Jean-Michel Léost : « Le bac s’est adapté aux imperfections de l’enseignement »

Jean-Michel Léost : « Le bac s’est adapté aux imperfections de l’enseignement »

Président de la Société des agrégés de l’Université1, Jean-Michel Léost analyse les résultats du baccalauréat général 2007. Il s’interroge sur la finalité actuelle de l’examen.

Officiellement, le baccalauréat 2007 est un excellent cru. Est-ce également votre avis ?

Si l’on s’en tient aux seuls résultats chiffrés, c’est une évidence. Puisque, après le premier groupe d’épreuves, les résultats sont légèrement supérieurs à ceux de l’an dernier, qui étaient déjà considérés comme exceptionnels. Il y a donc deux façons simples, voire simplistes, d’analyser ces statistiques. La première consiste à dire que le niveau des élèves augmente. La seconde est d’affirmer que le baccalauréat ne vaut plus rien. Je me situerai, pour ma part, dans le juste milieu : il y a encore de très bons élèves qui passent le baccalauréat mais, globalement, la question est de savoir si ce n’est pas le bac qui s’est adapté au niveau des élèves, plutôt que l’inverse.

Que vous inspirent l’inflation des mentions ou les moyennes supérieures à 20/20 ?

Elles prouvent d’abord l’excellence des candidats qui ont obtenu ces notes. Mais elles illustrent également une certaine incohérence du système. Les TPE3 ainsi que les deux options sont des matières pour lesquelles ne sont pris en compte que les points au-dessus de la moyenne, affectés de coefficients 2 et 3. Ce qui permet à beaucoup d’élèves d’obtenir un nombre de points considérable et, pour les meilleurs, de dépasser la moyenne de 20/20.

En conséquence, vous vous interrogez sur le rôle actuel du baccalauréat...

Il faut, en effet, savoir ce que le ministère veut faire du baccalauréat. S’il ne doit plus constituer qu’un diplôme de fin d’études, je ne vois aucun inconvénient à ce que l’on enregistre des pourcentages de réussite élevés. Mais si l’on veut en faire un véritable diplôme d’accès à l’enseignement supérieur - ce qu’il était à l’origine et devrait rester dans l’avenir - on ne peut pas se contenter d’un baccalauréat médiocre ou moyen. La loi d’orientation de 1989 précisait la nécessité de faire arriver 80% d’une classe d’âge au niveau du baccalauréat. Ce qui était alors un slogan politique a eu des répercussions : tous les gouvernements qui ont suivi se sont fixé cet objectif. Or le but est, certes, d’augmenter le pourcentage de succès, mais sans baisser pour autant le niveau d’exigence.

Que faudrait-il changer pour que le bac retrouve ce rôle de diplôme de passage dans l’enseignement supérieur ?

Le baccalauréat doit redevenir une « opération vérité ». On peut jouer sur le niveau des sujets et sur les barèmes, être plus ou moins sévère. L’harmonisation est souhaitable, quand elle est destinée à éviter les écarts trop importants. Mais elle ne se fait aujourd’hui que pour pousser les résultats vers le haut ! Il en résulte une inflation des notes. Il faudrait aussi instaurer une meilleure coordination entre le lycée et l’enseignement supérieur. Le taux d’échec important dans les premières années universitaires illustre le fossé qui existe entre ces deux niveaux. Il n’est pas normal que l’Université, en première année de lettres ou de sciences humaines, doive mettre en place des modules d’expression française !

Plus que l’épreuve en elle-même, cela ne revient-il pas à remettre en cause toute la formation qui la précède ?

C’est effectivement le gros problème. Le baccalauréat s’est adapté aux imperfections de l’enseignement. Il faut recommencer à faire acquérir les bases en primaire, puis apporter de véritables connaissances au collège et au lycée. Cette politique, qui doit être menée, ne pourra donner ses résultats qu’à moyen terme. En tout cas, pas dès l’année prochaine !

Propos recueillis par Patrick Lallemant

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[1] (1) : La Société des agrégés de l’Université est une association ouverte à tous les lauréats des concours d’agrégation. Son objectif consiste à défendre les intérêts spécifiques des agrégés et à promouvoir un enseignement démocratique de qualité. (2) : Lire aussi son interview "Bac : un diplôme contre l’arbitraire" (3) : Travaux personnels encadrés.

mis en ligne le lundi 9 juillet 2007
par ML



  
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