Controverse sur un futur statut des beaux-parents

Controverse sur un futur statut des beaux-parents

vendredi 17 août 2007

Nicolas Sarkozy veut donner une existence juridique aux beaux-parents qui s’occupent des enfants de leurs conjoints. Les associations se divisent déjà sur la question.

« Si mon beau-fils se casse une jambe, je peux l’emmener aux urgences, mais pas l’en faire sortir, vous trouvez ça logique ? » Beau-père d’un petit Léon depuis 2004, Baptiste s’agace de « ces petits gestes de tous les jours qui deviennent des casse-tête ». « Je dois gérer le quotidien sans outil pour le faire », déplore-t-il.

Des situations de plus en plus courantes : selon l’Insee, 1,6 million d’enfants vivent dans des familles recomposées. Dans sa lettre de mission adressée au ministre de la Solidarité Xavier Bertrand, Nicolas Sarkozy veut faire du beau-parent un être à part entière au sein de ces tribus d’un genre nouveau. L’objectif fixé par le chef de l’État : « Permettre aux adultes vivant avec des enfants dont ils ne sont pas parents biologiques de pouvoir procéder aux démarches habituelles de la vie quotidienne et de protéger juridiquement les liens affectifs. » En d’autres termes, donner aux beaux-parents un statut officiel pour accomplir les gestes de tous les jours avec la progéniture de leur conjoint et leur permettre de conserver un lien après une éventuelle rupture. Remis en 2006 par la Défenseure des enfants Dominique Versini, un rapport donne des pistes sur la mise en application de ce principe.

« Le besoin de reconnaissance »

Les associations familiales sont, elles, loin d’être convaincues. L’Union nationale des associations familiales (Unaf) se dit « réservée ». « La mesure semble plus destinée à faciliter la vie des adultes qu’à répondre aux besoins des enfants, dont les repères pourraient être brouillés, affirme Chantal Lebatard, son administratrice. Membre du foyer, le conjoint peut édicter les règles du vivre ensemble, pas empiéter sur le rôle des parents. » Sans s’opposer « à l’élaboration au cas par cas de délégations partielles signées par les deux parents pour régler les problèmes courants », Chantal Lebatard ne voit pas réellement les avantages qu’apporterait « la judiciarisation les relations familiales ». Pour elle, « les autorisations ponctuelles suffisent : on signe bien des autorisations pour permettre au directeur d’une colonie d’emmener son enfant à l’hôpital, pourquoi ne pas faire pareil ? » L’association SOS Papa, qui juge même « dangereuse » l’éventualité d’une réforme, trouve « curieux d’envisager un statut de beau-parent alors que le simple statut de parent est lui, très loin d’être garanti en cas de séparation ».

Du côté des beaux-parents, les avis sont tout aussi partagés. Selon Marie-Luce Iovane-Chesneau, fondatrice du club des marâtres et du collectif recomposé, « la réforme est indispensable puisqu’un couple sur deux se sépare ». « Il faut inventer de nouvelles formes de parentalité. Sans concurrencer le parent biologique, les parents affectifs doivent trouver leur place. » Le conjoint pourrait ainsi régler les démarches courantes, voire donner son avis pour les actes engageant l’avenir de l’enfant. Pour la responsable du club, une définition précise de l’autorité parentale s’impose. « Donner un rôle déterminé à chaque adulte évitera à chacun de se sentir en danger. Cette clarification pourrait soulager l’enfant ». Pour donner un caractère solennel à l’affaire, elle souhaiterait même instaurer une cérémonie de signature du contrat en mairie en présence de toute la nouvelle famille.

Élevée par son beau-père avant de devenir elle-même belle-mère de Noah, 6 ans, Clotilde, médecin de son état, est plus prudente. Elle « ne croit pas au caractère systématique d’une loi ». « Je ne vois pas pourquoi le fait d’être marié avec quelqu’un conférerait d’emblée une autorité sur ses enfants ». Selon elle, le rôle du beau-parent doit « se limiter strictement à la gestion quotidienne, suivant un arrangement informel ». D’autant qu’un statut officiel n’est en rien, d’après cette trentenaire, gage de stabilité familiale. « J’ai toujours considéré mon beau-père comme faisant partie intégrante de la famille, avec ou sans statut. » À ses yeux, la seule loi utile serait d’autoriser « la transmission d’un capital ». Gaëlle, qui vit avec sa belle-fille Elsa depuis huit ans, ne ressent pas davantage « le besoin de reconnaissance ». « J’ai toujours été clairement identifiée dans mon rôle de belle-mère. On ne m’a jamais posé de difficulté quand j’ai assisté aux réunions de parents ou voulu aller chez le dentiste. Chaque problème se résout au cas par cas. » Pour cette Parisienne, maman d’un petit garçon, la vraie gageure reste « la gestion de la relation ». « Il faut trouver sa place par rapport aux parents, et par rapport à ses propres enfants », estime Gaëlle. Seule l’idée de garder contact avec sa belle-fille lui paraît essentielle. « Je n’imagine pas ne plus voir Elsa. »

Le Figaro du 17 août 2007

mis en ligne le vendredi 17 août 2007
par ML



  
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