus ancien de différenciation entre différents types d’établissements plus ou moins camouflés en différents profils de collèges.

Et une fois encore, alors même que la question culturelle a été posée avec le socle commun de connaissances et de compétences dans le cadre de la loi d’orientation dite Fillon, ce serait une régression vers des solutions d’ordre structurel et non pas culturel. Ce serait, aussi, en pleine contradiction avec ce qui a été affiché dans la "Lettre aux éducateurs" signée par Nicolas Sarkozy.

Propos recueillis par Luc Cédelle

mis en ligne le samedi 8 septembre 2007
par ML



  
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