Les pratiques dopantes progressent aussi chez les sportifs préadolescents

Les pratiques dopantes progressent aussi chez les sportifs préadolescents

LE MONDE | 20.06.07 |

Plus de 1 % des préadolescents pratiquant un sport en club avouent avoir déjà utilisé un produit dopant au cours des 6 mois écoulés. De 1,2 % à l’âge de 11 ans, la proportion atteint 3 % quatre ans plus tard. Publiée mardi 19 juin dans le British Journal of Sports Medicine, cette enquête française a été menée auprès de 3 564 élèves entrés en sixième dans le département des Vosges, par Patrick Laure et Caroline Binsinger, de la direction régionale de la jeunesse et des sports de Lorraine.

Le recours de jeunes athlètes à des produits dopants avant l’âge adulte est connu. Différentes études dans le monde ont situé l’ampleur du phénomène entre 3 % et 5 % des adolescents pratiquant un sport hors de leur scolarité et participant à des compétitions.

En France, une enquête menée en Midi-Pyrénées auprès de 2 926 jeunes athlètes âgés de 13 à 20 ans a montré que 2,4 % d’entre eux avaient pris des médicaments destinés à améliorer leurs performances. Une autre étude conduite dans l’est de la France, déjà par l’équipe de Patrick Laure et portant sur 1 500 jeunes sportifs de 15 à 19 ans, retrouvait, elle, un taux de 4 % de consommateurs.

L’originalité de cette nouvelle étude, menée au moyen d’un questionnaire, est de porter sur des préadolescents et de les suivre sur quatre années. La plupart des autres études donnent "seulement une image "instantanée" de la situation", indiquent Patrick Laure et Caroline Binsinger.

Leur étude permet ainsi de suivre l’évolution de la prise de produits dopants au fil du temps. Seules les substances figurant sur la liste internationale des produits dopants ont été prises en compte, ce qui exclut les tranquillisants, les antalgiques ou la créatine.

CONSOMMATION QUOTIDIENNE

Sur les 3 564 élèves, dont 53 % de garçons, inclus au départ de l’étude lors de l’année scolaire 2001-2002, 460 déclaraient avoir une pratique sportive extrascolaire dans un club. Ils y consacraient en moyenne 3,5 heures par semaine et disputaient en moyenne une compétition par semaine. La plupart des préadolescents (69,5 %) pratiquaient un sport collectif. L’effectif a décru au fil du temps, au gré de déménagements, des absences lors du recueil des questionnaires, etc.

Le taux de consommation de produits dopants au cours des six mois écoulés à l’entrée dans l’étude en novembre 2001, soit 1,2 %, n’était pas statistiquement significatif. En revanche, le taux de 3 % de prise de substances interdites observé quatre ans plus tard, en mai 2005, l’est. Cette pratique est plus fréquente chez les garçons (3,7 %) que chez les filles (2,3 %). Le produit destiné à améliorer les performances le plus souvent cité est le salbutamol (45,5 % de citation), devant les corticoïdes (10,2 %) et le cannabis (6,3 %).

La fréquence d’utilisation évolue aussi au fil du temps. A 11 ans, la consommation était quotidienne chez 23 % des utilisateurs de substances dopantes et au moins hebdomadaire pour 15 % des préadolescents concernés. Quatre ans plus tard, ces taux sont de 24 % de consommation quotidienne, 38 % pour une prise au moins hebdomadaire.

Tous les six mois, 4 % en moyenne d’utilisateurs de substances dopantes indiquaient avoir rencontré un problème de santé lié à la prise du produit. Même si la méthode de l’enquête par questionnaire ne permet pas aux chercheurs de vérifier la véracité des déclarations, cette étude montre la réalité de pratiques dopantes chez les préadolescents, phénomène qui s’amplifie en nombre et en fréquence avec l’âge.

Paul Benkimoun

Article paru dans l’édition du 21.06.07.

mis en ligne le jeudi 21 juin 2007
par ML



  
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