Unesco : Le rapport qui accuse

Le directeur pour l’Education de l’Unesco vient de jeter l’éponge. L’institution est sous le choc. Et pour cause !

Vincent Merlot LE POINT

La démission du directeur pour l’Education de l’Unesco, Peter Smith, remise le 14 mars, a propagé une onde de choc dans cette respectable agence des Nations unies basée à Paris.

Peter Smith a déjà fait ses cartons. Il y a deux ans, l’arrivée de ce protégé de Bush marquait le retour des Etats-Unis à l’Unesco, après dix-neuf années d’absence.

Sa mission : restructurer le secteur de l’éducation, en piteux état. Sans expérience internationale, il ne parlait pas le français. Mais il avait pour lui son cursus dans les universités américaines. Adepte du franc-parler et du management à l’américaine, il avait déjà bien engagé la réforme.

Sa démission paraît d’autant plus surprenante. Dans un courrier, il la motive par un « manque de soutien » devant une « très mauvaise ambiance de travail », se disant même victime de « menaces de mort », dont la justice a été saisie. Un peu court. Car Le Point a obtenu copie d’un rapport de la Cour des comptes (1), qui met gravement en cause ses méthodes. Ce document doit être rendu public au Conseil exécutif de l’Unesco le 16 avril.

On y découvre que Smith a acheté les conseils d’une société de Chicago, Navigant Consulting, pour 2 145 626 dollars (1,5 million d’euros), un coût que la Cour juge « élevé » en regard des « prestations » rendues.

Elle s’étonne du choix d’un cabinet de Chicago sans compétence en matière d’éducation : « Les raisons n’apparaissent pas clairement », sinon par ce que la Cour qualifie avec pudeur d’« un contact personnel établi avant sa prise de fonctions » par Smith avec une certaine Letitia Chambers, qui sera chargée des études.

« Aucune mise en concurrence », aucun devis, « aucun échange et aucune négociation » préalables, au risque d’un « surcoût »... Si bien que cette société « a bénéficié d’un traitement de faveur ». Pour éviter les appels d’offres, les premiers contrats ont été saucissonnés juste au- dessous du seuil de 100 000 dollars. Un appel d’offres a ensuite été ouvert, pour 1,2 million de dollars, mais vicié de telles « incohérences » qu’il en est devenu « ineffectif ». Des cabinets qui ne pouvaient répondre aux critères avaient été présélectionnés, d’autres écartés ou avertis après la date de clôture.

La Cour n’a pas non plus trouvé de rapport final écrit. Elle a dû réclamer à plus d’une reprise des documents, finissant par obtenir quatre dossiers, dont des diagrammes destinés à des séminaires, en général non datés. Pour sa défense, Peter Smith s’est dit « très satisfait du travail rendu », en évoquant « d’intenses activités et travaux préparatoires ». Il se présente dans sa lettre de démission comme victime de l’hostilité « d’un petit groupe oeuvrant pour tuer les réformes, en [le] discréditant et en diabolisant l’Amérique ». Mêlant le faux et le vrai, des libelles anonymes ont en effet circulé au sein de l’administration.

L’Unesco se retrouve au coeur de la tourmente, d’autant que la haute hiérarchie ne sort pas indemne.

Le directeur général, Koïchiro Matsuura, mesure le péril. Disant accepter toutes les observations du rapport, il s’engage à suivre ses recommandations. Au Conseil exécutif, on peut s’attendre à une réaction de la Norvège et du Danemark, qui ne plaisantent guère avec l’éthique, quand ils apprendront que près de 400 000 euros versés à Navigant provenaient de leurs contributions hors budget.

Aux Etats-Unis, on imagine l’exploitation qui peut être faite du retour précipité d’un haut fonctionnaire, victime de « menaces de mort ». C’est Bagdad City-sur-Seine. Le 15 janvier, Laura Bush s’était rendue à Paris pour rencontrer Koïchiro Matsuura. Mais on ne pouvait plus sauver le soldat Smith.

1. En 2005, elle a été choisie comme commissaire aux comptes de l’Unesco.Lire l’intégralité du rapport sur www.lepoint.fr.

© le point 22/03/07 - N°1801

mis en ligne le jeudi 22 mars 2007
par ML



  
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