Un tiers des étudiants mal dans leur tête

Un tiers des étudiants mal dans leur tête LE MONDE | 19.06.07 |

Les étudiants s’estiment plutôt en bonne santé mais environ un tiers d’entre eux éprouvent un sentiment de mal-être. Centrée sur la "souffrance psychique", la cinquième enquête nationale sur la santé des étudiants réalisée par l’Union nationale des sociétés étudiantes mutualistes régionales (USEM) confirme un malaise décelé lors de la précédente enquête, en 2005.

Au total, quelque 13 690 étudiants d’un âge moyen de 22 ans, adhérents à l’une des cinq mutuelles étudiantes régionales membres de l’USEM, ont répondu au questionnaire sur leur santé. L’immense majorité (93,5 %) considèrent que leur état de santé est "bon" ou "plutôt bon". Les disparités entre jeunes adultes sont cependant fortes en fonction du sexe : près de la moitié des hommes jugent leur état de santé "bon" contre seulement 36,6 % des femmes.

De façon générale, 83,6 % des étudiants ont consulté un professionnel de santé au cours des six derniers mois. Ceux qui ne l’ont pas fait n’en éprouvaient pas le besoin (77 %), manquaient de temps (19 %) ou d’argent (13,8 %). 83,5 % des étudiants déclarent avoir une mutuelle complémentaire. Ceux qui n’en ont pas invoquent, pour près de la moitié d’entre eux, des raisons de coût.

Particulièrement inquiétante est la souffrance psychique des étudiants mesurée à travers trois critères : "sentiment de tristesse, dépression", "perte de confiance en soi", "pensées suicidaires". Ainsi, 31,3 % d’entre eux déclarent avoir été "tristes, déprimés, sans espoir avec une perte d’intérêt pour les activités qu’ils aiment faire habituellement" sur une période de plus de deux semaines au cours des douze derniers mois. Près de 35 % déclarent "une perte de confiance", là encore sur une période d’au moins deux semaines. Enfin, près de 9 % déclarent avoir eu "des pensées suicidaires" au cours des douze derniers mois précédant l’enquête. Ce mal-être augmente avec l’âge.

Au total, 43,6 % des étudiants ont déclaré au moins un de ces trois signes de "dépressivité" et le quart en ont cité au moins deux. Ces jeunes confrontés à la souffrance psychique sont, plus que les autres, sensibles aux addictions (tabac, cannabis, alcool).

SENSIBLES AUX ADDICTIONS

Face à cette détresse, les jeunes déclarent presque tous pouvoir compter sur quelqu’un de leur entourage mais seulement un sur quatre connaît la médecine préventive universitaire (MPU). Ils sont encore moins nombreux (6,7 %) à connaître l’existence des bureaux d’aide psychologique universitaire (les BAPU). Il en existe seulement seize en France et ces structures spécialisées (MPU comme BAPU) manquent fortement de moyens.

Pourquoi les étudiants sont-ils aussi nombreux à se sentir mal ? L’analyse des résultats de l’enquête, menée par la Fédération nationale des observatoires régionaux de la santé (Fnors), a permis de mettre en avant "les facteurs jouant un grand rôle dans l’apparition ou le renforcement de la souffrance psychique" des étudiants.

La solitude et l’isolement y sont pour beaucoup : 60 % des étudiants confrontés à des problèmes de mal-être se sont sentis "seuls ou trop isolés" pendant une période de deux semaines au cours des douze derniers mois (contre 35 % pour l’ensemble des étudiants). Ils sont également nombreux à déclarer gérer "mal" ou "très mal" leur stress (55,8 % contre 36 % dans l’ensemble, un résultat déjà très élevé).

Les difficultés financières ne sont pas non plus étrangères à leur mal-être (elles concernent 40 % d’entre eux contre 29 % pour l’ensemble). Ces étudiants se déclarent également plus nombreux à avoir "une perception négative de l’avenir" (22 % contre 12 % en général), à ne pas être satisfaits de leur choix d’études (13,3 % contre 8,4 %). Enfin, ils sont plus souvent que les autres victimes de discriminations (10,6 % contre 7 %) et de violences (5,1 % contre 3,4 %).

Dans ce contexte, les résultats de l’enquête 2007 renforcent les revendications de l’USEM : "chèque santé étudiant" pour faciliter l’accès à une mutuelle complémentaire, paiement fractionné en dix versements de la cotisation de sécurité sociale, conférence annuelle de santé des jeunes adultes... Fin 2006, Laurent Wauquiez, député UMP (Haute-Loire) avait préconisé dans un rapport d’information parlementaire "un plan de santé étudiant" reprenant la plupart de ces mesures.

En juin, Valérie Pécresse, nommée ministre de l’enseignement supérieur, a installé des groupes de travail consacrés aux conditions de vie étudiante. Parmi les pistes explorées, figure notamment la mise en place d’un chèque santé étudiant.

Martine Laronche Article paru dans l’édition du 20.06.07.

mis en ligne le jeudi 21 juin 2007
par ML



  
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