L’art de juger les ados

L’art de juger les ados

jeudi 21 juin 2007

Ce n’est pas la faute qui doit être sanctionnée, mais celui qui l’a commise, et sans automatisme.

Par LEON LEF FORSTER, avocat.

Combien de ceux favorables à un durcissement des peines connaissent les sanctions prononcées quotidiennement par les tribunaux et, en particulier, pour des adolescents de 16 ans ? Savent-ils quelles sont les peines maximales encourues et que celles-ci sont doublées en cas de récidive ?

Contrairement à l’impératif souhaité, ce n’est pas la faute qui doit être sanctionnée, mais celui qui l’a commise. Sinon, un simple ordinateur pourrait remplir cette fonction, abolissant le principe essentiel de l’individualisation des peines.

Répondre à la dramatique question de la récidive par l’unique durcissement des sanctions et par les contraintes des peines « planchers » est une solution de paresse démagogique qui évite de s’interroger sur les causes profondes du phé­nomène. C’est penser que la répression est l’unique réponse à la délinquance en déresponsabilisant le corps social, les familles et les individus eux-mêmes. En effet, subir une peine automatique ne permet pas de s’interroger sur son propre passage à l’acte, car la sanction n’est pas individualisée.

L’exclusion automatique de l’excuse de minorité pour les adolescents de 16 ans, telle qu’elle est proposée, est d’ailleurs emblématique. Sortis de l’enfance depuis peu, pas encore adultes, considérés comme n’ayant pas la maturité pour voter, ils devraient être suffisamment mûrs pour être condamnés comme des majeurs. La question est systématiquement posée aujourd’hui en l’état du droit, mais après que le juge a recueilli toutes les informations permettant de s’assurer de la maturité du processus psychologique de l’adolescent qui aurait déjà agi comme un adulte. Le principe est que l’adolescent n’est pas encore un adulte. Inverser la proposition, c’est nier la réalité du devenir psychologique d’une partie de la population en l’intégrant de force dans une responsabilisation qu’elle est dans l’impossibilité d’assumer.

L’immaturité de l’adolescent doit rester la règle, et l’exclusion de l’excuse de la minorité, l’exception. A l’art de juger, en fonction des spécificités individuelles, certains veulent substituer le volontariat politique d’une contrainte systématique, en oubliant que le mal-être de l’adolescence, qui se manifeste parfois par des transgressions répétées, se traduit aussi par le suicide, dont le nombre est préoccupant.

Depuis près de trente-cinq ans, les peines n’ont cessé d’augmenter, sans effet notable sur la délinquance. Une véritable politique novatrice consisterait à choisir une action de prévention incluant une formation à la citoyenneté. Il faut enfin permettre aux magistrats de juger mieux plutôt que de les enfermer dans l’obligation de punir plus et indistinctement.

Libération du 21 juin 2007

mis en ligne le vendredi 22 juin 2007
par ML



  
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