« Il faut s’interroger sur ce que l’on attend de l’école »

vendredi 11 mai 2007

L’association des étudiants (afev) demande l’ouverture d’une commission d’enquête parlementaire sur les raisons de l’échec scolaire.

Début 2007, l’AFEV, une association d’étudiants d’aide aux enfants en difficulté scolaire, lançait un appel à destination des députés et sénateurs (1). « Pas de quartier pour les inégalités » exigeait ainsi l’ouverture d’une commission d’enquête parlementaire afin d’analyser les raisons qui conduisent près de 150 000 jeunes, chaque année, à quitter l’école sans diplôme. Alors que la campagne présidentielle laisse place à celle des législatives, l’AFEV relance son appel, qui a déjà recueilli l’aval de 150 élus. Entretien avec Nicolas Delesque, secrétaire général de l’association.

- Vous demandez l’ouverture d’une commission d’enquête parlementaire sur le système éducatif. Qu’en attendez-vous ?

Nicolas Delesque. La tenue d’un débat citoyen sur les questions d’éducation. Il faut en finir avec l’idée selon laquelle il existerait une recette miracle susceptible de résoudre le problème de l’échec scolaire. Nous sommes les champions du monde de la réforme du système éducatif. Or cela ne change rien. Il faut arrêter de repenser sans arrêt les tuyaux et s’interroger enfin sur le pourquoi de l’école et sur ce que l’on en attend. Une commission d’enquête, avec, par exemple, la retransmission des interventions sur La chaîne parlementaire, comme cela s’est fait après le procès d’Outreau, serait un bon outil pour engager une réflexion nationale.

- Mais il y a déjà eu des débats nationaux...

Nicolas Delesque. La dernière fois (en automne 2004 - NDLR), on a appelé cela « un grand débat sur l’école », et non « un débat sur l’éducation ». On oublie que l’école ne peut pas tout faire toute seule. Entre la garderie, la cantine, les centres aérés... Un enfant passe plus de temps dans les services municipaux que dans l’école. On ne peut pas parler d’éducation et maintenir une cloison entre la famille, la commune et l’école. Dire l’inverse n’est pas rendre service aux enseignants : on leur met une pression folle, sans se poser la question de l’articulation des rôles.

- Et comment peuvent se répartir ces rôles ?

Nicolas Delesque. Prenons l’exemple de l’AFEV. Généralement, dès que l’on parle accompagnement scolaire, on entend « répétition scolaire, aide aux devoirs ». Or, le problème des enfants auxquels nous nous adressons n’est pas d’avoir compris une leçon. Il est de ne pas avoir compris le sens de l’apprentissage, ni ce que l’école attend d’eux. Notre travail vise donc à le leur expliquer. Par des petites choses : la motivation, la découverte culturelle, la découverte du livre pour les plus petits. Par des discussions avec la famille, aussi, sur le fait que tout parent est un parent d’élève, quel que soit son statut, sa culture, son milieu social. À cet égard, la place des familles dans l’école doit être reposée absolument. Que l’on m’explique pourquoi il n’y aurait pas la parité entre les parents et les enseignants dans un conseil d’établissement. La commune, enfin, doit elle aussi prendre une plus grande part dans la réflexion sur l’éducation.

(1) Appel en ligne sur le site Internet de l’AFEV : http://www.afev.org.

L’Humanité du 9 mai 2007

mis en ligne le mercredi 9 mai 2007
par ML



  
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