Carte scolaire : le grand "mercato" des lycées parisiens

Carte scolaire : le grand "mercato" des lycées parisiens

vendredi 22 juin 2007

Réunion discrète de proviseurs hier au rectorat de Paris. Objectif : choisir les meilleurs élèves pour la rentrée 2007.

Les yeux baissés sur les enveloppes de papier kraft, un proviseur compte silencieusement ses dossiers. À côté, son voisin hésite, examine une dernière note, puis frappe la feuille d’un tampon d’admission. Dans les sous-sols du rectorat de Paris, les salles lambrissées bruissaient hier des commentaires des proviseurs.

Comme chaque année, la première « commission d’affectation des élèves au lycée » réunissait tous les proviseurs de la capitale. Le principe : examiner les deux premières demandes d’affectation des élèves de troisième dans leurs établissements scolaires.

À Paris, les collégiens formulent quatre souhaits, dont un hors du secteur géographique auquel ils sont en principe rattachés. Reste ensuite aux proviseurs à choisir les élèves qu’ils veulent accueillir en seconde générale. Partout sur les tables, des cartons encore emplis de dossiers, des tas de feuilles alignés. Chacun trie, classe, sélectionne. Les proviseurs, qui ont la possibilité de recruter 10 % de leurs effectifs hors de leur secteur, sont tenus de respecter les critères prioritaires des académies (handicap, dossiers médicaux, bourses).

Mais pour les établissements prestigieux, c’est surtout le niveau des élèves qui entre en ligne de compte. « Ceux qui ont le choix sélectionnent évidemment d’abord en fonction des notes, les autres comme moi selon le comportement, reconnaît une proviseure. Malgré les consignes, on arrive à éviter les élèves problématiques. » Au point que certains qualifient la séance de « marché aux élèves ». « Certains font des tas »très bien*, »moyens* et jettent par terre les »rebus* », raconte Nadine Dumortier, administratrice de l’association de parents d’élèves FCPE. « En réalité, renchérit Michel Samgan, président de la FCPE Paris, il y a une absence totale de règles : c’est du chacun pour soi, il n’y a pas de critères communs pilotés par l’académie. »

« Certains vont vite, d’autres sont hyperpointilleux. Ils examinent note par note, guettent chaque progression », raconte un proviseur. Au risque pour les élèves malchanceux d’arriver trop tard pour leur deuxième choix. « Tout dépend de la rapidité du premier proviseur : s’il met trop de temps, ceux qu’il refuse n’auront pas non plus leur deuxième choix », regrette Corinne Tapiro, vice-présidente de la Peep Paris, autre association de parents.

« Pré-affectation inacceptable »

En outre, plusieurs lycées réputés semblent avoir mis au point des systèmes de recrutement parallèles. Tels ces proviseurs discrètement arrivés avec une liste de noms sous le bras. « La majorité font leur travail consciencieusement, tempère Corinne Tapiro. 80 % des parents ont d’ailleurs satisfaction pour leur premier voeu. Mais certains pratiquent une pré-affectation inacceptable. »

En clair, des chefs d’établissement, directement contactés par des parents zélés ou recommandés, ont déjà donné leur accord plusieurs semaines avant la commission. « Certains ne se cachent même pas : ils mettent leur liste devant eux et sélectionnent en priorité ces dossiers, déplore la vice-présidente. Les familles de classes moyennes sans relations sont pénalisées. »

Le Figaro du 22 juin 2007

mis en ligne le vendredi 22 juin 2007
par ML



  
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