Le retour du "vous", reconquête de l’autorité à l’école ?

Xavier Darcos y est favorable, comme certains experts qui préconisent la fin du tutoiement après la maternelle lorsque commence la période d’apprentissage.

QUAND il était ministre délégué à l’Enseignement scolaire, de 2002 à 2004, Xavier Darcos s’était dit favorable à un retour en force du vouvoiement à l’école. Aujourd’hui seul aux commandes du ministère de l’Éducation nationale, va-t-il relancer le débat ?

Pour l’heure, aucune réflexion n’est engagée sur le sujet. Il n’existe ni consigne, ni circulaire, ni études. Un vide que déplore Gilbert Longhi, proviseur d’un lycée polyvalent dans l’Essonne et auteur de plusieurs ouvrages sur l’école. « On réfléchit sur des tonnes de sujets pédagogiques, on s’interroge sur le poids du cartable et personne ne s’est penché sur la manière dont on doit s’adresser à l’élève », s’étonne-t-il. Si bien que la question, comme le résume Sylvie Nony, secrétaire nationale du Snes-FSU, « est laissée à l’appréciation des enseignants ».

La très grande majorité des élèves apprennent à vouvoyer leurs enseignants au cours du primaire. Si bien qu’au collège et au lycée, les enseignants se font généralement vouvoyer. À l’inverse, certains persistent à tutoyer leurs élèves. Ce qui, pour Sylvie Nony, « n’a rien d’irrespectueux ». Pour elle, la question du respect ne peut se limiter au retour du vouvoiement : « c’est un rideau de fumée ».

L’élève sanctionné

Un avis que le sociologue, Jean-Pierre Le Goff est loin de partager. Favorable à l’instauration de relations totalement symétriques - l’élève doit vouvoyer et le maître également - il estime que « le vouvoiement est l’expression d’un rapport d’autorité ».

Il préconise même le bannissement du tutoiement dès le primaire. « Il peut évidemment être utilisé à la maternelle, car à ce niveau, il existe un lien affectif entre l’enfant et le maître ou la maîtresse. Dans maternelle, il y a materné. Après, tout change : l’enfant devient élève et il est là pour apprendre. » C’est aussi l’avis d’Olivier Gautier, directeur de l’école de Tersac, un établissement privé installé à Meilhan-sur-Garonne (Lot-et-Garonne) qui accueille des élèves de la sixième à la terminale. Ici, le vouvoiement réciproque et le port de l’uniforme sont la règle. Effort, mérite et respect sont les clés de voûte du projet pédagogique. « Si un élève tutoie volontairement son professeur, il est aussitôt sanctionné », précise Olivier Gautier. Il devra accomplir un « tut », un « travail d’utilité tersacaise ». En d’autres termes, il sera de corvée et ira balayer la classe.

mis en ligne le lundi 21 mai 2007
par ML



  
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