M. Darcos demande aux collèges de "contribuer" à la mixité sociale

M. Darcos demande aux collèges de "contribuer" à la mixité sociale

lundi 4 juin 2007

Au plus tard en 2010, nous aurons vraiment donné la liberté de choix aux familles", a assuré Xavier Darcos (Le Monde du 1er juin). Le ministre de l’éducation nationale vient de décider, pour la rentrée prochaine et pour commencer à réaliser la promesse présidentielle de "suppression progressive" de la carte scolaire, de doubler le nombre de dérogations accordées aux familles. De 10 % en moyenne nationale, selon lui, elles pourraient atteindre 20 %.

Qui dit dérogation, dit évitement de certains établissements, donc perte possible d’effectifs d’élèves, et augmentation pour d’autres. Le ministre assure que dans les deux cas, la différence ne sera que de quelques dizaines d’élèves. Il écarte le risque d’une désorganisation. Les dotations horaires des établissements étant calculées en fonction du nombre d’élèves inscrits, il a voulu rassurer ceux qui subiraient une perte d’effectifs en leur garantissant le maintien de leurs moyens.

M. Darcos a également, en conformité avec toutes les déclarations de Nicolas Sarkozy lorsque celui-ci était candidat à la présidence, réaffirmé l’objectif de mixité sociale, et l’annonce qu’à terme chaque établissement scolaire sera tenu de "contribuer" à cette mixité. Comment ? La question, pour l’instant, reste entière. M. Darcos refuse d’employer le mot "horrible" de quota mais n’a encore donné aucune autre piste.

S’agirait-t-il de limiter la mixité à l’accueil dans des établissements bien réputés d’une frange de bons élèves méritants venus des quartiers difficiles ? La priorité aux boursiers (à titre social ou titulaires de bourses du mérite), également annoncée par le ministre, va dans ce sens, mais ne saurait ni résumer son ambition ni faire office de mixité sociale généralisée.

OFFRE D’OPTIONS ATTRACTIVES

Le SNPDEN - syndicat de chefs d’établissement auquel M. Darcos a demandé de formuler des propositions - appelle "d’autres modes de régulation" dont pourrait faire partie, par exemple, l’offre systématique d’options attractives dans des établissements actuellement évités.

Redoutant les effets possibles d’une "dérégulation totale", ce syndicat propose "que la priorité soit accordée aux demandes d’affectation dans un établissement proche du domicile".

Proposition paradoxale, puisque le principe de la carte scolaire, en cours d’abandon, est justement celui de l’inscription d’un élève dans un établissement en fonction de son lieu d’habitation. Mais si chacun s’inscrit où il veut, on ne pourrait exclure, selon ces chefs d’établissements, des cas d’élèves habitant à côté d’un collège et arrivant "trop tard" pour leur inscription.

Dramatisation ? L’hypothèse illustre, en tout cas, la complexité du dossier auquel M. Darcos est confronté.


CHRONOLOGIE 1963.

La carte scolaire est instituée par Christian Fouchet pour gérer l’implantation des collèges.

1983.

Alain Savary desserre la sectorisation dans cinq départements. Cette expérimentation sera étendue, jusqu’à toucher 74 départements en 1987.

1993.

François Bayrou freine ces assouplissements, mais une grande diversité de situations locales perdure.

22 FÉVRIER 2006.

Nicolas Sarkozy se prononce "pour la suppression à terme de la carte scolaire" et "le libre choix des familles".

3 SEPTEMBRE.

Ségolène Royal propose de "desserrer la contrainte de la carte scolaire" et s’attire une salve de critiques à gauche.

7 SEPTEMBRE.

Dominique de Villepin estime que supprimer la carte scolaire serait "se retrouver sans règles et sans repères" avec des problèmes "insolubles" et "sans doute des injustices".

20 MAI 2007.

Le ministre de l’éducation nationale, Xavier Darcos, annonce que la carte scolaire sera assouplie dès septembre, en vue de sa suppression.


Le Monde du 5 juin 2007

mis en ligne le mardi 5 juin 2007
par ML



  
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